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Souvenirs, souvenirs… d’anciens juifs tunisiens!

Souvenirs, souvenirs… d’anciens juifs tunisiens!

 

 

 

 

 

Revenus après 44 ans, Raymond et Daisy revoient Sousse. Avec pleins de souvenirs dans la tête. Du hammam de la Corniche, au «Petit mousse», en passant par la salle des jeux Mosbah et du casino de Boujaafar.

Récit.

Il s’appelle Raymond. Elle s’appelle Daisy. Nés à Sousse où ils se sont mariés en 1960, ils sont revenus, en ce mois de mai 2012, pour «revoir le pays». L’occasion? Un voyage organisé par une petite agence de Marseille.

Raymond était plombier. Soixante-douze ans aujourd’hui, il a travaillé comme contremaître dans “Les imprimeries Bessis“, tout juste derrière le «défunt» cinéma Vox, une rue parallèle à l’Avenue Habib Bourguiba. Daisy était couturière et travaillait avec sa mère, qui tenait boutique dans le quartier de “Gabadji picolo“ (à ne pas confondre avec le quartier de “Gabadji Grande“, situé en hauteur de la ville, «beaucoup moins select») dans une maison «à l’impasse El Lamti, en face de la boulangerie Hammami».

«Mais les gâteaux n’ont plus les mêmes goûts»

«Le quartier est toujours là, mais la maison a disparu», regrette Daisy, cheveux poivre et sel, jupe noir et chemisette rose. «Elle a été démolie avec un petit pâté de maisons remplacé par un immeuble apparemment inoccupé», précise-t-elle.

Tous les propos de Raymond et Daisy –vous l’avez compris- ne portent que sur des lieux disparus. A commencer par ce “Hammam de la Corniche“, à côté du jardin de Sidi Boujaafar (jouxtant le marabout du même nom) où elle a perdu, un jour de noces, un pendentif en or qu’elle regrette encore et qu’elle tient de sa grand-mère.

Autre lieu mythique: la pâtisserie Pascal sur l’Avenue Bourguiba. «Avec ses yoyos, ses nougats, ses Tassa et borj (limonade et croquant)». «Chaque jour que Dieu fait, je me tapais “une tassa et un borj“, en sortant de l’Ecole de front de mer Dumont (l’école a disparu aujourd’hui)», se souvient Daisy.

«Certes, un des fils de Pascal a ouvert boutique près du “Coop“ (entendez la Coopérative), l’actuel Magasin Général, mais les gâteaux n’ont plus les mêmes goûts», assure-t-elle.

Des lieux mythiques. Mais aussi ses personnages pittoresques. Comme ce “Macha maboul“, un mendiant, toujours sale et habillé en haillons, qui «arpentait du matin au soir les rues du quartier de Gabadji picolo». «Ma mère me menaçait, toute petite, de l’invitait à la maison si je refusais de manger ma soupe», confie Daisy.

Comment Raymond et Daisy trouvent-ils Sousse aujourd’hui? «Ne demandez pas à la mère de la mariée de dire ce qu’elle pense de sa propre fille. Elle n’en dira que du bien!», souligne Raymond. Qui dit avoir quitté la ville en 1968 «la mort dans l’âme».

«Je me souviens comme si c’était hier», poursuit-il. «Ma mère, mon père, ma sœur Annie, Daisy, notre enfant, Philippe (aujourd’hui, médecin à Marseille), avons quitté Sousse, dimanche, aux aurores, pour prendre le bateau à La Goulette», observe-t-il.

«J’avais peur de vivre un choc»

«A Marseille, où nous nous sommes installés, ce n’était pas facile. Il fallait reprendre tout à zéro, affirme-t-il. Mais, le plus difficile c’était d’oublier le pays, Les imprimeries Bessis, les amis du Café de Tunis et juste en face le cinéma Le Palace, la salle des jeux de Mosbah, le Casino de Boujaafar dans la jetée, …C’était un déracinement», ajoute Raymond, en essuyant une petite larme.

D’ailleurs, Raymond et Daisy ont beaucoup réfléchi avant de prendre la décision de revenir à Sousse «après 44 ans de séparation». «J’avais peur de vivre un choc, de ne plus retrouver la ville où je suis née et vécu jusqu’à l’âge de 28 ans», détaille Daisy. «Et il fallait bien revoir la ville où nous sommes nés avant… de mourir. C’était un devoir», insistent-ils en chœur.

Comment se sont passées les retrouvailles? «Pas mal», s’empresse de noter Raymond. Qui regrette, toutefois, que beaucoup de lieux aient changé «d’apparence». «Le café “Mechmech“, sur la Corniche, a troqué son look de vieux café arabe contre des vitraux à n’en plus finir. Le “Petit mousse“ d’en face, qui servait le fameux “Fantasio“ (un lait à la grenadine), n’est plus là. Il a été remplacé par une pizzéria», regrette Raymond.

Par contre, Daisy est contente que «la Tunisie d’aujourd’hui se soit réconciliée avec sa judaïté… J’ai lu avec grand plaisir la déclaration de votre nouveau chef de gouvernement sur le fait que les juifs sont les bienvenues à Djerba pour le pèlerinage de la Ghriba. Mais, bien plus, j’ai beaucoup apprécié les mots gentils des commerçants de la médina qui me considèrent comme une tunisienne comme les autres», souligne-t-elle. «Il faut dire que ma famille est installée à Sousse depuis le règne des Hafsides, vers 1250», indique-t-elle sans une grande fierté.

«Une terrasse et un soda»

La discussion revient très vite sur les souvenirs de Raymond et de Daisy dans «leur parcours soussien». Raymond vous raconte avec plaisir comment il a vu pour la première fois Daisy. C’était un jour de mai 1959. «J’étais venu chercher ma mère qui était partie faire le dernier essayage d’une robe chez la maman de Daisy», explique Raymond. «Las d’attendre, j’ai frappé à la porte. Daisy était sortie pour voir qui s’était. Je n’avais pas pipé mot à ma mère. Qui avait pourtant tout compris. Trois mois plus tard, elle est venue me dire ce que je pensais de Daisy. Je n’ai pas également pipé mot. Elle avait là aussi tout compris. Deux semaines après, les fiançailles ont eu lieu», raconte Raymond. «A la tunisienne», commente-t-il. «Il est vrai que j’ai rencontré Daisy plus d’une fois dans des communions ou des mariages, mais je ne lui ai vraiment adressé pour la première fois la parole que le jour de nos fiançailles», conclut-il.

Arrête de dire des bêtises», réagit Daisy. «Il se fait tard et je veux une glace, à moins que l’on se fasse une terrasse et un soda», ironise Daisy, d’un air bien amusé.

Par Mohamed Farouk

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