Une société franco-israélienne de production tourne actuellement un film documentaire sur la chanteuse d'origine juive tunisienne Habiba Msika.
Le tournage a commencé depuis quelques jours sous la supervision de Sarah Benillouche, elle aussi d’origine tunisienne qui a la nationalité française. Le documentaire intitulé Habiba « Msika, l’aimée de tous » retourne à la période du défunt chanteuse tunisienne dans les années vingt du siècle dernier. Le tournage a commencé dans la première semaine d'Octobre et s’est terminé avant le milieu de celui-ci.
La réalisatrice a choisi le Théâtre municipal de Tunis–où la chanteuse et comédienne était montée sur les planches pour faire des représentations théâtrales.
Produit par la société israélienne " Golem " dirigée par Muriel Lévy et qui a des succursales à Paris, à Tel Aviv et Buenos Aires, le film reprend les témoignages d’un grand nombre de personnalités artistiques tunisiennes.
Parmi les Tunisiens qui vont présenté des témoignages ou jouer des rôles dans le film, nous retrouvons bien évidemment et Fatima Ben Saidane, Raja Ben Ammar, Amael Mathlouthi , Amira Shelby et Soumiya bou Buallaqa . Tous sont des adhérents au Pole moderniste tunisien.
Parmi les chanteuses on trouve Sonia M’barek, Olfa Souissi, la danseuse Malek Sebaï, ainsi que les historiens Kastali et Hamrouni qui a écrit un livre sur Habiba M’sika et aussi le chroniqueur Tahar Melligi.
Ce qui est intéressant dans cette production et que le contenu du film mettra non seulement l'accent sur les capacités techniques de Habiba Msika, mais aussi sur les histoires d'amour de cette femme avec les musulmans et les juifs qui a attiré des célébrités.
Sarah Benillouche revient sur les pas de Habiba M’sika en découvrant tout à fait par hasard son histoire de femme libre dans les années 20.
«J’ai été étonnée qu’une femme soit comédienne et chanteuse à cette époque. J’ai vu qu’elle représentait quelque chose dans l’imaginaire de ceux qui ont voulu apporter leur témoignage, c’est alors que je me suis lancée dans la réalisation du film», explique-t-elle. Le film se veut une quête : «Je me suis dit que peut-être à travers elle je pouvais retrouver un lieu qui est ce pays que j’ai quitté enfant, la mémoire de mes grands-parents et la musique de cette époque».
Habiba Msika représentait un modèle libéral de femme tunisienne, belle, riche et célèbre et adoptait un mode de vie fantasque qui vit sa vie et qui est tenté par tous les désirs et les histoires d’amour. À l'époque elle déchaînait les passions des hommes qui ont croisé son chemin comme l’Irakien Baghdadi, le Tunisois Chedly, le Français Raoul et le juif tunisien Mimouni qui, dans un élan de folie amoureuse, a mis fin à sa vie de manière tragique en la brûlant vive chez elle à Testour.
Habiba Msika, l’aimée de tous n’est pas une biographie, encore moins un film historique ou pédagogique, «c’est tout juste un documentaire impressionniste» où la cinéaste tente de reconstruire la vie de la célèbre vedette.
«Malheureusement, les contemporains de Habiba Msika sont tous morts. Le seul musicien encore vivant, âgé aujourd’hui de 90 ans, est Salah Mehdi. Il y a aussi Ezzedine Madani qui connaît bien son histoire», avoue Benillouche.
La réalisatrice Selma Baccar a retracé déjà la vie de Habiba Msika dans un long métrage de fiction « La Danse du feu (1995). »
Naît en 1903 dans le quartier juif de Tunis au sein d'une famille pauvre, cette femme gravit rapidement les échelons de la gloire .Ses parents travaillaient dans le commerce du fil.
Prototype de la femme libre et maîtresse de son destin, le nouveau film de Sarah Benillouche mettra en évidence la personnalité de cette actrice audacieuse, adulée par la population tunisienne autochtone.
Msika était un véritable phénomène de société à son époque. Elle représentait l'amour entre les adeptes des religions. C’est d’ailleurs parce quelle elle a prit beaucoup d'amants musulmans et juifs que cette femme a bouleversé les traditions et les valeurs morales telles que perçues par les producteurs de films.
Après une tournée dans les festivals, il sera disponible sur DVD. La réalisatrice souhaiterait également le montrer en Tunisie.