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La Hara, le berceau des Juifs Tunisiens, par Emile Tubiana

 

La Hara, le berceau des Juifs Tunisiens, par Emile Tubiana

 

 

            Maintenant que les Juifs n’existent pratiquement plus en Tunisie, nos compatriotes tunisiens musulmans essayent d’écrire l’histoire comme ils la voient aujourd’hui et sans tenir compte de l’élément le plus important dans l’histoire juive, soit l’état d’âme et l’esprit qui créait une ambiance qui n’existe plus en Tunisie. Par là je ne veux pas faire du tort à nos compatriotes musulmans, car ils ont une autre ambiance, qui diffère de la nôtre, à l’exception des seuls Musulmans qui avaient vécu avec les Juifs, que ce soit à la Goulette, à l’Ariana ou à Tunis et qui chérissent encore ces temps. Ceux qui avaient détruit la Hara ne se rendaient sans doute pas compte que ce lieu qui abritait les Juifs pauvres était le lieu le plus riche de l’histoire et de la culture des Juifs tunisiens. De cette Hara sont sortis les plus célèbres des Tunes dans presque tous les domaines. Ce lieu hébergeait de nombreux monuments historiques et religieux qui étaient aussi chers aux Juifs que les mosquées aux Musulmans.

 

            Aujourd’hui les Juifs sont éparpillés à travers tout le globe et nous ne serons jamais satisfaits de notre sort, depuis que les Romains nous avaient chassés de Jérusalem et de nos villages en Galilée ou en Judée.  Voici une des raisons pourquoi nous aimons notre Tunisie, car c’est la seule place que nous avons considérée comme notre pays et nos villages, puisque nous étions là avec les Phéniciens, et bien avant les Arabes.  Hélas maintenant c’est trop tard pour nos générations, de retourner ou de retrouver la vie que nous avons connue. C’est pourquoi le Juif tunisien parle toujours du bien de son pays, car pour rien au monde nous ne voulons salir le nom de notre berceau.

 

            Certains compatriotes musulmans, qui connaissent les valeurs, disent encore : « nous  regrettons que nos frères juifs aient dû quitter leur pays pour toute raison que ce soit. »  A ceux-là je dis : « Barakalah Fikoum, nous aussi on ne vous oublie pas. »

             Je dis encore à mes enfants : « vous pouvez voir la philosophie et l'histoire de plusieurs siècles trouver leur expression vivante dans tous les domaines de la vie des juifs de Tunisie. » 

            C’est dans ce contexte qu’il faut voir et comprendre ceux qui sont nés en Tunisie. Ces cultures et civilisations ont modelé l’homme, sans tenir compte de sa religion ou de sa nationalité d’origine.

            On sentait alors que le temps s'était arrêté ; nous respirions le temps.  Il ne fallait pas se presser.  La vie moderne nous donne beaucoup d’avantages techniques et matériels, mais elle nous prive de notre temps qui est l’élément le plus précieux de notre vie.

 

            Parfois lorsque je m’éloigne de quelqu’un, c’est parce qu’il me prive de jouir du temps qui à son tour me donne de la joie et de l’amour.

            Le fait que  la Tunisie s’aligne aujourd’hui avec tel pays arabe ou autre ne doit pas nous enlever l’amour de notre terre et de notre histoire qui reste intouchable et inchangeable.  Je répète ce que nos vieux disaient : « Khali Qalbek Endif Ousafi Raou Chay Ma Ydoum », ce qui veut bien dire : « Gardez votre cœur propre et pur car rien ne dure. Tout est éphémère. » Certains ne comprennent pas pourquoi après tant d’années de séparation nous aimons toujours notre pays.

 

            Il est clair que nous aimons notre pays natal, il est le berceau de notre enfance et de notre jeunesse et pour certains il est le berceau et le siège de toute leur vie. Il est bien entendu que tout cet amour est le fruit de plusieurs générations. Chacun de nous a des souvenirs et de mémoires inoubliables et personne ne pourra nous les enlever, ils sont les nôtres à jamais. Beaucoup de ces mémoires sont nées de différents faits, différentes places, certains moments, certains membres de la famille, des amis ou des êtres qu’on a connu, des croyances religieuses ou spirituelles. Le Tunisien en principe est bon, gentil, doux, aimable, charitable, compatissant, gai, joyeux, bon vivant, non violent, il est de même créateur et artiste.

 

            La croyance religieuse non fanatique joue un grand rôle chez le Juif tunisien. Il a une foi mystique, elle s’exprime à travers nos saints. Pour les uns, Rebbi Hai Taieb Lo Met de Tunis pour d’autres Rebbi Fraji Chaouat de Béja qui est enterré à Testour, pour les Juifs du sud, la Ghriba à Djerba ou El Ma’arabi à El Hamma. En principe nous aimions tous les saints et nous les visitions tous tant que les moyens et le temps le permettaient. Et de même, les Tunisiens musulmans sont aussi croyants que les Juifs, c’est pourquoi nous avons en Tunisie beaucoup de mausolées de Marabouts (Qoba). Du reste chaque Tunisien juif, musulman ou d’autre religion est croyant à sa façon et chacun à son saint et sa foi préférés. Que la Tunisie a su capitaliser sur la Ghriba, ”SAHTEN” pourquoi pas, mais ne mentionner que la Ghriba serait ignorer les autres saints très chers  pour la majorité des Juifs tunisiens.  Pour citer les Saints tunisiens: Rebbi Hai Taieb Lo Met à Tunis, Rebbi Fraji Chaouat de Béja enterré à Testour et El Ma’arabi à El Hamma, (sans oublier le miracle du char allemand) et autres (A’lihem Essalam).

 

            Je reviens à ceux qui ont une nostalgie ou un remords parce qu’ils habitent hors de la Tunisie. Il est naturel d’avoir une nostalgie pour sa terre natale. Aimer son pays ne peut que nous honorer. Celui qui a de l’amour envers sa terre ne peut que faire du bien, après tout, c’est cette force que nous voulons déclencher afin qu’elle jaillisse comme dans le passé et afin qu’elle nous inonde de son influence bienfaisante. Il ne faut pas habiter la Tunisie pour mieux l’aimer et il ne faut pas avoir aucun remords. Quand nous parlons du bien de notre pays natal, nous nous faisons respecter.  J’avais justement créé un proverbe à ce sujet qui dit: « Eli Izayen Darou Izayen Halou » (Celui qui embellit sa maison embellit son sort). Nous sommes tous nés dans un bon et beau pays. Nous l’aimons tel qu’il est sans conditions. Que nous le voulons ou pas on nous reconnaissons tous comme des Touansa. Certains ne comprennent pas ce langage. Je considère qu’a mon âge je comprends que leur façon de penser est différente que celle de ma génération.

 

 Emile Tubiana

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Le départ massif de nos compatriotes juifs est une perte considérable pour la Tunisie qui se trouve ainsi amputée.
Pourtant, nous vivions très bien ensemble.Cette belle période me manque. Dommage pour nous tous, et surtout pour celles et ceux qui avaient dû quitter leur histoire, leurs familles,leurs amis, leurs habitudes, et leurs biens.Dommage!

Moncef Kaafar

eh oui on regrette que nos compatriotes sont parti :/

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MK

J'aime beaucoup ce passage :

On sentait alors que le temps s'était arrêté ; nous respirions le temps. Il ne fallait pas se presser. La vie moderne nous donne beaucoup d’avantages techniques et matériels, mais elle nous prive de notre temps qui est l’élément le plus précieux de notre vie.

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MK

Vous avez quel âge Mr Tubiana ?

C’était un autre époque . J'ai étudié à l’école primaire rue du tribunal pas loin de la Hara de la Hafsia dans la vieille ville de Tunis . Il y avait à coté l’école juive et " la communauté " pour servir aux enfants ( le goutté avec du lait , beurre et confiture ). C’était une occasion pour nous enfants de se rassembler en tant que juifs et musulmans . Mais également je me rappelle au début des années soixante du 20 ème siècle de l'ambiance à Tunis , des commerçants , des pharmaciens , médecins , libraires ,sportifs , artistes , chanteurs ...juifs et des grandes familles comme Goslan , Haim ,Berrebi ,Donay , Barrouche , ..... les gens vivaient pacifiquement dans la cohabitation et le respect . C'est le contexte extérieur qui a déstabilisé la Tunisie . Ce pays a été toujours calme , ouverte , tolérante et qui procuré la joie de vivre .
J.L

En lisant ce message tout était idyllique . Pour ma part nous n'étions que des dhimmis . Je n'ai aucun regret . La preuve ? Tous les Juifs sont partis et ceux qui restent risquent leur vie .

Bonjour
C'est vrai que selon cet article tout parait idyllique. Mais Monsieur, la vie n'as jamais était simple pour tout le monde pendant plusieurs dizaines d'années certains Tunisiens étaient considérés comme des sous hommes. Moi j'ai d’excellents souvenirs de la période où les juifs habitaient Tunis, Mahdia ma ville natale et j'en passe. C'est dommage que l'on veux détruire des deux côtés des moments forts de l'histoire de la Tunisie

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