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Bourguiba et le théâtre : Le “Comédien suprême”

Bourguiba et le théâtre : Le “Comédien suprême”
 
L’ancien président Habib Bourguiba (3 août 1901 -6 avril 2000) était un grand amateur de théâtre. Il avait en effet tâté de la scène durant sa jeunesse. Une fois arrivé à la plus haute charge de l’Etat, il a fait beaucoup pour aider les hommes de théâtre et promouvoir le Quatrième art. L’écrivain et historien Moncef Charfeddine revient ici sur Bourguiba comédien et amateur de théâtre…

Habib Bourguiba avait un frère aîné, Mohamed. Né avec le protectorat français, ce dernier était aide-infirmier à l’hôpital Aziza Othmana, appelé à l’époque Sadiki. Ouvert, progressiste, ayant même sympathisé avec le Parti communiste, ce dernier n’hésitait pas à proclamer son laïcisme. Assez original pour l’époque, Mohamed était marié à une infirmière italienne. Il était également fou de théâtre. Il a d’ailleurs fondé et dirigé plusieurs troupes à Tunis, dont Ennejma et Echahama, mais aussi au Kef où il a aussi officié à l’hôpital local, au début des années 1920.

Dans les bras de Habiba Msika

Habib n’avait pas dix ans lorsqu’il a commencé à suivre assidûment les spectacles de son frère et à rougir à l’entrée en scène des vedettes féminines de l’époque comme Maherzia et Nesria. Il a d’ailleurs lui-même répété sous la direction de son frère une pièce intitulée “La Patrie”, de Victorien Sardou, mise en scène en arabe sous le titre “Martyrs de la liberté”, qui fut cependant interdite par les autorités du protectorat.

Elève à Sadiki, le jeune Habib n’hésitait pas à sécher parfois les cours pour aller voir (et revoir), au Théâtre Municipal de Tunis, la brune et pulpeuse actrice de confession juive Habiba Msika dans une grande pièce à succès de l’époque “L’Aiglon”.

Pendant ses vacances d’été, il rentrait chez lui à Monastir. Un jour, il décida de monter, en arabe, dans son village natal, la pièce de Victor Hugo “Lucrèce Borgia” et d’y donner lui-même la réplique, dans le rôle de Brug Gennario, fils naturel de Lucrèce, à Habiba Msika. “Avant d’entrer en scène, racontera-t-il plus tard, j’ai exigé qu’elle m’embrassât non pas maternellement sur le front… mais amoureusement”. “آl-Aqal, ndabbar boussa !” (“Au moins, un baiser de gagné !”), dira-t-il en s’amusant à ses camarades. Les premiers pas de Bourguiba sur les planches ont beaucoup contribué à lui donner de l’assurance. L’adolescent y a, en tout cas, découvert la magie de la parole, le pouvoir du silence, l’importance du geste, d’une inflexion de voix et de l’émotion sur le visage, armes dont il se servira, bien des années plus tard, lorsqu’il entrera en politique.

Cet intérêt de Bourguiba pour le théâtre n’a jamais faibli. Etudiant à la Faculté de droit de Paris, à la fin des années 1920, le Monastirien s’arrangeait pour assister à certaines représentations théâtrales, autant que son maigre argent de poche de l’époque le lui permettait. “A Tunis, aux plus forts moments de la lutte nationale, celui qui était devenu le leader du Néo-Destour et du mouvement national tunisien aimait aussi fréquenter les hommes de la scène comme Hassen Zmerli, Hamda Ben Tijani ou autres Mohamed Lahbib”, raconte Moncef Charfeddine. Qui ajoute : “Il leur a gardé une si grande affection qu’au lendemain de l’indépendance du pays, lorsqu’il était devenu président de la République, il s’est arrangé pour leur venir en aide. Les plus pauvres d’entre eux ont même eu droit à des pensions”. De même, le Théâtre Municipal de Tunis, qui fut longtemps réservé aux représentations des troupes françaises en tournée en Tunisie, leur fut enfin ouvert. Ils purent ainsi rattraper le temps perdu.

Mieux: le 7 novembre 1962, le président de la jeune République Tunisienne a prononcé dans le hall de la radio tunisienne un discours presque entièrement consacré au théâtre. Il a annoncé l’organisation, chaque année, à la même période, d’une “Semaine du théâtre tunisien”.

Cette manifestation était organisée régulièrement jusqu’à la destitution de celui que ses compatriotes aimaient appeler le “Comédien suprême” – délicieuse déformation de son pompeux titre officiel “Combattant suprême” –, vingt-cinq années plus tard, jour pour jour, un certain… 7 novembre 1987. Elle permettait aux troupes de théâtre nationales, régionales et universitaires de présenter leurs dernières créations et de concourir pour un certain nombre de prix.

Au “Petit Théâtre” du Palais de Carthage

Malgré l’importance de ses charges à la tête de l’Etat, Bourguiba trouvait le temps d’assister à certaines représentations théâtrales. Il a ainsi vu, entre autres créations, “Mourad III” de Habib Boularès et “Caligula” d’Albert Camus, toutes deux mises en scène par feu Aly Ben Ayed. Il avait aussi aménagé, au Palais de Carthage, un petit théâtre où des troupes étaient invitées à se produire. Il assistait lui-même à ces représentations, souvent accompagné de son épouse Wassila et de quelques-uns de ses proches collaborateurs. « J’ai eu moi-même l’honneur de voir l’une de mes pièces, ‘‘L’homme qui tint bon’’, écrite en collaboration avec Slaheddine Belhaouane, présentée à Carthage devant l’ex-président, qui ne nous a pas d’ailleurs ménagé ses félicitations», se souvient Moncef Charfeddine.

Une autre fois, l’ancien directeur du service théâtre au ministère de la Culture a assisté, aux côtés du Président Bourguiba, à l’ouverture du Festival de Théâtre de Sfax. La troupe du Progrès théâtral de la capitale du Sud avait alors présenté une adaptation en arabe de la pièce d’Eugène Labiche, “Les vivacités du capitaine Tic”. “A l’issue du spectacle, le président a invité tous les membres de la troupe à sa table. Au cours du dîner, il a donné son point de vue sur la pièce, n’hésitant pas à adresser au metteur en scène et aux acteurs des critiques fort justifiées et qui dénotaient une bonne connaissance de l’art de la scène”. 

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N'était-ce pas le Général De Gaule qui l'avait taxé de "comédien suprême"?

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