Share |

Tunisie : « Il faudrait un miracle » pour que le tourisme reprenne

Tunisie : « Il faudrait un miracle » pour que le tourisme reprenne

Par Khansa Ben Tarjem (contributrice Le Monde Afrique, Tunis)

 

« Depuis l’attaque de Sousse, une semaine peut passer sans que je voie un seul client. Je paie le loyer et les charges, je perds de l’argent et je ne gagne rien », pour Fakhri, il n’y a plus d’espoir. Ce commerçant à l’entrée de la médina fortifiée de Hammamet continue à esquisser un large sourire artificiel et aborde les passants en espérant trouver la perle rare : un client.

Dans sa boutique, il vend de tout : des épices, des objets souvenirs, de la céramique, mais aussi des bijoux et des montres. Pour ce trentenaire, la seule issue c’est l’Europe. « Si je n’y arrive pas par les moyens légaux, je partirai clandestinement, déclare-t-il, la gorge nouée. Je suis commerçant, j’avais une bonne situation. Jamais je n’aurais imaginé en arriver là, à penser à la harga [immigration clandestine]. »

Lire aussi : Les terroristes visent le secteur du tourisme, poumon de la Tunisie

Même désarroi à l’intérieur des remparts. Les ruelles tortueuses de la médina sont désespérément vides. Céramiques, bijoux, sacs en cuir, tissus, les marchandises s’entassent dans les boutiques d’artisanat, sans trouver acquéreur.

Tourisme de masse

A une dizaine de kilomètres au sud de la vieille ville de Hammamet, Yasmine Hammamet est une enfilade d’hôtels sur le front de mer sur 2 kilomètres. Cette ville artificielle est censée répondre à la demande supposée toujours croissante du tourisme de masse. Tout y est pour satisfaire l’« Occidental type » venu passer la semaine au soleil : marina, parc d’attraction patinoire… Il y a même une réplique kitsch de la médina, avec une sécurité renforcée à l’entrée.

Sur la place centrale de cette médina « moderne », Naoufel, 25 ans, travaille comme serveur dans un café maure. La terrasse est vide. « Avant Sousse, notre chiffre d’affaires pouvait atteindre 7 000 dinars [3 200 euros] par jour. Aujourd’hui, il nous faut une semaine pour gagner autant, affirme Naoufel, crâne rasé, le visage affable. Même au moment de la révolution et du couvre-feu, on gagnait mieux », ajoute-il.

Dans la marina, c’est le même désarroi. Installé sur les quais, Imed organise des excursions en mer. Polo blanc et béret marin, il s’occupe des réservations. « L’année dernière, on organisait environ trois sorties par jour. En ce moment, on arrive à peine à remplir deux bateaux. Pourtant, on a dû brader nos prix pour attirer les clients tunisiens et algériens. » De fait, ces derniers sont quasiment les seuls vacanciers présents à Hammamet.

Le tourisme maghrébin occupe une part importante dans le marché tunisien. Près de trois millions d’Algériens et Libyens ont visité la Tunisie en 2014.

Ghalia, une jeune Algéroise, porte un sac avec des objets souvenirs achetés dans le souk. C’est la première fois qu’elle vient avec sa famille en Tunisie : « Il est vrai qu’au début, comme beaucoup d’autres Algériens, nous avons hésité à venir. Mais au final on est là car on peut tout aussi bien mourir en Algérie », déclare-t-elle en souriant.

Tourisme intérieur à la rescousse

La peur a sévi au lendemain de l’attaque de Sousse, survenue le 26 juin, qui a causé la mort de 38 touristes dont une majorité de Britanniques. Un séisme pour l’industrie touristique. Dans le golfe de Hammamet, les hôtels enregistraient 16 000 annulations quotidiennement pendant une dizaine de jours, selon la délégation régionale du tourisme.

Mahdi Allani, directeur d’un hôtel quatre étoiles, s’en souvient encore : « L’attaque du Bardo a été un coup dur, mais c’était du soft comparé à l’après Sousse. » Son hôtel, Le Sultan, accueillait environ 400 clients – des Occidentaux pour la plupart – avant l’attaque, ils n’étaient plus que 80 dans les semaines qui ont suivi.

Cependant, difficile de trouver une chambre aujourd’hui dans cet hôtel niché sur le bord d’une falaise. « Quatre-vingt-quinze pour cent de nos clients sont tunisiens », explique Mahdi Allani, qui a fait le pari du marché local, très souvent dénigré par les hôteliers.

Pour Le Sultan, malgré les bons résultats du mois d’août, la saison est loin d’être sauvée. Les pertes en juillet étaient trop importantes. L’hôtel envisage de fermer ses portes pour l’hiver et de ne pas renouveler certains contrats de ses employés pour les mois à venir. Pour le directeur de l’hôtel, « tant que la Grande-Bretagne et la Belgique continuent à déconseiller à leurs ressortissants de venir en Tunisie, il est impossible d’envisager une reprise. Sinon, il faudrait un miracle ».

Khansa Ben Tarjemcontributrice Le Monde Afrique, Tunis

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/08/11/tunisie-il-faudrait-un-...

Options d'affichage des commentaires

Sélectionnez la méthode d'affichage des commentaires que vous préférez, puis cliquez sur « Enregistrer les paramètres » pour activer vos changements.

Il ny aura pas de miracle pour cette tunisie . Parceque quoi que l on dise , les tunisiens et surtout les tunisiennes voilées , sont plein de haine pour les etrangers . Et surtout arretez de croire que les tunisiens sont des gens acceuillants , c est tout faux , ce qui les interresse c est votre argents et rien de plus , et les vendeurs des souks vous insultes a longueur de journee sachant tres bien que vous ne les comprenez pas .

Publier un nouveau commentaire

Saisissez les caractères contenus dans l'image ci-dessus. (vérifier en utilisant un son)
Entrez le texte que vous voyez dans l'image ci-dessus. Si vous ne pouvez pas le lire, soumettez le formulaire et une nouvelle image sera générée. Insensible à la casse.

Contenu Correspondant