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Des rabbins très racistes

 

Des rabbins très racistes (info # 011112/10) [Analyse]

Par Sandra Ores ©tula News Agency

 

Trente-neuf rabbins ont signé un jugement religieux, mardi dernier, interdisant aux Juifs d’Israël de vendre ou de louer des propriétés à des non-Juifs. Cette circulaire vise principalement les populations arabes.

 

Le gouvernement a immédiatement réagi à cette déclaration en tous points raciste et antidémocratique. Le jour même de sa promulgation, le 1er ministre Benjamin Netanyahu a condamné cette initiative. "De telles choses ne peuvent pas être dites, ni contre les Juifs ni contre les Arabes. On ne peut déclarer cela dans un pays démocratique, et, particulièrement, dans un pays juif démocratique. L’Etat d’Israël rejette catégoriquement ces appels".

 

Nitzan Horowitz, du parti progressiste Meretz, a soutenu que ces rabbins devaient être démis de leurs fonctions : "Il s’agit de la pire forme de racisme", a-t-il commenté.

 

On se croirait en effet dans l’Allemagne des années trente : "Comment nous sentirions-nous si une interdiction de vendre des appartements aux Juifs était annoncée ?", a poursuivi, pour sa part, le premier ministre.

 

"Tout ce que [ces rabbins] font est d’encourager la haine et détruire la démocratie israélienne", a surenchéri Nitzan Horowitz.

 

Hier matin (vendredi), 10 décembre, des milliers de manifestants étaient attendus à Tel-Aviv afin de protester contre cette atteinte aux droits de l’homme. "Il est clair aujourd’hui que la démocratie est attaquée", a affirmé l’un des leaders des groupes organisant cette protestation, l’Association pour les droits civils en Israël.

 

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Coexistence difficile entre l’Etat laïc et des rabbins racistes infréquentables

Ici Ovadia Yossef et Binyamin Netanyahu

 

Courant novembre dernier, le grand-rabbin de Tzfat (Safed), Shmuel Eliyahou, avait été à l’origine d’une annonce de la même veine que l’appel hilkhatique de ses confrères, en interdisant aux habitants de sa ville de louer ou de vendre des appartements à des Arabes.

 

Le ministre des Affaires des Minorités, Avishay Braverman (travailliste), avait appelé le ministre de la Justice, Yaakov Neeman, à suspendre immédiatement le rabbin galiléen de ses fonctions officielles.

 

"Vous pouvez répéter vingt fois le mot "raciste", cela ne m’impressionne pas. Je ne fais que respecter un interdit de la halakha (la loi des Israélites orthodoxes), stipulant qu’il est interdit de vendre ou de louer un logement à des Arabes", s’est défendu le rabbin de Tzfat, qualifiant le ministre d’hypocrite.

 

Un grave incident s’est produit, probablement suscité par l’appel du rabbin Eliyahou : un survivant de l’Holocauste, âgé de 89 ans, résidant à Tzfat, s’était vu harassé et menacé par des fondamentalistes, car il louait un appartement à des étudiants bédouins, suivant des cours à l’Académie de Tzfat.

 

Shmuel Eliyahou a toutefois enfoncé le clou de la discorde, affirmant : "Braverman devrait se faire rafraîchir la mémoire ; qu’en tant que ministre du gouvernement, il est soumis aux décisions du cabinet, notamment celle concernant "la judaïsation de la Galilée" ; une résolution visant à préserver le caractère juif de la région, découlant de la Déclaration d’Indépendance de l’"Etat juif démocratique".

 

Shmuel Eliyahou n’a, à ce jour, toujours pas été suspendu ni jugé.

 

Suite à l’évènement de cette semaine, qui a rapidement pris une dimension nationale, de nombreuses requêtes visant à traduire les incitateurs racistes devant les tribunaux se font entendre.

 

Une pétition, signée par des intellectuels et des universitaires, exige du procureur général de l’Etat, Yehuda Weinstein, qu’il suspende les rabbins fonctionnaires de l’Etat ayant signé la lettre raciste.

 

L’appel antidémocratique des rabbins ne fait pas non plus unanimité au sein des autorités religieuses, réagissant, dans son ensemble, à l’instar de la majorité du pays.

 

Yosef Shalom Elyashiv, le rabbin dirigeant la communauté orthodoxe non-hassidique, a dénoncé la pétition délictuelle en ces termes : "J’ai dit, il y a quelque temps, qu’il y avait des rabbins qui devraient se voir retirer leur stylo".

 

Le grand rabbin harédi (ultrareligieux) Aaron Leib Steinmann, a refusé de signer l’injonction hilkhatique, demandant publiquement où se situait la conscience humaine de ces trente-neuf dignitaires religieux.

 

Jeudi, le procureur général a annoncé qu’il examinerait les éventuels aspects criminels de la déclaration des rabbins.

 

Pourtant, par le passé, des déclarations similaires étaient restées ignorées par la justice, et aucun rabbin n’a été démis de ses fonctions pour avoir énoncé une déclaration incitant à la haine et au racisme, quand ça n’était pas au meurtre.

 

Les rabbins semblent jouir d’une immunité certaine et se sentent libres de dire ce qu’ils veulent ; "chaque rabbin dans sa ville dit ce qu’il a sur le cœur", avait déclaré le directeur général du grand-rabbinat (l’institution religieuse étatique), lors d’une interview à Haaretz.

 

Et le ministre des Services Religieux, appartenant au parti politique séfarade ultra-orthodoxe Shass, ne semble pas prêt à prendre des mesures disciplinaires contre les rabbins mis en cause.

 

Il est vrai que le guide suprême de Shass, le rabbin Ovadia Yossef, né Abdullah Youssef, n’a jamais hésité à comparer publiquement les sionistes à des singes et les femmes à des ânes.

 

D’après Haaretz, de toute façon, toutes les condamnations envisageables de ladite lettre n’auraient aucun impact si le gouvernement ne prend pas de mesures fermes contre les incitateurs à la haine.

 

La pétition signée par les intellectuels et universitaires fait référence, par allégorie, à l’incendie meurtrier du Mont Carmel, la semaine dernière. Les intellectuels y dénoncent l’inaction des autorités : "A cause des flâneries, des négligences et des frêles réponses aux entraves à la loi, le feu s’est répandu, sautant du charbon, d’un rabbin à un autre rabbin, et menace désormais de brûler la forêt toute entière".

 

Le ministre Braverman a, de plus, souligné que les rabbins en chef sont des employés de l’Etat, et donc payés par la population israélienne (les singes de Yossef). Ils ne sont en aucun cas en situation de défier les règles qui s’appliquent aux serviteurs de l’Etat. Ils sont censés le représenter et soutenir ses valeurs.

 

Cependant, l’égalité parmi les hommes, principe démocratique par excellence, ne semble pas émouvoir outre-mesure certains représentants de la religion en Israël : "L’unique but des non-Juifs est de servir les Juifs. Les goys ne sont nés que pour nous servir. Sans cela, ils n’ont pas leur place dans ce monde", s’est ainsi exprimé l’inénarrable rabbin Ovadia Yosef.

 

Rappeler que le parti dirigé par un énergumène mû par un tel racisme, possède deux ministres dans l’actuel gouvernement des "singes", dont Eli Yshaï, le ministre de l’Intérieur, préposé, entre autre, aux services de lutte contre les incendies, donne des frissons…

 

Comment ces individus feraient respecter les droits de l’homme avec un tel fond de pensée et un pareil inspirateur idéologique ?

 

Le musée-mémorial de Yad Vashem a réagi à la lettre des rabbins, jeudi, soutenant qu’il s’agissait d’"un grave coup dans le dos des valeurs de nos vies de Juifs et d’êtres humains en pays démocratique. L’histoire nous a appris combien importantes, et en même temps fragiles, ces valeurs sont à la coexistence et au respect de l’autre".

 

Ces personnalités religieuses, on le voit, bien à jour sur la notion d’égalité entre les hommes - " l’unique but des non-Juifs est de servir les Juifs" -, font partie de la coalition dirigeante. Pourtant, ils rejettent son essence et son système de valeurs.

 

Imaginer ces religieux détenir le pouvoir dans l’Etat hébreu ? C’est songer à une vie rythmée par les interprétations parfois bien obscures de ces fanatiques. Convaincus que la voie de Dieu - passée par l’interprétation qu’ils en font -, constitue l’unique vérité, ils seraient allègrement disposés à entraver les principes de liberté si durement acquis ; par des siècles de batailles de la pensée et de l’intelligence contre l’obscurantisme.

 

Imposer une manière de vivre unique à des hommes et des femmes est, évidemment, un principe antinomique à celui de démocratie. Pourtant, c’est cette même démocratie qui leur permet de s’exprimer et qui les protèges, alors qu’eux la critiquent et l’agressent. Paradoxe démocratique connu.

 

L’influence des partis religieux à la Knesset (parlement d’Israël) est encore supérieure à leur représentation en nombre, car le gouvernement n’ose les froisser ou condamner leurs écarts, de peur de les voir rejoindre une autre coalition dirigée par un parti laïc et par crainte d’un soulèvement.

 

Il est vrai que le simple fait de reproduire dans un article les déclarations d’Ovadia Yossef et de les expliciter fait courir un risque physique à l’auteur de telles "critiques". Il est vrai, également, que lorsque la police a tenté, dans le passé, d’interroger Yossef pour l’une de ses nombreuses enfreintes majeures à la loi, quelques deux cent mille de ses fidèles fanatiques se préparèrent à mettre Jérusalem à feu et à sang.

 

Avec le Shass responsable de l’extinction des feux…

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