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Aïda a Masada

 

Giuseppe Verdi (1813-1901)

AÏDA

opéra en 4 actes (1871)

livret d’Antonio Ghislanzoni

d’après un scénario d’Auguste Mariette

Mise en scène, Charles Roubaud

Décors, Emmanuelle Favre

Costumes, Denise (Katia) Duflot

Lumières, Avi-Yona Bueno (Bambi)

Chorégraphie, Fin Walker

Son, Bryan Grant

Vidéo, Nicolas Topor

Aïda, Kristin Lewis

Amnéris, Marianne Cornetti

Radamès, Marco Berti

Amonasro, Alberto Gazale

Ramfis, Paata Burchuladze

Le Roi, Carlo Striuli

Un messager, Yosef Aridan

Une prêtresse, Efrat Ashkenazi

The Israeli Opera Chorus

Members of the Tel-Aviv Philharmonic Choir

The Opera Orchestra - The Israel Symphony Orchestra Rishon LeZion

Direction musicale, Daniel Oren

 

The Israeli Opera Festival, Masada, 4 juin 2011, 22h

Kristine Lewis, céleste Aïda

L’opéra peut-il se satisfaire de représentations en plein air à grands coups de figurants, de baffles et de lasers ? On pensait depuis longtemps avoir la réponse à cette question et voilà que cette Aïda proposée par l’Israeli Opera Festival fait vaciller nos certitudes. Déjà, la prouesse de faire ainsi surgir d’une terre aride un spectacle lyrique abouti mérite considération. Puis l’utilisation comme élément de décor du site de Masada, ce symbole de la résistance juive posé en plein désert, impressionne. Employé, ou au contraire effacé, par les éclairages savants d’Avi-Yona Bueno (dit Bambi), le rocher habite la représentation de sa masse parallélépipédique jusqu’au coup de théâtre final où, devenu galaxie, il transfigure les amours d’Aïda et de Radamès. Ce sont d’ailleurs les lumières – magnifiques –, plus que la mise en scène, qui donnent vie à l’opéra de Verdi. Charles Roubaud, comme pour son récent Trouvère bordelais (voir notre compte-rendu), se préoccupe moins de théâtre que d’effets visuels (citons parmi eux l’arrivée très poétique d’Aïda à dos de chameau au début de l’acte du Nil). Et comme toujours en de pareils cas, charge aux interprètes, livrés à eux-mêmes, d’occuper l’espace et d’animer leur rôle.

 

Voilà qui n’est pas pour arranger les affaires de Marianne Cornetti qui, empêtrée dans le grand drap blanc qui lui sert de robe, traîne son Amnéris comme une tortue sa carapace. Heureusement, le chant n’a rien perdu de son impact et, après une première partie en retrait, la mezzo-soprano américaine donne enfin sa mesure dans la grande scène du quatrième acte où il faut tout l’obscurantisme des prêtres pour ne pas céder à la fureur de ses invectives.

Tout aussi embarrassé scéniquement mais nettement moins efficace vocalement, Marco Berti ne semble pas ce soir dans son assiette. On mettra sur le compte d’une méforme les erreurs d’intonation et l’absence de nuances qui handicapent son Radamès. Les autres rôles masculins ne font pas plus dans la finesse. Les accents expressionnistes d’Alberto Gazale tirent Amonasro vers l’anthropopithèque et Paata Burchuladze noircit son Ramfis à l’excès.

A vrai dire, ces malfaçons qui en d’autres temps auraient pu nous contrarier nous laissent ce soir indifférent, trop occupé que nous sommes, sous un ciel tâché d’étoiles, à assister à la naissance d’une Aïda. De l’héroïne de Verdi, Kristin Lewis a la peau sombre et la silhouette racée. Le geste, naturel quand nous regrettions qu’il ne soit pas inné chez ses partenaires, trahit la noble ascendance : fille de roi et non esclave de Pharaon. Combien de cantatrices savent ainsi emplir la scène de leur présence et charger de sens un simple bras tendu ? On pense à Callas évidemment et cela nous vaut d’enfin comprendre l’amour et la trahison de Radamès, la jalousie d’Amnéris, les ficelles d’un argument qui jusque là nous avait semblé tiré par les cheveux. On pourrait croire qu’une telle composition théâtrale renvoie au second plan l’interprétation musicale, voire qu’elle autorise la chanteuse à prendre ses aises avec la partition. Il n’en est rien. Dans un rôle réputé pour ses exigences, la voix se meut avec une aisance étonnante. Le timbre possède une chair dense. Le grave est audible (ce que l’on peut porter au crédit des micros), la ligne de chant royale et l’aigu apparemment sans limite. Combien de sopranos sont ainsi capables de filer l’Ut du Nil ? C’est à Leontyne Price cette fois que l’on pense.

 

On a connu chœurs plus envoutants, dans une œuvre qui leur fait la part belle, que ceux formés par l’association de l’Israeli Opera Chorus et du Tel-Aviv Philharmonic Choir. La direction de Daniel Oren n’appelle en revanche aucun reproche. La maitrise avec laquelle le chef conduit dans des conditions inhabituelles une œuvre à l’architecture complexe tient de l’exploit. Le tempo adopté est plus rapide que la moyenne, au point parfois de ne pas laisser suffisamment le temps à l’oreille d’apprécier le raffinement de l’orchestration. Le résultat demeure d’une efficacité remarquable. Saluons aussi la qualité du système de sonorisation, indispensable dans un tel lieu, qui s’il place les voix au premier plan préserve le relief des instruments. On retrouvera cette Aïda au pied du mur d’Orange dans quelques semaines mais sans Daniel Oren, ni Kristin Lewis. Dommage.

 

Christophe Rizoud

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