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La guerre de Kippour – octobre 1973

La guerre de Kippour – octobre 1973

 

 

«Citoyens d’Israël, aujourd’hui vers 14 heures les armées syriennes et égyptiennes ont lancé une attaque contre Israël. Ils ont mené des séries d’attaques dans les airs et au sol dans le Sinaï et sur le plateau du Golan. Tsahal se bat pour faire face à cette attaque en infligeant de lourdes pertes à l’ennemi… Nos ennemis avaient espéré surprendre les citoyens d’Israël le jour de Yom Kippour…. mais nous n’avons pas été surpris. Nos services de renseignements savaient que les armées égyptiennes et syriennes préparaient une attaque combinée. Nous n’avons aucun doute que Tsahal l’emportera… » Golda Meir, Premier ministre, 6 octobre 1973.

A la veille de la Guerre de Yom Kippour, les services de renseignements israéliens estiment que les possibilités d’une attaque syrienne et égyptienne sur Israël sont faibles. Cependant, trois jours avant que n’éclate la guerre, le ministre de la Défense, Moshé Dayan, se rend sur le plateau du Golan et prévient que Tsahal ripostera durement si la Syrie entre en guerre. Deux jours avant la guerre, Israël reçoit un rapport dramatique de source sûre proche des dirigeants égyptiens, qui conduit les services secrets à se remettre en question. Le gouvernement décide d’appeler une partie des réservistes… La guerre est sur le point d’éclater ! Israël s’apprête à passer les fêtes calmement, mais quelques heures après le commencement du Grand Pardon, la guerre de Kippour débute…

6 octobre 1973 vers 14 heures, les Égyptiens traversent le canal de Suez dans des bateaux pneumatiques. Enorme surprise ! 200 avions de combat attaquent Tsahal dans le Sinaï. L’Egypte a organisé le déplacement de cent mille soldats et la traversée du Canal par des dizaines de chars. Tsahal qui dispose de 300 chars dans la région du Canal de Suez se trouve pris dans des embuscades de l’armée égyptienne qui fait usage d’armes anti-char massives. En même temps, les avions syriens attaquent eux aussi les unités de Tsahal sur le plateau du Golan et le s’en emparent. Des dizaines de soldats des services de renseignement d’Israël sont capturés et l’équipement sophistiqué trouvé dans les postes de Tsahal est envoyé à Damas. Le ministre de la Défense Moshe Dayan est surpris par la capacité de résistance de l’armée égyptienne. Dans la journée, il s’adresse aux journalistes et les informe que la situation est très grave. Les journalistes sont abasourdis. Il veut faire une déclaration à la télévision pour leur dire l’amère vérité, mais Golda Méïr l’en empêche. (Dans ses mémoires, Moshe Dayan rapporte que ce jour là, il avait donné sa démission au Premier ministre, mais celle-ci la rejeta).

7 octobre, la contre-offensive se met en marche et c’est le jour le plus difficile de la guerre. Tsahal a à faire sur le front sud à cinq divisions d’infanterie et de blindés (400 chars et 100.000 soldats). Les réservistes de Tsahal commencent à arriver et se battent avec ce qui leur reste de forces pour empêcher que le secteur s’effondre. Dans le nord, deux colonnes de blindés syriens s’infiltrent profondément dans le Golan. Les syriens sont à 7 kilomètres du lac de Kineret. Tsahal décide alors d’envoyer toute la force aérienne pour repousser l’armée syrienne. Il leur faut encore 24 heures pour que les divisions, sous le commandement de Dan Laner et Rafaël Eïtan, réussissent à faire fléchir les forces syriennes. Le vent tourne à partir du 8 octobre, à l’arrivée des nouveaux réservistes israéliens qui parviennent à bloquer l’offensive syrienne puis, le 10 octobre, à la repousser au-delà de la Purple Line, la frontière d’avant la guerre.

En mer : la bataille navale de Latakia entre Syriens et Israéliens s’est déroulée le 7 octobre, second jour du conflit. C’est une victoire israélienne retentissante qui démontre notamment l’efficacité des navires militaires équipés des moyens d’auto-défense sophistiqués. La marine israélienne acquiert définitivement la supériorité navale en Méditerranée avec une seconde victoire, remportée le 9 octobre à Damiette sur la marine égyptienne.

8 octobre, David Elazar, chef d’Etat major déclare : «Nous continuerons à nous battre jusqu’à ce que nous leur brisions les os».Les premiers rapports indiquent que la contre-offensive progresse bien. Une division du général de Corps d’armée, Avraham(dit Bren), se bat au nord ; celle du général de Corps d’armée, Ariel Sharon, est envoyée au sud. Les pertes israéliennes sont lourdes. 400blindés détruits et des dizaines de soldats tués ou blessés.

11 octobre, des unités de Tsahal s’approchent de Damas. Au matin du 6ème jour, Tsahal reçoit l’ordre de lancer une grande offensive sur la Syrie.Les forces israéliennes bombardent des sites stratégiques autour de Damas (aéroports, bases militaires, raffineries de pétrole…) et conquièrent le plateau du Golan. Le 12 octobre, les combats cessent sur le Golan et Israël reprend tous les territoires qu’elle possédait avant la guerre ainsi que d’autres en Syrie.

15 octobre : Ariel Sharon et les parachutistes traversent le canal de Suez. Les parachutistes commencent à attaquer les véhicules et les soldats de la IIIème armée égyptienne et sont rejoints par les blindés qui traversent le canal sur des radeaux. Le lendemain, les soldats de Bren traversent à leur tour le canal et élargissent l’étroit couloir créé par les parachutistes. L’unité de Sharon se déplace vers le nord de l’Egypte pour repousser la IIème armée plus loin en territoire égyptien.Il attaqua avec sa division blindée Ismaïlia pour capturer la ville et couper le ravitaillement de la deuxième armée égyptienne. Cette bataille d’Ismaïlia dura 4 jours

17 octobre, l’une des batailles les plus difficiles sur un site appelé «la ferme chinoise». Une unité de parachutistes tombe dans une embuscade mortelle bien préparée par une unité égyptienne. Des dizaines de parachutistes sont tués et il faut des heures aux forces envoyées en renfort pour évacuer les blessés et les morts.

19 octobre : les dirigeants égyptiens prennent conscience de l’intrusion de Tsahal en Egypte. Le Président Sadate limoge alors son chef des armées.

22 octobre : le Conseil de sécurité de l’ONU déclare un cessez-le feu, mais les forces de défense d’Israël continuent de se battre encore pendant deux jours et encerclent la IIIème armée. Au prix de combats féroces et sanglants, une brigade israélienne du Golan reprendles avants postes du Hermon tombés aux mains des Syriens. Le combat dure12 heures.

11 Novembre : Avant que la guerre ne s’arrête, une division israélienne était arrivée à 101 kilomètres de la capitale égyptienne Le Caire. Un accord de cessez-le-feu est signé au kilomètre 101.

A la fin de la guerre, les pertes israéliennes s’élèvent environ à 2.600 hommes et 7.000 blessés. La force aérienne a perdu plus de 100 avions et 800 chars, la plupart détruits par des missiles anti-char lancés par les forces égyptiennes. L’Egypte détient 223 prisonniers de guerres israéliens tandis qu’Israël retient plus de 8.300 prisonniers de guerre égyptiens. Les prisonniers sont échangés le 15 novembre.

40 ans après, Israël est toujours au centre du conflit au Moyen-Orient et nos enfants continuent à protéger Israël…

Deux immigrants français se souviennent…

André Lévy, ingénieur, immigrant français (Ashkelon)

Vers 14h30 en sortant de la synagogue, ma femme me dit avoir vu un autobus passer, puis un autre, à  toute vitesse. Un peu plus tard notre voisine, qui avait écouté les infos, nous a appris la nouvelle: « c’est la guerre et nous ne somme pas prêts ! » Juste le temps d’aller à Rishon Letsion dire au revoir aux parents sous une pluie de cailloux lancés à mon encontre par des fidèles qui n’étaient pas encore au courant ; il m’a fallut brandir ma chemise Tsahal pour arriver à bon port… En catastrophe le départ s’est fait, toujours à jeun, avec un équipement des plus ridicule : des armes et des munitions non appropriées, des half-tracks datant de  la 2ème guerre mondiale (achetés au poids… aux américains…) dans lesquels s’entassent 8 fantassins assis sur 500 litres d’essence prêts à flamber… Les porteurs de chars n’étaient pas encore en service et seuls 10% d’entre eux qui partaient du centre du pays arrivaient sur le lieu des combats.Près du canal de Suez, déjà dans un «mahoz» en août 73,à 180 mètres d’Ismaëlia, il était clair qu’il se préparait quelque chose et que nous, les 18 combattants, n’étions là que pour donner l’alerte. La mise à feu du canal n’a pas fonctionné.- ultime rempart -.On savait que dèsque la machine de guerre israélienne se mettrait  en marche, rien ne lui résisterait…

Ingénieurà I.A.I, j’ai étéappelé pour achever le montage d’unmatérielde transmission sophistiqué, matériel qui deux jours après était opérationnel. Il a servi à Sharon dans sa percée en Egypte. J’ai ensuite rejoint mon unitédans le Sinaï.Après 6 mois passés dans le Sinaï (guerre comprise), je suis rentré… pas seul…j’avais des poux comme tout le monde mais heureux après la  «grande peur», les longues, très longues nuits dans une tranchée.Nous étions 14 combattants avec 800 armes pointées sur nous…Au petit matin, le régiment de parachutistes est arrivé… Trois d’entre euxont «nettoyés»seuls 14 kms de tranchée.

A quoi pense-t-on dans une pareille situation ?D’abord à sa femme et à ses enfants : ne suis-je pas là pour les protéger ? Puis (et c’est normal après 6 jours de «confiture et biscottes»…) à un bon couscous…Ensuite,viennent les copains : on se s’est pas toujours très bien entendus mais chacun sait qu’on peut compter les uns sur les autres …

Parmi les anecdotes (je pourrais y passer la nuit),  je tiens à raconter celle de Judith et Gershon. Pendant les 6 mois passés dans le Sinaï nous recevions des artistes et une jeune coiffeuse, Judith,décidéeàvenir dans la base pour couper les cheveux des soldats (gratuitement bien entendu !). Elle fait la connaissance de Gershon(qui faisait partie de mon unité) et après la guerre ils se sont mariés…  40 ans après, nous sommes toujours amis. Nous nous retrouvons pour les milot, les bar-mitzvoth, les mariages et les re-naissances…Je suis le «dod» (oncle) de la famille, sans lien de parenté réel mais avec des liens indéfectibles.

Nicole Amar, infirmière.

Octobre 1973, j’ai 22 ans, un diplôme d’infirmière en poche depuis 15 jours quand la guerre éclate en Israël. La prise de conscience de la gravité de la situation pour l’Etat d’Israël est violente. Avec mon ami étudiant en médecine (qui deviendra plus tard mon mari), nous décidons de partir comme volontaires.Pas facile d’annoncer ça à nos parents… ! Dans les bureaux d’EL Al, les israéliens se précipitent pour avoir des billets d’avion. Ils sont prioritaires. Nous finissons par obtenir des places. Le voyage vers Israël dure 24 h ! Avec une longue escale à Rome où nous sommes fouillés et contrôlés à maintes et maintes reprises … sécurité oblige ! Arrivés à Lod l’effervescence est saisissante ! L’armée a installé de nombreux bureaux dans le hall de l’aéroport et recense immédiatement tous les soldats à leur descente d’avion. Ils sont aussitôt dirigés vers leur base dans des camions sans même passer chez eux. Pour des volontaires ne parlant pas un mot d’hébreu, se faire recenser est plus compliqué. Nous passons d’un bureau à l’autre, jusqu’au siège de l’armée à Kaplan à Tel Aviv :«On vous appellera» !  En attendant cet appel, nous partons au Kibboutz Palmachim où là, nous ne chômons pas… En effet, tous les kibboutznikim sont au front ! Il faut absolument de la maind’œuvre sur place. Un souvenir marquant : les réunions autour de la seule télévision du kibboutz où nous attendions avec impatience les nouvelles du front (avec en fond sonore le ballet incessant des avions de chasse qui décollaient et atterrissaient à quelques kilomètres du kibboutz). Contrairement aux guerres d’aujourd’hui où les missiles peuvent tomber n’importe où dans le pays, nous étions en sécurité à l’intérieur du pays. Tout se passait aux frontières et nous avons même pu, pendant notre séjour au kibboutz, nous balader à Tel Aviv et Natanya.

Après une dizaine de jours, l’armée nous a signifié notre affectation : direction un vieil hôpital désaffecté de Ness Tsiona où sont regroupés les prisonniers égyptiens blessés. Ces soldats ont déjà reçu les premiers soins au front par nos médecins militaires avant d’être dirigés vers notre hôpital. Une équipe médicale est en place : médecins, infirmières, aides-soignantes. Une organisation exceptionnelle… Ces prisonniers sont traités et soignés dans le plus grand respect. Sur une centaine de blessés, seul un officier égyptien parle l’anglais. Il est donc très difficile de communiquer. Certains infirmiers et médecins parlent l’arabe. Avec mon diplôme «tout neuf», je plonge alors dans la dure réalité de ce métier. Contrairement à ma jeune collègue israélienne qui regrette parfois de ne pas soigner les soldats «de son pays», moi, je soigne «des hommes», sans distinction de nationalité ou de religion. Ma seule préoccupation : faire mon travail le mieux possible. Ces soldats étaient pour la plupart de pauvres «fellahs», enrôlés dans une guerre pour laquelle ils n’étaient absolument pas préparés. Une telle expérience à 22 ans est inoubliable !!! Un mois plus tard, nous rentrions en France et préparions notre alyah…

C’EST NOTRE HISTOIRE Par Yaël Lévy-Provençal

Source : «Ces années là, Jubilé d’Israël»NissimMishal, Ed. YediothAhronoth, 1998.

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