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La fête de Pessah' en Tunisie – Souvenirs et traditions, par Le Dr Victor Hayoun

 La fête de Pessah' en Tunisie – Souvenirs et traditions

Dr Victor Hayoun

 

Si les fêtes de Tichri sont marquées par l’austérité d'une demande de pardon et de repentir aux abords d'un automne rafraîchissant, la fête de Pessah' est accompagnée de verdure et de l'odeur de la floraison d'un printemps ensoleillé.

Mais on ne peut pas parler de Pessah' sans se souvenir de la table de nos parents et des interminables préparatifs dont nombre d'entre eux font partie du passé et ne sont plus pour nous qu'un souvenir dont nous nous languissons.

Je vous souhaite une très bonne fête de Pessah' avec tout ce qui nous rappelle la table de nos parents.

Voici un aperçu chronologique des préparatifs de la fête de Pessah', tels que l'ont vécu les juifs de Tunisie.

§Cela commence par le nettoyage de chaque recoin de la maison, le badigeonnage des murs, les achats de nouveaux habits de confection ou parfois cousus sur mesure.

§Le renouvellement des produits d'épicerie Cacher-Lé–Pessah' et la préparation d'une nourriture  particulière pour Pessah'.

§Une cuisine à l'odeur de légumes verts, de menthe, de coriandre, de persil, d'épinard, d'oignon vert, de fève verte dans sa cosse, d'artichaut et bien sûr de la laitue, ce Maror symbole de l'amertume que vécurent nos ancêtres qui étaient esclaves dans l'Egypte des pharaons.

§C'est le printemps, le renouveau, la floraison, le soleil, on aère, on range les armoires et les tiroirs.

§L'odeur de la propreté se mélange à celle de la cuisine.

§Au fur et à mesure de l'approche du soir du Seder, on ne se promène plus avec du pain ou du gâteau dans les chambres qui viennent d'être nettoyées de tout ce qui est H'ametz, presque purifiées.

§Notre espace vital H'ametz se réduit de jour en jour, on se fait réprimander pour n'importe quel transfert de H'ametz fait par inadvertance.

§Ce n'est presque plus vivable et on souhaite l'arrivée de Pessah' presque avec impatience.

 

Reprenons l'aperçu chronologique de cette période de l'année très riche en coutumes. Tout au long de notre existence, nous vivons des évènements, des fêtes et autres chapitres de notre vie, et ce n'est qu'après un certain recule que nous remarquons que tel ou tel détail a marqué notre mémoire et devient notre souvenir personnel. Voici un mélange de ces souvenirs. 

 

§Dans le temps, en Tunisie, les familles juives faisaient abattre un mouton, symbole du sacrifice pascal, le korbane Pessah', quelques jours avant Pessah'. De cet acte s'ensuivent au moins 3 détails de ce que les familles juives faisaient en ces jours de veille de Pessah'. Les 2 premiers ne se font plus aujourd'hui, alors que le 3eme fait encore partie des coutumes pratiquées à ce jour par la communauté juive d'origine tunisienne.   

o  Aujourd'hui les juifs originaires de Tunisie n'abattent plus d'agneau, ils achètent la viande d'agneau ou de mouton chez leur boucher.  

o  Dans la Torah il est écrit que les juifs en Egypte avaient marqué leurs portes du sang du sacrifice, afin que leurs maisons soient épargnées de la plaie de la mort des premiers-nés qui fut affligée aux égyptiens. Mais comme nous nous trouvons en Tunisie, qu'y a-t-il de plus efficace, contre le mauvais sort, qu'un signe de khamsa, la main aux 5 doigts ? Aussi, nos ancêtres en Tunisie marquaient les chambranles des portes d’entrée des maisons d'un signe de khamsa fait par une main trempée au préalable dans le sang de l'agneau que l'on vient d’égorger. 

o  Le dernier acte conséquent à l'abattage du mouton est celui d'appliquer à la lettre ce qui est écrit dans la Torah, c'est à dire, de manger la veille de la sortie d'Egypte de la viande Tsli-Ech, qui veut dire littéralement, "grillée sur le feu", en souvenir du sacrifice de Pessah' que l'on faisait dans le Temple, d'où la fameuse soirée des grillades que l'on mange le soir qui précède le soir du Seder. Cette dégustation se fera en prenant bien soin de ne pas faire tomber des miettes de pain dans la maison qui en est quasiment purifiée en cette avant-veille de fête. On mangera très souvent dans des conditions très peu commodes, quand la famille s'assoit à une table, ou à un coin de table, dernier endroit H'ametz de la maison.

 

§Mais avant de manger les grillades, il faut opérer à la cérémonie de Bdikath H'ametz, la recherche du H'ametz qui se trouve encore dans la maison. Il s'agit de ces 10 petits morceaux de pain enveloppés dans 10 petits papiers que nous recherchons, le soir, à l'aide d'une bougie, après les avoir éparpillés au préalable dans toute la maison.

Ainsi, cette soirée des grillades que l'on mange le soir qui précède le soir du Seder, est en fait l'avant-propos de ce Seder que nous attendons avec impatience.

§Le lendemain, le matin du jour du Seder, c'est le branle-bas-de-combat. Nos mères commencent à s'affairer à la cuisine de bonne-heure, ou plutôt, continuent les interminables préparatifs de Pessah', les derniers nettoyages, la préparation de ces mets typiques à Pessah', etc.

o  Ce jour du Seder est en fait un jour de jeûne pour les garçons premiers-nés. Cependant il est possible d'interrompre ce jeûne commencé tôt le matin, en assistant à la synagogue, ce même matin, à l’étude de la fin d'un chapitre du Talmud qui se nomme Syoum Massékhéth.

o  Au milieu de cette matinée, nous devons brûler le H'ametz, après avoir au préalable, en bon Tune, manger un dernier casse-croûte tunisien, le dernier H'ametz avant la semaine de Matzoth.

 

§Ce jour du soir du Seder, nous ne devons, en principe, pas consommer de Matzoth, galettes, avant la prière du Motsi qui sera faite après la lecture de la première partie de la Hagada et le Kidouch qui précède le repas du soir. Aussi, très souvent, pour les personnes plus pratiquantes, le repas de midi de ce jour de transition, du H'ametz au Casher-lé-Pessah', ne se fera pas avec du pain ni des Matzoth, mais se fera souvent à base d’œufs et de pommes de terre, mais aussi de riz et de légumes, car comme vous le savez, contrairement à d'autres, la communauté juive d'origine tunisienne a coutume de consommer du riz à Pessah'.  

 

§Pessah'commence par la cérémonie du Seder pendant lequel nous lisons la Hagada et après laquelle nous mangeons la Matza. Eclaircissons ces quatre mots … :

-       Le mot Pessah' a deux significations. La première est comme Passover en anglais, du verbe hébreu Lifsoah', c.à.d. passer par-dessus ou passer au-delà … des maisons juives quand l'Eternel faisait abattre les 10 plaies sur les égyptiens. La seconde explication c'est Pé…Sah' c.à.d. "la bouche qui parle" ou "la bouche qui raconte" … l'histoire de la sortie d'Egypte. Cependant, pour le juif tunisien, prononciation judéo-arabe oblige, Pessah' devient … Bichah', car la lettre "P" n'existe pas en arabe et devient "B"  

-       le Seder, c.à.d. "ordre" en hébreu, est un cérémonial très ordonné qui est l'entrée-en-matière des 7 jours de Pessah' (8 jours dans la diaspora). Les lettres "S" et "CH" s'intervertissent très souvent dans le langage judéo-arabe tunisien, ainsi Seder devient chez le juif tune à l'accent prononcé : Chidère.

-       C'est là que l'on lit la Hagada, du verbe hébreu Léaguide (Dire) et que nous racontons la sortie d'Egypte de nos ancêtres qui y étaient en esclavage.

-       Et enfin la Matza que l'on traduit dans le langage parlé courant par "Galette", devient en judéo-arabe tunisien Massa. Ceci est dû au fait que les juifs tunisiens prononcent dans la lecture des textes bibliques la lettre hébraïque "TS" (Tsadé) par "S" comme la lettre arabe "S" (Ssa). Il s'agit bien entendu de la Matza que nous mangeons en souvenir de nos Pères qui n'ont pas eu le temps de laisser leur pain levé et mangèrent le pain-sans-levain.

-       Sans oublier les trois mots que l'on a le devoir de dire à la mémoire de nos ancêtres qui sont sortis d'Egypte : Pessah'-Matza-ou-Maror (Pessah', Matza et Amertume/Herbe-Amère), ou avec l'accent judéo-arabe tunisien : Bichah'-Massa-ou-Marour. 

§Il faut ajouter qu'outre les particularités tunes dans la cérémonie, il y a les déformations de mots hébreux par leur prononciation en judéo-arabe tunisien. Voici quelques repères typiquement tunes de cette soirée du Seder.

o  Nous commençons par chanter à trois reprises la phrase qui commence par :Etmol, c.à.d. "Hier" …. nous étions esclaves en Egypte et aujourd'hui nous sommes libres et l'an prochain à Jérusalem, que nous récitons en faisant tourner le plateau (ou le panier) du Seder sur les têtes de tous les convives. Cet acte fait, semble-t-il, allusion au A'nané Ha-Kavod, ce "Nuage (Nuée) Protecteur" que le peuple juif avait au-dessus de sa tête pendant la traversée du désert après la sortie d'Egypte. 

Pessah' 1963 : Familles Hayoun, Bokobza et Allali au 3 Ave de Madrid à Tunis.

(coll.Priv. Dr Victor Hayoun)

 

o  En énonçant les 10 plaies que l'Eternel a fait abattre sur les égyptiens pour qu'ils libèrent les juifs, le maître de maison qui dirige la lecture de la Hagada verse, à chaque mention d'une des dix plaies, une partie du contenu de son verre de vin dans une grande coupe. A chacune de ses versées, la maitresse de maison verse après lui de l'eau dans la coupe et toutes les personnes présentes répondent Chem Atzilénou qui veut dire en hébreu "D… nous sauve" ou "D… nous préserve". Chez le juif tunisien Chem Atzilénou se prononcera Sem-Silinou.

o  Ensuite, un peu plus loin dans la lecture de la Hagada, nous prenons une Matza à la main et disons : Matza-zou, "cette Matza", qui devient chez les Tunes : Massa-jou

o  Juste avant de manger nous faisons le Korekh, c.à.d. "lier ensemble" la feuille de Laitue avec un morceau de Matza et le tout trempé dans la H'arossèth qui se prononce en judéo-arabe tunisien H'rouchouth. Mais, autour de cette table bruyante et joyeuse, il se trouvera toujours un taquin pour ajouter à l'amalgame du Korekh, pour la rigolade, un morceau de bouchon de liège.

 

§Après la lecture de la Hagada, voici quelques rappels en rapport avec la nourriture particulièrement Judéo-tunisienne de Pessah'.

o  Les juifs tunisiens mangent le premier soir de Pessah' le Msoky, "Servi" en arabe, qui est une jardinière cuite faite d'une multitude de légumes frais avec de la viande à laquelle on ajoute des morceaux de Matzoth. Cependant, il y a des communautés, dont celle de Nabeul, qui mange ce soir-là cette même jardinière à la viande sans les Matzoth qu'ils appellent la "Mkhalta", la "Mélangée" en arabe.

o  L'un des éléments le plus recherché et convoité est indiscutablement le Osbane. Cette farce existe en version Mkhada, "coussin" en arabe, à la forme carrée, ou en version Mèchnèd, "Traversin" en arabe, à la forme d'une saucisse.

o  Il ne faut pas oublier le plat typiquement tunisois que l'on appelle Faade. C'est un ragout d'abats qui est servi avec des tranches d'une farce de viande que l'on appelle Dabah'aya, communément traduit de l'arabe en "Ourse-vivante". Il est à signaler que l'étymologie du nom de ce met nous est inconnue à ce jour.

o  En accompagnement nous trouvons une série de salades cuites dont celle de saison, la salade d'artichauts cuite et crue, et bien sûr l'éternelle Chekchouka ou Mèrmouma ou Mekbouba. En souvenir de mes parents et mes ancêtres nabeuliens, je rappellerai la "Chekchouka Nablia" ou "Chekchouka nabeulienne" avec œufs et fèves vertes fraiches. 

o  Il y a un gâteau propre à Pessah' qui porte différents noms : on l'appelle Fritech (entre autre à Sousse) ou Khafaf (à Nabeul) ou Sferiess (entre autre en Algérie). Son nom diffère selon la ville et la communauté. Ce sont des petits beignets faits d'œufs et de farine de Matzoth, frits et imbibés de sirop super-doux ou de miel. 

 

§Après le repas et le dessert, il faut reprendre la Hagada et en lire la deuxième partie qui commence par la Birkat Hamazone, la bénédiction qui est dite après le repas. C'est à ce moment que nous savons qui sont les "Rajala", les "hommes"/les "durs" en arabe, qui ont tenu le coup et qui continuent malgré la fatigue dûe aux achats, aux nettoyages, aux préparatifs, à la "chasse au H'ametz", aux repas à la nourriture abondante et diversifiée, aux 4 verres de vins … pour ne citer que ça,

 

§Ensuite viennent les chansons / les Pyoutim pour réveiller les endormis. La chanson la plus connue est sans aucun doute : "H'ad Gadya … H'ad Gadya … Eli Sra-li Baba B-jouje Flouch", "Un agneau … un agneau … que mon père m'a acheté pour deux sous", que nous chantons à la fin de la soirée du Seder de Pessah'. Comme vous le savez, c'est l'histoire de l'agneau (pascal) …

o   … qui a été mangé       par le chat …

o   … qui a été mordu      par le chien …

o   … qui a été frappé       par le bâton …

o   … qui a été brulé                  par le feu …

o   … qui a été éteint         par l'eau …

o   … qui a été bu             par le taureau …

o   … qui a été abattu       par le Choh'ett …

o   … qui a été tué            par l'ange-de-la-mort …

o   … qui a été éliminé      par l'Eternel tout puissant ! !

 

§  Vous pouvez écouter la fameuse chanson Had-Gadya, chantée par le non moins fameux Paytan de Tunis, Nathan Cohen za"l. Cet enregistrement provient très probablement d'un disque 33 tours que Nathan Cohen avait enregistré dans les années 60 du siècle dernier à Tunis. Ecoutez et prenez du plaisir !

 https://www.youtube.com/watch?v=119yXOqLizk

§Ceux qui savent déchiffrer la langue judéo-arabe tunisienne transcrite en lettres hébraïques, continuent à chanter :

o    Khelini Nechker Ya-Youdi - Fi Bichah' Farh'at Jdoudi…

"Juif  laisse-moi me souler - A Pâque c'est la Joie de mes ancêtres".

Ou encore :

o        Ya-Ylana   Ya-Ylana    Rebbi Nechim Ykoun M'ana…

"Toi notre D.   Toi notre D.   que Rabbi Nissim soit avec nous".

C'est l'histoire du juif qui juste après Pourim se voit accablé de tous les achats et autres tâches domestiques pour Pessah', jusqu’à en avoir assez, et après plusieurs strophes, il conclut en ces mots : "et dans tout ce tracas, personne ne me demande si moi j'ai besoin de quelque chose pour la fête ! !"

 

Les détails rapportés ci-dessus et le Seder nous ont fait rentrer de plein pied dans la semaine de Pessah'. Et, comme par enchantement, on a à peine eu le temps de s'habituer aux ustensiles, aux services de table et aux couverts, sortis pour Pessah', et voilà, une semaine est passée et la fête touche à sa fin.

Mais avant de tout remettre en place, jusqu’à l'année prochaine, Ken-Yh'ab-Rabbi, "Si D… veut", il nous faut rappeler un évènement très important qui n'existe plus aujourd'hui. Je veux parler de … :

§  La procession du huitième jour de Pessah dans les rues de Tunis,que l'on faisait pour commémorer "La Sortie d'Egypte".

Le 8eme et dernier jour de Pessah', qui n'existe que pour les juifs de la Diaspora, après la prière du matin de ce jour de fête, les juifs de Tunis se réunissaient sur le bord du Lac de l'avenue Gambetta, pour chanter la prière de Chirath Ha-Yam, "Le Cantique de la Mer", et partaient en procession par l'avenue de Londres jusqu'au ghetto juif de La Hafsia en portant sur leurs épaules une plateforme sur laquelle se tenaient deux hommes, l'un tout habillé de blanc qui représentait Moïse / Moché (c'était souvent le Mohèl Moché Hagège), et le second représentait Aharon Ha-Cohen, frère de Moché (c'était souvent M. Journo). Tout au long du parcours de ce cortège d'hommes qui chantaient des prières en hébreu, des femmes juives les accompagnaient depuis leurs balcons, par des You-You de joie et aspergeaient la foule de parfum et de Ma-Z-har, eau de fleurs d'oranger. Cette procession était faite à Tunis pendant de longues années, et pendant ces heures de déplacement de cette foule, il semblait que la ville de Tunis devenait curieusement juive.

La procession du 8ème jour de Pessah' dans les rues de Tunis

(Coll.Priv. Dr Victor Hayoun)

 

La procession du 8ème jour de Pessah' sur le bord du Lac de l'avenue Gambetta à Tunis

 (Coll.Priv. Dr Victor Hayoun)

§  Pour conclure ce rappel des coutumes de la fête de Pessah' en Tunisie et dans la communauté juive originaire de Tunisie en général, nous passons à la fin de Pessah', ou plus exactement, le soir de la dernière journée de Pessah'. De nombreux juifs, de Tunis et dans d'autres villes, font généralement preuve d'une impatience pratiquement inexplicable qui les envoie faire la queue chez les marchands de casse-croute Tunisien et les boulangers pour consommer le premier pain d'après Pessah'. Les rabbins ont eu beau expliquer que cette coutume était interdite et contre les lois de la Halakha, mais peu de gens en tenait compte. En revanche, ce n'était là qu'une minorisée bruyante car, à Tunis et dans la plus part des communautés de Tunisie, les juifs attendaient le lendemain pour consommer leur "premier pain".

 

§  Ce même soir, alors que les juifs originaires du Maroc organisent les festivités de la fameuse Mimouna, les originaires de Tunisie se contentent d'une cérémonie très réduite qui consiste à éparpiller des verdures dans la maison. En fait, on accroche des feuilles de laitue verdoyantes dans toute les chambres de la maison en récitant une phrase en arabe : Khadarna-ou-A'm-Akhdar, qui veut dire "Nous verdissons et que l'année soit verte", car nous sommes au mois de Nissan qui est le premier mois de l'année hébraïque et nous souhaitons que ces verdures soient le symbole d'une année verte, fertile, féconde et riche en récolte afin qu'il y ait de quoi se nourrir.

 

§  Il y a une autre coutume que l'on retrouve encore, par ci par là, en Israël ou même en France. Ce même soir ou un des jours qui suivent le soir du Seder, certains ont la coutume de mettre/coller une petite boule de cet amalgame qu'est la H'arossèth, ou H'rouchouth chez les Tunes, au-dessus et sur la partie supérieure de la Mezouza de la porte d'entrée. On pourrait voir là un signe de sauvegarde, comme pour marquer la maison, et ses occupants, afin qu'ils soient épargnés de tout mauvais sort et de tout mal.

 

§  Il y a une dernière coutume qui a complètement disparu. Ce même soir ou le lendemain, les juifs de Tunisie accrochaient une Matza, une galette tunisienne ancienne, grande, épaisse, dure et ronde avec de grands trous, dans une des chambres de la maison et on ne l'enlevait que pendant le nettoyage de Pessah' de l'année suivante. Quant à l'origine de cette coutume et son explication, nous n'avons aucune certitude, mais il semblerait que cette Matza, qui reste accrochée pendant toute l'année, serait là, en quelque sorte, pour assurer la pérennité, "que D… nous prête vie jusqu’à Pessah' prochain", pour la jeter et la remplacer. Il est écrit qu'avec la venue du Machiah', "Messie", on arrêtera de faire toutes les fêtes juives, sauf Pessah'. En fait, cette coutume n'était pas pratiquée par tous les juifs de Tunisie, bien qu'on en trouve des traces un peu partout en Tunisie.

 

A la question : pourquoi cette coutume a-t-elle disparu ? nous pouvons ajouter une réponse historico-humoristique : ce serait, peut-être, parce que le 5 juin 1967, lors des émeutes anti-juives des suites de la Guerre des 6 jours, le four des Matzoth de Tunis a été brulé et détruit par les émeutiers, et depuis la communauté juive tunisienne, ou qu'elle vive, ne consomme plus que des galettes étrangères, essentiellement de France et d'Israël, qui n'ont pas de trous pour les accrocher ? Ceci est un point d'humour que j'ai décidé d'ajouter aux détails de cette fête qui est très marquée par ses couleurs, ses odeurs, sa jovialité, ses coutumes et son optimisme printanier.

   

§  Voici enfin le rappel d'une autre coutume qui a pour but de repousser le mauvais sort. Tout au début du Seder, avant de commencer la lecture de la Hagada, nous prenons la Matza du milieu, parmi les trois qui se trouvent dans le plateau du Seder, et nous la coupons en deux à la main, en recitant : Ayda Sak Alla El-Bh'ar 'Ala Tnach Trik, El-Nofss El-Kbir béin El-Mida Ou-El-Mendil Ou-El-Nofss El-Zghir Béin El-Jouj Massouth, "C'est ainsi que D… fendit la mer en douze parts. Nous mettons la "grande" moitié de la Matza sous la nappe de la table et nous remettons la "petite" moitié entre les deux Matzoth". Le grand morceau s'appelle Aficomane et il doit être consommé après le repas, alors que nous sommes rassasiés. Les juifs de Tunisie avaient à ce propos une superstition. Du temps où les longs voyages se faisaient en bateau, les tunisiens avaient, et certains ont encore, coutume de conserver des petits morceaux de cette Matza, qu'ils jetaient à la mer lorsqu'elle était agitée, pour faire une traversée calme et tranquille. Ceci en souvenir du Peuple Juif qui avait traversé la Mer Rouge sans problème lors de la sortie d'Egypte.       

 

 

Ce récit est un rappel succinct de nos coutumes de Pessah'. Il est certain que ce document n'est pas exhaustif, surtout parce que les traditions sont parfois différentes d'une ville à une autre, et d'une région à une autre, mais j'ai essayé d'y inclure autant de détails que possible de ce qui avait été, et parfois est encore, la fête de Pessah' en Tunisie.

Ceci est le résultat d'une recherche dans laquelle se mélangent mes souvenirs personnels et des détails recueillis auprès des originaires de communautés juives diverses en Tunisie.

 

Je dédie ce document à la mémoire de mes défunts parents, Germaine et Benoit Hayoun (Néjma et Brakha H'ayoun).

Et … encore une fois … Bonnes fêtes à tous.

Dr Victor HAYOUN

 

Adresse mail : vhayoun@bezeqint.net

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