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Assad, c’est presque fini

a base de la Brigade 52 et les localités alentours Service cartographique©Metula News Agency

Assad, c’est presque fini (info # 011006/15) [Analyse]

Par Stéphane Juffa ©Metula News Agency

 

Hier, mardi, l’Armée Syrienne Libre (ASL) a infligé une nouvelle défaite aux forces loyales à Bachar al Assad. L’ASL, sous les ordres du Lieutenant-colonel Najm et du Colonel Ziad Salamat, avec l’aide des salafistes de Jaysh al Islam, l’Armée de l’islam,et de ceux de Harakat Ahrar hash-sham al islamiyya, le mouvement islamique des hommes libres du Levant, ont pris le contrôle de la base de la Brigade 52 d’Assad, située dans la province de Deraa, entre les villes d’al Hraq et de Rakham.

 

L’ASL occupe également ces deux localités, de même que celle de Mlaiha el Garbiah ; elle a forcé les troupes gouvernementales à se réfugier dans l’aéroport militaire d’al Thaala (ou al Thula) et dans la localité d’Ad Darah (également appelée al Darah).

 

La base de la  Brigade 52 constituait la dernière grande fortification aux mains du régime dans le sud de la Syrie, à 40 km de la frontière israélienne, 90 km de la rédaction à Metula, 28 km de la frontière jordanienne et 80 km de la capitale Damas.

 

Mais surtout cette victoire, remportée à l’issue d’une attaque surprise qui n’aura pas duré plus de 6 heures, menée par 2 000 combattants de l’ASL, a permis la réalisation de quatre objectifs stratégiques majeurs :

 

D’abord, ce succès assure définitivement aux rebelles le contrôle des frontières jordanienne et israélienne, sur l’ensemble du plateau du Golan, et met fin à la tentative de l’alliance troupes gouvernementales, soldats iraniens et miliciens libanais du Hezbollah, de reconquérir ce territoire.

 

Ensuite, il ouvre à la rébellion la voie vers la conquête de la région de Soueïda, à l’extrême sud de la Syrie. Cette zone, la dernière encore entièrement régie par les alaouites et leurs alliés, n’est désormais plus défendue par une force militaire digne de ce nom, et va tomber, comme un fruit mur, sous la domination de l’insurrection.

 

L’essentiel des offensives et contre-offensives du régime dans le Sud partait de la base qui a été prise hier, tandis que le soutien aérien dont elles jouissaient leur était assuré par des appareils décollant de l’aéroport d’al Thaala. Lequel aéroport se trouve désormais à portée des armes automatiques des ennemis d’al Assad.

 

Dernier résultat de l’attaque d’hier, l’ASL se situe désormais, sur ce parallèle, à moins de 10 km de l’autoroute M5 reliant le Sud à la capitale. Cette avancée interdit à l’axe Assad-Pasdaran-Hezbollah d’espérer reconquérir la ville de Deraa et sa province (où la révolte avait débuté), mais elle attribue surtout à ses ennemis la possibilité d’avancer graduellement sur Damas.

 

Durant la bataille d’hier, les rebelles ont tiré une centaine de missiles sur les positions de la Brigade 52. Ils ont perdu 23 combattants, y compris trois commandants. Côté forces gouvernementales, le nombre des tués s’élèverait à une quarantaine, sans que ce chiffre puisse être confirmé par une source fiable.

 

Le camp qui est tombé disposait d’un vaste arsenal d’équipements lourds, qui est très probablement échu entre les mains des rebelles. Dorénavant, l’Armée gouvernementale syrienne ne dispose plus que de deux garnisons de qualité moyenne pour défendre l’autoroute entre al Hraq et Damas.

 

Selon des informations concordantes, les rebelles auraient bénéficié de la livraison d’armes saoudiennes ainsi que du soutien de certains émirats du Golfe et de la Turquie, qui seraient parvenus, pour la circonstance, à passer outre leurs dissensions afin de faire face à l’armée alaouite et à ses alliés chiites iraniens et libanais.

 

Dans le nord de la Syrie et à la frontière libanaise, la situation n’est guère plus favorable pour cette coalition : l’Etat Islamique a ouvert hier (mardi) de nouveaux fronts face au Hezbollah, en territoire libanais, dans les jurds1 de Qaa et Ras Baalbek, des régions sises au nord de la ville d’Aarsal (ou Ersal).

 

Les media libanais font état de nombreux morts et blessés dans les deux camps. L’Armée libanaise, qui a investi Qaa et Ras Baalbek, a soutenu les miliciens du Hezbollah en bombardant à l’aide d’hélicoptères et de son artillerie les positions du Califat Islamique.

 

Cette offensive n’est certes pas décisive, mais elle préfigure assurément de nouvelles attaques massives des islamistes sunnites en territoire libanais, parallèlement à l’effondrement du régime alaouite à Damas.

 

A ce propos, le chef des Druzes libanais, Walid Joumblatt, a estimé, ce mercredi sur son compte Twitter, qu’ "après la chute de la base de la Brigade 52 et d’autres zones dans le nord de la Syrie et ailleurs, le régime syrien est fini".

 

C’est également l’analyse que Jean Tsadik avait proposé, voilà déjà plusieurs semaines, aux lecteurs de la Ména dans ces colonnes.

 

La chute de la dictature alaouite est en train de se précipiter, sans que l’on ne prévoie un effondrement subit dans les prochains jours. Mais dans le Nord, particulièrement à la frontière turque et dans la région d’Alep, Damas perd du terrain face à ses ennemis, ainsi que des voies de communication essentielles. C’est ainsi que la route entre le poste frontière de Bab al Salam, reliant la province syrienne d’Alep à celle de Kilis en Turquie, est tombée aux mains du Califat Islamique.

 

Plus grave encore pour les alaouites, diverses formations de la rébellion grignotent actuellement des territoires situés à l’orée du "réduit" traditionnel alaouite de Lattaquié et Tartous. Ainsi, il y a deux semaines, les alaouites ont perdu la ville d’Ariha, qui surplombe la province de Lattaquié.

 

Pour le Major-général Yaïr Golan, le numéro 2 de Tsahal, l’Armée syrienne, de facto, a cessé d’exister ; c’est principalement le corps expéditionnaire iranien, mais surtout les miliciens du Hezbollah libanais qui subissent actuellement le poids principal des combats.

 

Cela explique les interventions répétitives et alarmistes d’Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, sur les chaînes de télévision libanaises, appelant à la mobilisation générale, très improbable, de tous ses compatriotes pour faire face à la poussée islamiste.

 

Plus que jamais, l’unique planche de salut du régime de Bachar al Assad, et particulièrement de la communauté alaouite syrienne, dépend d’un retrait rapide de cette population et des forces armées qui lui sont fidèles dans le réduit de Lattaquié, que les partisans du régime pourraient tenir sur le long terme, grâce notamment à l’aide logistique de la Russie et de l’Iran.

 

Mais la chute des grandes villes de l’ouest syrien, Alep, Hama et Homs, n’est plus qu’une question de semaines, Idlib et sa province étant déjà passée sous le contrôle des islamistes.

 

On comprend l’angoisse de Nasrallah, qui ne va pas tarder à se trouver en première ligne face à l’avancée d’ISIS ; en première ligne défensive s’entend, puisque, après avoir envoyé ses miliciens combattre en Syrie, le théâtre des opérations est en train de se transférer, lentement mais surement, à l’intérieur du Liban.

 

A Métula, au vu du déroulement des affrontements et du sort des armes, nous exprimons nos inquiétudes pour la population chiite libanaise, mais également pour les chrétiens et les autres confessions du pays aux cèdres.

 

En Syrie, ce sont, bien entendu les deux millions d’alaouites qui sont les premiers en ligne de mire des mitrailleuses d’ISIS, qui n’hésiteront pas non plus à s’en prendre aux 800 000 Druzes, ni au million et demi de chrétiens vivant dans le pays. Ceux-ci se partagent en communautés diverses et variées, à l’instar des syriaques (700 000 âmes), des Grecs orthodoxes (250 000), des Grecs catholiques (melkites) 250 000, des Arméniens (170 000), des protestants (100 000), des coptes (70 000), des maronites (50 000), des chaldéens (25 000), des Assyriens (100 000), et des catholiques romains (15 000), etc.

 

Quant aux Druzes syriens, ils ont déjà officieusement fait appel à Israël, pour lui demander de les accueillir en cas de déferlement des islamistes sur leurs régions. On ignore la réaction de Jérusalem, mais l’on sait que l’Etat hébreu aurait du mal à refuser de recevoir sur son sol des réfugiés de cette communauté, étant donné que les 130 000 Druzes israéliens, très attachés au destin de leurs frères dans les pays avoisinants, constituent l’un des piliers de l’Etat israélien, de ses institutions et de son Armée.

 

L’une des idées qui a été avancée prévoit d’installer les futurs réfugiés druzes syriens sur le plateau du Golan, où existent déjà quatre villes de cette population.

 

La politique israélienne en la matière sera sans doute dictée par le nombre effectif de Druzes qui demanderont l’asile politique en Haute-Galilée, car un afflux massif de leur part serait à même de modifier l’équilibre déjà fragile entre les divers groupes qui peuplent la région.

 

Ce qui est certain est que l’on a commencé à assister à l’effondrement du régime alaouite de Damas, et que la communauté internationale est avertie et doit se tenir prête à intervenir afin de venir en aide à un nombre de victimes civiles prévisible encore inconnu au Proche-Orient.

 

 

 

Note :

 

1Terme qui désigne des solitudes rocailleuses et montagneuses habituellement parcourues par les troupeaux.

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