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Iran : maintenant il y a un accord

Ils n’avaient pas d’autre choix sensé que celui d’obtempérer

Iran : maintenant il y a un accord (info # 012301/14) [Analyse]

 

 

Par Jean Tsadik et Stéphane Juffa ©Metula News Agency

 

La réunion du 24 novembre dernier à Genève entre les 5+1 et l’Iran s’était conclue sur un échec cuisant ; les grandes puissances parlèrent d’un accord, la Maison Blanche publia à grands renforts de publicité une feuille d’information dans laquelle elle annonçait la signature avec Téhéran d’ "Accords du premier stade concernant le programme nucléaire de la République Islamique d’Iran". Mais c’était du bluff, une mystification du public coordonnée entre les membres permanents du Conseil de Sécurité + l’Allemagne, l’expression de ce que Barack Obama désirait obtenir des Perses mais qu’il n’avait pas obtenu. En anglais : un wishful thinking.

 

Entre la fin novembre et le 12 janvier, les réunions avec les Iraniens se poursuivirent. D’abord, d’une manière assez chaotique, les ministres de Khamenei multipliant les déclarations pour exprimer qu’il n’y avait pas eu de traité signé dans la capitale lémanique, qu’ils ne s’étaient engagés à rien, et que la Fact sheet d’Obama n’était pas conforme à la réalité.

 

Les 5+1 maquillèrent les discussions de la dernière chance les appelant "discussions techniques" visant à rendre applicable le traité du 24 novembre. Les Iraniens se taisaient à ce propos. En fait, les pourparlers étaient scindés en deux dialogues : le premier destiné à atteindre un accord politique avec la théocratie chiite, le second, afin d’en fixer effectivement les modalités techniques.

 

La supercherie initiale refaisait cependant chaque fois surface lorsque l’on se remémorait la finalité des rencontres de novembre ; elle était intrinsèquement limitée et technique, et se résumait à un échange de mesures temporaires prévoyant un arrêt des activités nucléaires de l’Iran durant six mois contre un allègement partiel des sanctions économiques qui le frappe. Soit on s’était entendu au niveau de ces mesures soit non. Et on ne s’était pas entendu.

 

Entre fin novembre et le 12 janvier, les représentants de Khamenei continuaient à perdre du temps et rappelaient, chaque fois que c’était possible, que la décision d’entériner les sujets discutés alors à Vienne et à Genève se prendrait à Téhéran.

 

A Washington, le Président Obama faisait face à un Congrès de plus en plus menaçant et remonté, influencé par les révélations de la Ména, qui s’apprêtait à faire passer au Sénat – Républicains et Démocrates confondus dans une confortable majorité – une loi promulguant un nouveau train de sanctions contre les ayatollahs.

 

Même les discussions privées entre le président et les parlementaires de son propre parti se passaient mal. Elles se terminaient irrémédiablement par l’avertissement des députés et des sénateurs : soit vous obtenez très rapidement de Khamenei qu’il endosse tout ce que vous nous avez dit qu’il avait accepté, soit nous votons le durcissement des sanctions, ce qui lèvera inévitablement le voile sur votre mode opératoire. 

 

Le message était passé, ce qui fit qu’au tout début de l’année, après une réunion très dure des négociateurs à la toute fin de 2013, le président sortit son six coups de son étui et envoya un message de style Western – ou Cosa Nostra, c’est au choix – aux dirigeants iraniens. Nous ne l’avons certes pas vu, mais d’après ce que l’on nous en a rapporté, il s’énonçait ainsi : "Soit vous concluez avec moi tout ce que j’ai annoncé dans ma Fact sheet de novembre, soit je mets un terme définitif aux négociations avec vous, j’appuie la nouvelle loi du Sénat, je vous dénonce comme des faussaires et des voyous dangereux, je donne le feu vert à Netanyahu pour une opération militaire contre vous et je lui livre toutes les armes supplémentaires et le soutien logistique dont il a besoin".

 

Le message se terminait par quelque chose du genre : "Vous avez deux ou trois jours pour tout finaliser à Genève".

 

Cela participait certes d’une réaction improvisée, dictée par les évènements, cela nécessitait la puissance que l’Amérique est seule à posséder, cela renforçait l’image négative d’un président style Chicago-machiavélien, mais ce fut diablement efficace.

 

Le 12 janvier, l’accord du 24 novembre fut finalement conclu. Nous ignorons ici s’il a été physiquement paraphé par les représentants des parties, mais cela n’a plus grande importance. Quatre jours plus tard, la Maison Blanche diffusait un "Résumé" des accords techniques relatifs au programme nucléaire iranien. Il est autrement plus costaud que la Feuille d’information de novembre.

 

Il prévoit par exemple que l’Iran cessera – depuis, il a déjà réalisé cette clause – sa production d’uranium enrichi à 20 pour cent ; qu’il diluera son stock déjà enrichi à ce niveau, apparaissant sous la forme d’hexafluorure, en le transformant en oxyde, qui ne peut plus être ré-enrichi. Que la moitié de cette transformation sera réalisée sous trois mois et le solde, dans les trois mois suivants.

 

Cette mesure rallongera considérablement le breakout time, le temps nécessaire à Téhéran pour produire une bombe atomique s’il décidait de redémarrer son programme, donnant aux Occidentaux une période suffisamment longue pour choisir une réponse adéquate.

 

Toujours selon le même document, la moitié des centrifugeuses de Natanz seront arrêtées – c’est fait ! - ainsi que les trois-quarts de celles de Fodow – c’est fait aussi -, cette mesure incluant toutes les centrifugeuses de la dernière génération.

 

Les travaux sur le réacteur à eau lourde d’Arak seront stoppés, de même que tout son approvisionnement. L’Iran s’abstiendra de construire une installation de retraitement. Faute de posséder une usine de cette sorte, il est techniquement impossible de séparer le plutonium du carburant usagé.

 

Ce qui est prépondérant, de surplus, suivant les termes de cet accord, est que l’AIEA (l’Agence onusienne Internationale de l’Energie Atomique) décide seule si les Iraniens respectent ou non leurs engagements. Elle le fait sur la base d’inspections coordonnées – au moins une fois par jour à Natanz et Fodow - aussi bien que par surprise. Et le chef des équipes de l’AIEA chargées des activités sur place est un Italien du nom de Massimo Aparo, qui n’est pas du genre à s’en laisser compter. Il a d’ailleurs envoyé son premier rapport lundi dernier.

 

Ce sont ces rapports qui conditionneront exclusivement l’allègement graduel et limité des sanctions. Ce même lundi, le 20 courant, première échéance de contrôle des dispositions décidées le 12, Tero Varjoranta, le sous-directeur de l’agence internationale, a brièvement répondu aux questions de nos confrères quant aux performances des Iraniens. Juste avant, il a déclaré que "le week-end en Iran s’était très bien passé et que la coopération était bonne. Nous avons pu réaliser notre travail de manière très efficace", a ajouté Varjoranta.

 

"Pouvez-vous confirmer que l’Iran a réalisé ce à quoi il s’était engagé ?", a demandé un journaliste. "Oui", a répondu le sous-directeur de l’AIEA, "je peux le confirmer".

 

"Pouvez-vous donner un peu plus de précisions sur ce que vous venez de confirmer ?", a demandé une autre voix dans la salle. "Bien", a poursuivi le fonctionnaire international, "par exemple, ils ont cessé de produire de l’uranium à 20 %. Ils ont cessé d’utiliser les centrifugeuses en tandem ; en d’autres termes, les interconnections [entre les centrifugeuses] ont été débranchées. Le processus de dilution de l’uranium à 20 pour cent a débuté, et sa conversion se poursuit. Ce sont deux exemples de majeure importance".

 

En échange de ces bonnes nouvelles, les 5+1 vont ordonner la libération, le 1er février prochain, de 550 millions de dollars d’avoirs iraniens bloqués. Le 1er mars, à la condition que l’AIEA confirme que la moitié du stock d’uranium à 20 % a bien été transformée, l’on procèdera au dégel de 450 millions supplémentaires, et ainsi de suite. En fin de compte, au bout de six mois, si Téhéran tient tous ses engagements, il aura ainsi récupéré environ sept milliards de dollars sur les quelque cent milliards actuellement confisqués. La restitution de la somme restante dépendra de la signature d’un accord définitif entre les parties, et l’on sait déjà que l’entente du 12 janvier pourrait être prolongée de six mois si les pourparlers devaient se compliquer, ce qui ne devrait déranger personne.

 

D’autres mesures d’allègement des sanctions doivent entrer en vigueur prochainement ; elles incluent notamment la permission pour l’Iran de reprendre ses exportations de brut et ses importations destinées à l’industrie automobile et à son aviation civile.

 

Avec certaines limites, les ayatollahs pourront également à nouveau s’adonner au commerce de l’or et d’autres métaux précieux.

 

Au vu de la mise en œuvre de tout ce qui précède, la menace imminente de l’accession de la "République" Islamique à la bombe atomique n’existe plus. Israël n’a donc plus de raison de se livrer à une attaque des sites nucléaires perses, et ce, au moins tant que le régime chiite tiendra ses engagements.

 

Cette constatation a des répercussions stratégiques inestimables pour l’Etat hébreu, sur la base des analyses que nous avons récemment produites à ce sujet. Si le 1er mars prochain, la moitié du stock d’uranium enrichi à 20 % est effectivement neutralisé, il sera possible d’établir que toute menace d’annihilation d’Israël (ou d’atteinte tactique substantielle) aura cessé de subsister à court terme. Ce, avec la possibilité que cette nouvelle situation se pérennise en cas de signature d’un accord définitif.

 

L’entente du 12 janvier s’ajoute, dans ce sens, à la destruction coordonnée du stock d’armes chimiques syrien. Ce serait la première fois depuis la création de leur Etat que les Israéliens jouiraient de semblables conditions de sécurité. Ce à quoi il convient d’ajouter l’émergence d’un régime amical en Egypte et sa légitimation par le référendum populaire de la semaine dernière. Cette ultime transformation a comme influence immédiate que le Hamas à Gaza, qui n’est plus en état de soutenir une confrontation avec Tsahal, fait de son mieux afin d’empêcher les autres organisations terroristes de lancer des roquettes sur le Néguev. L’instauration d’un nouveau cycle de violence au Sud n’est ainsi plus à craindre, même après les éliminations ciblées de chefs terroristes dans la bande côtière.

 

Au Nord, le Hezbollah est bien trop empêtré dans la Guerre Civile syrienne pour être en mesure de provoquer l’Etat hébreu. Si l’on ajoute à cela le début de l’exploitation commerciale du gaz naturel dans le bassin oriental de la Méditerranée et les percées technologiques israéliennes en matière de défense, on peut en déduire que la situation générale d’Israël n’a jamais été aussi positive et prometteuse.

 

Et si l’accord du 12 janvier tient, les résultats qui lui sont liés surpassent ce que l’on pouvait espérer d’une frappe militaire des infrastructures perses. Sur ce point, il importe d’apprécier la conduite décisive du président étasunien, que nous n’avions jamais manqué de critiquer dans ces colonnes lorsqu’elle méritait de l’être. Il a enfin, et sur ce dossier, fait parler la puissance de son pays.

 

Barack Obama a certes été aidé dans la réalisation de ses convictions par la fermeté israélienne et par l’activité incessante des amis de Jérusalem au Congrès. De plus, la neutralisation au moins passagère des ambitions nucléaires perses sert autant les Hébreux que les Etats du Golfe, l’Arabie Saoudite, l’Europe que les USA.

 

Quant aux dirigeants de la théocratie chiite iranienne, ils viennent de se lancer dans une offensive diplomatique tous azimuts. Au forum de Davos, Hassan Rohani est en ce moment même en train de rencontrer les dirigeants des géants pétroliers tels l’ENI (Italie), BP, Total, Shell et l’Exxon Mobil. Avec l’intention de les amener à investir dans son pays afin de faire remonter, dans un premier temps, sa production quotidienne de brut de 2.5 millions de barils/jour environ à 4.

 

Suite à la mise en route de l’Accord du 12 janvier, les industriels étrangers se ruent à Téhéran. On y a déjà comptabilisé la venue de pas moins de cent chefs d’entreprises français. Ceux-ci n’avaient d’ailleurs pas attendu les résultats des négociations, puisqu’en décembre, Renault et Peugeot avaient participé au Salon de l’automobile de Téhéran.

 

Sûr qu’il est absolument nécessaire de continuer à observer l’évolution des rapports avec Téhéran avec circonspection et la plus grande prudence. Mais à la fin de ce mois de janvier, la santé de la planète, et particulièrement celle du Moyen-Orient, est sensiblement meilleure que ce qu’elle avait été durant ces cinq ou dix dernières années.      

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