Livre: « Mon coeur de père » par Marco Koskas
Marco Koskas est né en Tunisie, et vit en France depuis l’âge de onze ans. Prix du Premier Roman pour » Balace Bounel », ex-pensionnaire à la Villa Médicis, il est l’auteur d’une oeuvre qui compte des romans, des pièces de théâtre, des articles et des scenarri. Il publie aujourd’hui » Mon coeur de père » aux éditions Fayard. Ce livre pose la question du renouveau religieux chez les jeunes juifs, à travers la relation de l’auteur à son propre fils devenu orthodoxe. Marco Koskas vient de faire son alya, et vit désormais à Tel Aviv.
Interview de Marco Koskas
Question:
Ce nouveau livre est un journal des conflits qui vous ont opposé à votre fils, devenu orthodoxe. C’est bien résumé?
Réponse:
Pas tout à fait, bien que les conflits avec mon fils soient au coeur du livre, c’est vrai.
Question:
Alors reprenons depuis le début. Pourquoi avez-vous tenu ce Journal, puisque vous avez donné à ce livre la forme d’un Journal?
Réponse:
Mon fils venait de partir en Israël pour faire du volontariat et étudier dans une yéchiva, pendant quelques semaines. J’allais le rejoindre et passer une semaine avec lui à Tel Aviv. Autant j’étais heureux de le voir, autant je redoutais les disputes qui allaient reprendre au sujet de la cashroute et des préceptes religieux en général. Plutôt que de me morfondre dans l’angoisse de ces conflits, j’ai décidé d’en tenir la chronique. Moi, vous savez , je recycle tout en littérature…
Question:
Oui, c’est une façon de mettre les conflits à distance… Mais, d’abord un détail: il a quel âge, votre fils?
Réponse:
A ce moment là, il avait 16 ans. Il va avoir 18 ans…
Question:
Peut-on dire qu’il est orthodoxe?
Réponse:
Disons qu’il est adepte d’une certaine orthodoxie, pour la cashroute, les relations hommes-femmes, la vision comptable des sanctions dans l’au-delà… Mais c’est quelqu’un qui adore vivre, kiffer au soleil, les belles fringues et tous les plaisirs de l’existence. Et puis contrairement aux orthodoxes, il accorde une grande importance à son corps. Il fait 80 pompes par jour, il est très physique…
Question:
Vous par contre, vous n’êtes pas religieux?…
Réponse:
Ben… J’ai grandi dans un monde juif, en Tunisie, imprégné de religion, mais arrivé en France j’ai voulu me libérer de toutes ces contraintes. Je rêvais de manger du jambon depuis ma plus tendre enfance, et j’ai pu enfin y goûter… Ensuite je suis revenu à mon judaïsme initial en commençant à écrire sur les juifs de Tunisie. Aujourd’hui, disons que je suis un juif de Kippour.
Question:
Bon alors, le conflit sur la religion vous disiez que c’est le coeur du livre. Mais alors les autres thèmes, c’est quoi?
Réponse:
Mon idée c’était de tenir un Journal, donc une chronique de la vie quotidienne. Ma vie quotidienne à moi n’est pas seulement celle d’un père. C’est aussi celle d’un artiste parisien, j’ai toujours vécu comme ça. Donc je parle de mes histoires d’amour, des manifs pour Israël, des bistrots que j’aime à Tel Aviv….
Question:
Des femmes de Tel Aviv aussi, avec leurs chiens…
Réponse:
Oui, ça me frappe beaucoup cette nouvelle addiction des telavivoises à la race canine. Elles ont presque toutes un chien, maintenant… Mais ces pauvres bêtes étouffent 7 mois par an ici. Et puis on n’aime pas les chiens normalement, autour de la Méditerrannée… Oui donc le livre est plein de détails comme ça sur Tel Aviv, sur Israël aussi, sur l’eau….
Question:
C’est pour être près de votre fils que vous vous êtes installé à Tel Aviv?
Réponse:
En grande partie, mais pas seulement. Je suis très pessimiste sur l’avenir des juifs en France. On voit que presque toute la classe politique est maintenant devenue hostile à Israël, pour empocher le vote arabe. Devant les 8 ou 10 millions d’arabes installés en France, nous ne ferons pas le poids. J’espère seulement que ça ne finira pas comme la dernière fois. En même temps, je pense qu’il faut entrer en résistance, jusqu’à ce que la vérité sur Israël finisse par triompher des nouveaux stéréotypes anti-juifs. En tous cas pour un écrivain juif, la vie est devenue intenable en France. C’est pour ça aussi que je suis parti.
Question:
Vous êtes israélien maintenant?
Réponse:
Franco-israélien…
Question:
Vous avez sûrement une opinion sur ce qui va se passer au Moyen Orient…
Réponse:
Si on pouvait en avoir fini avec Obama ce serait déjà plus facile. Le vrai problème c’est qu’Obama veut arriver à déstabiliser Israël pour lui imposer une paix suicidaire. On voit que le président américain a commencé par destabiliser le monde arabe en permettant l’arrivée aux pouvoirs des islamistes en Egypte, en Tunisie, en Lybie. Il cède l’Irak à l’Iran, il laisse l’Iran faire sa bombe. Il laisse aussi un membre de l’OTAN comme la Turquie devenir l’alliée du Hamas, et il doit bien avoir quelque intérêt dans les évènements de Beit Shémesh. J’espère que le peuple américain se rendra compte en Novembre prochain qu’il faut vite en finir avec ce type. Et pourvu que, d’ici là, il n’ait pas permis une guerre horrible entre nous et les arabes.
Question:
Revenons en au livre. Votre fils l’a lu?
Réponse:
Oui bien sûr…
Question:
Et il en pense quoi?…
Réponse:
Il est partagé entre la fierté et un autre sentiment comme la pudeur. Il trouve que parfois je raconte des choses qui ne se racontent pas….