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À vendre : l’Airbus A340 de Ben Ali

 

À vendre : l'Airbus A340 de Ben Ali

Les bénéfices de revente de l'appareil, actuellement en chantier à Bordeaux-Mérignac, devraient revenir à la Tunisie.

Par Thierry Vigoureux

La Tunisie met en vente le luxueux Airbus A340-500 que Ben Ali se réservait comme avion présidentiel, selon le magazine économique tunisien Investir. Ce très long courrier, actuellement en cours d'aménagement à Bordeaux, est estimé à 200 millions de dollars, auquel il faut ajouter une cinquantaine de millions pour les travaux de transformation en version VIP. Le produit de la vente reviendra au trésor public du pays du jasmin.

Si l'ego des chefs d'État peut parfois se mesurer à la taille des avions gouvernementaux, l'ancien président tunisien ne faisait pas dans la modestie. Cette version de l'A340 est capable de parcourir 9 000 milles (16 600 km, presque la moitié du tour de la terre) ou de voler dix neuf heures sans escale. Pour comparaison, l'A330-200 de la République française, plus petit et acquis d'occasion, n'offre, lui, qu'une autonomie de 7 200 milles.

Une erreur marketing d'Airbus

L'A340-500 était un avion démesuré pour le dirigeant tunisien, qui n'aimait pas voyager... Certes, son épouse se déplaçait régulièrement à Milan, Genève ou Paris pour son shopping, mais, alors, le Boeing BBJ (version VIP du 737) faisait largement l'affaire. C'est d'ailleurs cet appareil que le couple a utilisé pour fuir à Djeddah le 15 janvier. Depuis le BBJ, propriété de l'État tunisien, est revenu sur la base militaire de l'aéroport de Tunis-Carthage.

Si Ben Ali n'avait pas vraiment besoin du A340-500, il a en tout cas certainement enlevé une sérieuse épine du pied à Airbus dans la mesure où l'avion a été acquis à son juste prix. Car l'appareil - numéro de série 902 - avait initialement été commandé par la compagnie indienne Kingfisher, qui s'était ensuite désistée. À vrai dire, le quadriréacteur A340-500 s'est avéré être, à la suite de la hausse du carburant, une erreur marketing. À performances égales, il coûte beaucoup plus cher à exploiter que son concurrent - biréacteur - le Boeing 777-200LR. Réimmatriculé TS-KRT (TS pour Tunisie), il a été livré le 19 décembre 2009. Trois jours plus tard, l'A340 effectuait un vol local au départ de Tunis puis est revenu à la fin de l'année 2010 en France, à Tarbes, où il a été stocké quelques semaines avant d'entrer en chantier à Bordeaux-Mérignac. La modification de la cabine, prévue pour 313 passagers en version commerciale, est assurée par les ateliers de Sabena Technics (ex-Sogerma), ceux qui avaient déjà transformé l'A330 présidentiel français ou l'A340 de l'émir du Qatar.

D'autres avions en vente

À Bordeaux, une certaine inquiétude régnait chez les salariés de Sabena Technics, car l'aménagement de cet avion représente une part importante du plan de charge pour 2011. La direction de l'entreprise a été rassurante. Dans une lettre adressée aux syndicats CGT et CGC, elle assure que "les salariés n'ont pas d'inquiétudes à avoir" et que "le chantier poursuit son cours, tel qu'il a été commandé par Tunisair". La compagnie nationale tunisienne, qui ne souhaite pas s'exprimer sur ce sujet, doit s'en séparer car elle ne pourrait utiliser cet avion en version passagers. Elle n'exploite pas actuellement de réseau long-courrier. Ce quadriréacteur est, par ailleurs, totalement inadapté au trafic de pointe transméditerranéen, même en offrant trois cents sièges.

D'autres avions d'affaires devraient être vendus par l'État tunisien, signale le ministère des Transports. Vraisemblablement acquis avec des deniers publics, le Falcon 900 B de Sakhr El Materi, gendre de Ben Ali, a été saisi à Genève. L'avion de Marwan Mabrouk, un autre membre de la famille, est, lui, sous scellés au Bourget.

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