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SALLE MEIHA...MA GRAND MERE.

Envoyé par albert 
SALLE MEIHA...MA GRAND MERE.
02 avril 2014, 09:44

MOI……
.’…..L’ENFANT DE LA GOULETTE….’ présente….
MEIHA LA REINE CHEZ NOUS….1°
Dés fois, je suis chey’eh ( à sec) dans mes souvenirs et parfois, ils débordent.
En ce moment, je fais une rétrospective sur ma vie familiale commune à la Goulette et plus je recule dans mon vécu, notre vécu et plus je me rends compte combien nous étions cools entre nous et entre amis.
Papa Deidou z’al se considérait bien plus comme un grand frère qu’un papa. D’ailleurs, il était partout à nous suivre sur tous les terrains qu’ils soient de hand ou de volley. Sur papa je vais mettre en route ma mémoire mais celle qui mérite le plus d’attentions selon moi c’est MEIHA…Emma… !
Meiha est très représentative de la grand-mère juive tune. Une femme qui est passée par tout ce qu’offre la vie en bien et en mal. Si ses débuts ne furent que souffrances et tragédies pour une belle moitié de sa vie, le reste ne fut que du bonheur pour elle.
Nous avons été son bonheur, elle a été notre bonheur.
Elle a été celle qui nous as élevé, nous avons été ceux qu’elle a trouvé plus tard jusqu’à son dernier souffle.
Elle a été celle qui nous défendait contre les coups de maman, nous avons été ceux qui l’ont protégé contre tout. Papa en était le garant et nous ses petits enfants, nous étions devenus ses grands enfants qu’elle chérissait.
Ce que nous lui devons nous ses petits enfants c’est sa grande morale. Sagesse d’une vieille dame bien ignorante mais superbement avertie des aléas de la vie. Elle était femme prévoyante, douce, gentille.
Je lui dois personnellement l’apprentissage de la langue judéo verbalement, je lui dois ma vie aussi puisqu’elle se leva une nuit, alors que je pleurais sans interruption, pour me sauver des ‘griffes’ de papa qui voulait me balancer par le balcon….Selon les dires de Haye z’al maman.
Meiha à l’ouverture de mes ( halit yâin’neye) yeux était déjà obèse…En 1945.


MOI……
.’…..L’ENFANT DE LA GOULETTE….’ présente….
MEIHA LA REINE CHEZ NOUS….2°
LES GELULES DE CHARBON (a)

Meiha était atteinte de ce qu’on appelle HAMRA FEL DEM…( l’érésipèle) Elle disait donc ‘…
ZID ALLE MEJELI…Aândi ‘…Zipéle… !’ Encore plus pour ma chance j’ai zipéle…
Papa qui avait juste un peu de respect pour elle répondait ‘…Z…i enti ghoullé kif el saied… ! Tu es aussi forte qu’un lion) mais il le disait en sourdine pour ne pas s’entendre dire ‘…Houtté ââliyé… !’( Poisson pour moi… !)
Mais elle avait aussi un mauvais transit…Pour cela, elle prenait des granulées de charbon….HRABECH FHAM….Prescrit par le DR FINZI.
Deux le matin, deux le soir. Maman se faisait un plaisir de les mettre sur sa commode en lui précisant bien ‘….Kif i ghéni el serdouk mta Jilani él sbah ( un voisin qui avait dans sa cour un poulailler) tkom fissa ou tech’rob el zouz hrabéch e’dou e’li fél shan lezrag….Ou fél lil, ouakt techmââ él nakouss mta el khebéj Memmi tessren l‘okhrine e’li fél shan el obiod… !’…Lorsque tu entends le chant du coq de notre voisin le matin, tu te lèves et tu bois ces deux gélules là, regarde dans l’assiette bleue… ! Et pour le soir, lorsque tu entends la voiture de Memmi le boulanger klaxonner tu prends les deux autres dans l’assiette blanche… !’
‘….FEMT YE MEME YINYIN…. ? Tu as compris mamie…( Yinyin mot enfantin que j’usais envers elle depuis mon plus jeune âge puis abandonné à ma communion pour MEIHA)
‘…Eye, yekhir bimé é’ne….. ? Bien sur que oui, je ne suis pas une ânesse moi… !’)
Rassurés maman et moi allions vaquer à nos occupations. Mais pour l’avoir sous l’œil, je décidais de ‘tester ce qu’elle m’assurait avoir compris… !’
Vers les 18 heures donc, la voiture de MEMMI s’annonce par un grand klaxon….Klaxon qui ne pouvait pas échapper à l’oreille de ma YINYIN….Je me lève de ma sieste et je vais guetter. Par le miroir, je la vois ronfler donc elle va rater sa prise, je vais vite prévenir maman. Maman arrive…
‘…YE Mââ…Yé Mââ…. ! ….
‘…Chnoué tââda EL FAHAM….Il est passé le charbonnier… ?’ Elle se levant en sursaut.
‘…E’me FAHAM…. ??? (Quel charbonnier) Kolné …MEMMI…EL KHEBEJ… ! On a dit le boulanger Memmi….SON KLAKSON…. !’
‘…Mnih chnoué e’li sar teoué, âîni det’ni…. ! (‘Bon qu’est ce qui s’est passé maintenant, mon œil m’a emporté… !’ )
‘…Ou gha’doué kifféch béch tââmel ouakt el SERDOUK BECH I GHENIIIII….. !’ Et demain comment tu vas faire lorsque le COQ VA COROCORIQUETER…. ? MOI.’
‘…TEOUE …EN KOUUUMMMM WEN GHENI FI BLASTOU…. ! Je me lèverai et je chanterai à sa place…. !’


MOI……
.’…..L’ENFANT DE LA GOULETTE….’ présente….
MEIHA LA REINE CHEZ NOUS…. 3°
LES GELULES DE CHARBON (b)

Donc pour avaler ces gélules, maman lui a fait comprendre le système, deux le matin au chant du coq et deux l’après midi au clackson de MEMMI le boulanger.
Elle a suivi correctement la prescription durant trois jours….Voilà qu’un matin, le coq d’à coté oublie de cocoricoter et c’est l’autre celui d’en face, un retardataire de la baraka qui se met à chanter vers midi et en plus la voiture de MEMMI est passée ce jour à la même heure, Meiha devant cet inattendu avale les 4 pilules…Et s’endort. Vers les 16 heures, enfin le coq du voisin se met aussi à chanter, et passe encore la voiture de MEMMI…..MEIHA ingurgite donc 8 cachets, elle fait encore mieux, elle prend tout le tube pour en finir de cette soumission envers le coq et la voiture…..Vers les 21 heures, alors que MAMAN lui apporte son diner…LE VISAGE DE MEIHA EST NOIR….A CAUSE DE TROP D ABSORBTION DE FAHAM…LES GELULES DE CHARBON POUR SON TRANSIT…
‘…YE MAAAAAA….. ! Lance HAYE… !’…KHALT…..Tu as noircie…. ?’
Meiha ne s’est rendue compte de rien…Je rentre…
‘…YE MEME YINYINNN…..Chââmelt… ? Qu’est ce tu as fait… ?’ MOI.
‘…CHOUF YE OULDI….E’ne men habch el doueyét….Klakt menem srabtem marra ouehda…. ! Ecoutes mon fils, j’en ai marre des gélules, je l’ai pris d’un seul coup… !’
‘…Oullit KAHLE… ? Tu es devenue noire…. !’
‘…KOLLI YE OUDLI…EUCHKOUN FEL DENIE E DI…OBIOD…. ! Dis moi mon fils mais qui est TOUT BLANC dans ce monde… !’
Purée quelle philosophie….MEIHA….



MOI……
.’…..L’ENFANT DE LA GOULETTE….’ présente….
MEIHA LA REINE CHEZ NOUS…. 4°
LE JOUR D LA HOKNA . Purge.

Comme je l’écrivais plus haut, Meiha avec l’âge accumulait les maux, les bobos mais elle prenait tout cela avec stoïcisme et rarement elle s’en plaignait. Elle avait par contre une aversion pour les médicaments occidentaux et elle préférait tout ce qui était ‘doue arbi’ (médicamentation arabe).
Cataplasme en tout genre dites lebkha, friction d’alcool, massage avec de l’huile chaude sur la tête etc….. Et comme elle était souvent constipée, elle demandait à maman de lui faire la purge.
Ou la poire mais chez nous maman lui avait acheté une sorte de cylindre ( potence) avec un tuyau et au bout une canule. Alors lorsqu’elle était bouchée, elle appellait maman.
‘…Ye Hayé….Mahssoura ijjé ââmeli HOKNA…. ! Ma fille…Je suis bouchée vient me faire un lavement… !’
Haye, sa fille, ma maman lui préparait donc de l’eau tiède qu’elle versait dans le contenant. Je lui avais confectionné une sorte de potence artisanale, une tige en fer encastré dans le mur juste au dessus de son lit. Maman n’avait plus qu’à l’accrocher le moment venu.
Ce matin là donc maman lui prépare la purge et elle l’accroche au dessus de sa tête.
Méme étant obèse et surtout bien généreuse coté fesses, ca pendouillait de partout avait du mal parfois à caler la canule.
‘…Ye mââ, ouni mniha él jabba… ? Maman est ce qu’elle est bien visé ici l’embout… ? Elle visait son anus.
‘…Lé, tââlaye chwiyé el fouk…. ! Non un peu plus haut… ! Meiha.
‘…Ouni mniha… ? Et là est ce bon… ?’
‘…Lé chwiyé el louta…. ! Non plus bas… !’ Meiha.
Entre plus haut et plus bas, cela pouvait durer un quart d’heure. Et moi j’adore écouter aux portes, enfin, maman arrive à caler la canule. Une fois cette dernière bien mise, maman allait vaquer à ses occupations tout en prenant la précaution de mettre sous les fesses de ma grand mère une bilé, un réceptacle.
Donc maman est à la cuisine à faire ses boulettes. Prise dans l’opération mahchi elle oublie la canule et le lavement.
Moi attentif aux gémissements de la vieille, j’entends comme des plaintes sorties de sa chambre.
Je pose mon oreille sur la porte close de sa chambre et j’entends…
‘…Ye Hayé…. ! Ye Hayié… !’ Mémé YINYIN appelle sa fille.
‘….Ijjé fissa… ! En dalli ghrokt… !’ Viens vite, je crois être inondée… !’
Je vais vers maman et je lui dis ‘….Ye mâa….Omok en dalli khrat.. !’ Maman…Je crois Que ta maman a bcp chié… !
Ma mère prise au dépourvu laisse ses boulettes frire et court vers la chambre de MEIHA.
Et là, elle voit le bord du lit complètement bronzé, le sol inondé, et Meiha se débattre avec la canule pour un peu l’ustensile LA HOKNA allait choir sur sa tête.
‘…Yé mââ, echbik chekta…. !’ Maman pourquoi tu n’as rien dis… ?’ Haye.
‘…Yé benti , ââyetèc mellè enti leye fél mahchi…. ! je t’ai appelé mais tu étais occupé avec tes boulettes…. !’ Meiha.
Maman appelle la voisine, notre domestique et durant deux heures, elles se sont mises à frotter le sol et à soutirer draps sales de dessous des fesses de MEIHA.
Une fois propre et remise d’aplomb, Meiha eut ces jolis mots envers elles.
‘…Rabi en challah mé fayedch ââlikom él Khrââ…. !’Que D ieu fasse que vous ne soyez jamais inondées mes filles…Par la merde.. . !’
‘…Yé mémè, ehn’ messtanchin bél khrââ, ouekt él chtè tfayed él coujine, choué termik oulle el mouskouka, kif kif….Mémé, nous sommes habitués au débordement de merde lorsque nous avons les inondations du regard de la cuisine, qu’importe que soit eux ou tes fesses, c’est du pareil au même… !’
Mais voilà qu’une odeur de brulé sort de la cuisine, les boulettes ont brulé. Quelle journée de merde ce fut.
L’être humain vieillissant trouve souvent sa condition bien misérable. Même les boulettes ont péri.


MEIHA…LA REINE CHEZ NOUS.
Chapitre 5°
MOI……Albert Beitou…
.’…..L’ENFANT DE LA GOULETTE….’ présente….
MEIHA LA REINE CHEZ NOUS….

Sa vue s’affaiblissait avec l’âge. Chez nous, on ne connaissait pas son âge. Elle n’avait pas une date de naissance et jamais elle n’a voyagé.
Son décor était sa chambre. Ses quatre murs étaient ses seuls témoins.
Lorsqu’elle devait sortir pour aller au café REX de la Goulette, elle revêtait une jolie robe ample de couleur modeste et surtout elle se poudrait légèrement les joues, sur ordre de maman, pour présenter sa coquetterie à ses amis.
‘..Chnoué mémè YINYIN thamar… ! Alors mémé tu te maquilles… ?’ MOI.
‘…E’ye méchiyé el balou… ! Je vais danser… !’
‘…Bougui bougi… ?’

Elle en rigolait.
Mon jeune frère Max plein de patience l’accompagnait souvent pour lui faire traverser l’avenue H BOURGUIBA. Elle marchait d’un pas lent et Max prévenait les voitures de loin, de son bras pour ralentir leur cadence…Elle
‘..Teoue kolli ye ouldi, méjélét bïïda el caoua… ? Elle est encore loin le café… ?’
‘…Lé mémè mejél zouz khatwat… … ? Il ne reste plus que deux pas à faire… !’
Arrivée sur le trottoir…Après dix minutes pour 5 métres.
‘…Kolli ye ouldi enti mouch kotli mejélou zouz… ! Dis moi mon fils, tu ne m’as pas dis qu’il restait deux pas à faire… ?’
‘…Touila el tniyé ye méme teoue nousslou… ! Il est encore long le chemin mémé mais on va y arriver… !’
Sortis à 16 heures, ils mettront uen demi heure pour faire 50 métres et js la vieille avec son YE OULDI…Mon fils…Tu ne m’as pas dit… !
Maxo la tenait par le bras, brachitou, et les deux comme de jeunes amants marchaient d’un pas lent.
Enfin, les voilà arrivés et là le patron du REX fronçait son front parce qu’il voyait en ma grand mère qq’un qui allait lui tenir la table durant deux heures pour la modique somme de 20 millimes. Lorsqu’elle arrivait, tout le monde lui cédait la place parce qu’elle avait son endroit de prédilection. Juste prés de la porte. Elle devait surement se dire qu’en cas d’incendie, elle sortirait plus vite.
Ma xo l’abandonnait donc au café sans avoir demandé à la vieille l’heure à laquelle il devait venir la prendre elle lui répondait ‘…E’ne teoué mejelt kif kâât…Thab tzerefni aalaish ‘…Mais enfin je viens de m’asseoir, pourquoi tu me presses…. ? ‘
‘…En jik nekh’dek mââ el tmenye… !’Je viens de prendre vers 20 heures soit 3 heures d’assises.
‘…Netfekar ou nahki, nahki e’kel e’yem mta el cheybe é’li khéllèt blassetta fi darné fi e kel char mta juillie 1974. Nar semch…Nar mta kif, kif cloubné él hzen fi louel mta e’kel sif…
‘…Je me souviens et raconte, je narre ces temps de la vieille qui est partie et laissée sa place en ce mois de juillet 1974. Un jour de soleil….Un jour de kif, comme l’était nos cœurs remplie de tristesse…En ce mois estival… !’


L ENFANT DE LA GOULETTE RACONTE…
MEIHA…LA REINE CHEZ NOUS.
CHAPITRE 6°

Le jour de la télè…
‘…Ah cette télé… !’

Papa un jour, pour nous surprendre rentre avec une télé. Il l’avait dénichée du coté de Mellassine la brocante, où il avait ses entrées et son fournisseur attitré.
Il l’avait transportée dans le coffre de sa voiture, une petite fiat uno. Pour bien la maintenir, il avait attaché la porte arrière avec une corde pour qu’elle ne tombe pas en cours de route.
Le seul endroit qui pouvait la recevoir cette modernité était donc le meuble, la servante de la salle a manger et pour lui donner plus de valeur, il s’est mit à accrocher des cadres, à poser des pots de fleurs etc….L’horloge …
Une fois poser, il voulait la faire fonctionner et nous étions tous assis autour de la table pour assister à la manœuvre. Après plusieurs tentatives et moult jurons ‘ ...IN YADDINNN ET IN YADDIN…La télé restait muette. Rien aucune image sauf un écran blanc en pointillé.
Ma grand mère lui suggère de lui donner qqs coups à droite, à gauche en haut en bas qu’à la fin papa se tourne vers ma mère et lance ‘…Kollah techkeut omok.. ! ‘…Dis lui de se la fermer à ta mère… !
On appelle Zagdoun le mécanicien de télé et radios, notre voisin qui nous apprend qu’il faut une antenne pour la faire fonctionner….Pour ce dérangement, il prend 5 Dinars alors qu’il habite à deux mètres de chez nous. Papa a oublié l’antenne. Le lendemain, vite vite chez SBERRO au Colisée et là, il achète l’antenne en quatre morceaux bien emballée.
Nous voilà tous réunis autour de l’antenne pour assembler les morceaux. Au bout d’une heure enfin, papa monte à la terrasse et la pose. Le fil de l’antenne longe le mur et rentre par la fenêtre de la salle à manger. Enfin une image apparait et nous sautons tous de joie.
Meiha dit ‘…Hou mahlé’e kif el cinéma Rex… ! ‘…Comme elle est belle l’image comme au cinéma Rex.’
Depuis la vieille n’allait plus au cinéma Rex le vendredi. Parce qu’elle mettait bcp de temps pour arriver sur place, elle ratait la moitié du film. Une économie appréciable pour nous tous. Et moins de fatigue.
Bref, Meiha était heureuse et à chaque fois ‘…Hatouli tarf bel arbi… ! Que je visionne l’arabe… !’
Alors pour elle on laissait tomber le FUGITIF…Pour le gala oriental….
Un jour de grande tempête, alors que nous étions tous agglutinés devant la télé, on entend un bruit assourdissant. On se lève comme un seul bloc et on court vers les WC…On a cru que MEIHA était tombée du siège alors qu’elle était prés de nous, elle ne pouvait pas tomber puisque que l’espace water était si étriqué qu’il aurait fallu vraiment que le mur attenant à la cour soit poussé par son poids. Ce ne fut pas le cas. BH. Surtout qu’elle nous lance ‘…ME TEFEJYOUCH YE LOULED…E’ni kââda ouni… ! ‘… Soyez sans crainte les enfants, je suis assise ici… !’
Alors le grand bruit… ? Il venait de la cour…L’antenne est tombée dans la cour et voilà les barres cassées en deux ou trois morceaux. On sort l’antenne, la perche. On la dispose sur la table et papa a eut cette bonne idée…’…Jibouli tarf skotch… ! ‘Apportez-moi un rouleau de scotch… !’ On le lui apporte et nous voilà tous autour de l’antenne à recoller les morceaux avec du ruban adhésif…Blanc rouge noire bleu…Un ruban de plombier.
Enfin l’antenne ressuscite dans un état proche du profil de FRANKENSTEIN…La tempête se calme et je monte à la terrasse mettre la perche et l’antenne. Miracle elle tient. Les branches semblent tenir.
Je redescends et on rallume la télé au lieu d’images on voit des RUBANS BLANCS..BLEUS…ROUGE… !
Ce qui fera dire à MEIHA…’…MAHLE EL FILM E DE… ! Comme il est beau ce film…. ! Elle ne manquait pas d’humour la vieille…


L’Enfant de la Goulette raconte…
Meiha la reine chez nous.
CHAPITRE 7°

‘…Barnou mché rod’bane
Oué chédèou lorbane…
Barnou mché ghodban
Barnou yè barnou..§§§§§§
E’ne nesstah ââla gdémi…
Wen déz tokhmami…§§§

Une comptine que chantait ma grand-mére Meiha lorsqu’elle n’avait rien à faire.
Engoncée dans son divan, elle croisait ses mains sur ses genoux et je la regardais chanter un air sorti de je ne sais où. Parfois, elle tapotait ses genoux sur ce refrain dont un seul mot m »échappe c’est le mot Lorbane. Pour le reste c’est ‘…Barnou a fugué et il s’est fait prendre par la maréchaussée, mpoi je danse sur mes talons et je repousse mes soucis… !’ De quoi s’agissait t’il…Lorsque j’ai posé la question à maman qui la chantait aussi dans s chambre d’hôpital, elle fut incapable de me dire qui est BARNOU et à qui elle se réfère. Je suis resté sur ma faim. J’ai imaginé que BARNOU devait être un chien du voisinage qui n’a plus reparu depuis son escapade alors pourquoi, E’ne nesstah, je danse, sentiment de joie… ? Ou espoir de le revoir… ? Et s’il elle s’est mise à chanter c’est surement pour ne pas penser à ce souci. Elle met donc la joie et non la tristesse en avant. Sachant pertinemment qu’elle ‘TSEBAC EL KHIR …KHIR MEL AHZIN…Qu’elle met en avant le bonheur bien mieux que la tristesse…
Elle disait aussi ‘...Ené gnoran… !’ Je suis ignorante… !’ Elle aimait cette situation d’ignorance qui la privait du savoir de qq chose elle disait souvent à maman ‘…Yeji mél kraya mta el douwét… ! Cesse de lire la posologie des médicaments… !’ Hakek tlat tbiba… ! Tu aurais du être médecin.
Ainsi maman ‘ posologue’ a raté sa vocation.
Meiha avait une répugnance avérée contre les médecins. Elle n’a pas digéré que ses enfants emportés par le choléra n’ont pas eu la volonté de les sauver d’où qu’elle rapportait sur eux cette grave faute. Elle partait du principe que le TBIB I DEWI..Que le médecin soigne et guérit. Donc incapables de soigner donc incompétents en tout. D’où que leur présence à ses cotés n’était pas la bonne solution et qu’elle pouvait s’en passer en utilisant ce qu’on appelle ‘…Dwe arbi.. !’ Médecine arabe.
L’enfant de la Goulette
Raconte…

L’Enfant de la Goulette…Raconte…
MEIHA…La reine chez nous.
Chapitre 8°

Elle avait un regard très doux, plein de sagesse, reposant rassurant la mémé YINYIN.
On ne se rend pas compte du bien de la présence d’une vieille chez soi.
Chez nous, tout tournait autour d’elle, de sa bonne humeur, elle était la cheville ouvrière, le guide spirituel, le challom personnifié.
Les tensions s’apaisaient en sa présence. Elle ne donnait jamais raison à sa fille lorsque papa rentrait un peu bu. Elle lui disait pour l’apaiser ‘…Rabi mei i yarickch… ! E’de koulou mei i doumch… !’Que D ieu ne te prive pas de lui, tout cela va passer… ! Et tout est passé lorsque nous avons grandi et que papa n’osait plus se montrer bu en notre présence parce que maman trouvait en nous ses avocats.
Papa la respectait beaucoup et entre eux jamais un mot de travers, que du respect. Un respect qui maintenait la bonne entente. Un jour Fatouma notre voisine n’en pouvait plus des beuveries de son mari Kilani…Un jour, elle alla le voir chez lui, le fit asseoir et le réprimanda comme un enfant gâté, lui faisant savoir qu’un jour ses enfants lui tiendront rancune de ce qu’il faisait à sa femme. Kilani se mit à pleurer et depuis, il ne rentrait plus chez lui ivre. Il avait compris la leçon. La famille bien que pauvre était souvent habillée modestement, un matin Fatouma rentra dans la chambre de mémé avec une robe légèrement déchirée sur la coté. Elle conseilla à notre voisine de la coudre. Elle alla même lui apprendre comment repriser une étoffe et depuis Fatouma reprisait ses robes mais bien plus, elle apprit à se maquiller pour être belle pour son mari.
Plus tard chez eux, l’atmosphère avait changé, les conflits devenaient rares et leur situation financière changeait depuis que papa avait soufflé à son ami, ministre DU TRAVAIL , d’embaucher leur grande fille comme secrétaire. Cette rentrée d’argent providentielle allait faire d’eux bien plus tard des gens bien comme il faut.
Meiha z’al en femme avertie savait prévoir, elle inspira un jour maman de piquer du fric dans les poches de son gendre parce que ce dernier gaspillait son flouss dans les apéros. Papa avait la main facile, très généreux avec ses amis. Maman suivra son conseil et l’argent prélevé durant des mois et des mois allait servir un jour. Le jour de la faillite de notre père en 1957.
Nous devons tous à la vieille aujourd’hui notre situation car c’est par elle qu’est venue l’idée
‘…Ekrââ lah’cheb el ghadoua… ! Ouelli mei yek’rah hssa’betou el ghadoua kol ém tetbirou…’ Pense aux lendemains… !’ Et celui qui ne prévoit pas est responsable de ses soucis… !’
Car toutes situations muent. Selon les aléas de la vie.


Re: SALLE MEIHA...MA GRAND MERE.
27 avril 2014, 08:34

L’Enfant de la Goulette…Raconte…
MEIHA…La reine chez nous.
Chapitre 8°

Elle avait un regard très doux, plein de sagesse, reposant rassurant la mémé YINYIN.
On ne se rend pas compte du bien de la présence d’une vieille chez soi.
Chez nous, tout tournait autour d’elle, de sa bonne humeur, elle était la cheville ouvrière, le guide spirituel, le challom personnifié.
Les tensions s’apaisaient en sa présence. Elle ne donnait jamais raison à sa fille lorsque papa rentrait un peu bu. Elle lui disait pour l’apaiser ‘…Rabi mei i yarickch… ! E’de koulou mei i doumch… !’Que D ieu ne te prive pas de lui, tout cela va passer… ! Et tout est passé lorsque nous avons grandi et que papa n’osait plus se montrer bu en notre présence parce que maman trouvait en nous ses avocats.
Papa la respectait beaucoup et entre eux jamais un mot de travers, que du respect. Un respect qui maintenait la bonne entente. Un jour Fatouma notre voisine n’en pouvait plus des beuveries de son mari Kilani…Un jour, elle alla le voir chez lui, le fit asseoir et le réprimanda comme un enfant gâté, lui faisant savoir qu’un jour ses enfants lui tiendront rancune de ce qu’il faisait à sa femme. Kilani se mit à pleurer et depuis, il ne rentrait plus chez lui ivre. Il avait compris la leçon. La famille bien que pauvre était souvent habillée modestement, un matin Fatouma rentra dans la chambre de mémé avec une robe légèrement déchirée sur la coté. Elle conseilla à notre voisine de la coudre. Elle alla même lui apprendre comment repriser une étoffe et depuis Fatouma reprisait ses robes mais bien plus, elle apprit à se maquiller pour être belle pour son mari.
Plus tard chez eux, l’atmosphère avait changé, les conflits devenaient rares et leur situation financière changeait depuis que papa avait soufflé à son ami, ministre DU TRAVAIL , d’embaucher leur grande fille comme secrétaire. Cette rentrée d’argent providentielle allait faire d’eux bien plus tard des gens bien comme il faut.
Meiha z’al en femme avertie savait prévoir, elle inspira un jour maman de piquer du fric dans les poches de son gendre parce que ce dernier gaspillait son flouss dans les apéros. Papa avait la main facile, très généreux avec ses amis. Maman suivra son conseil et l’argent prélevé durant des mois et des mois, allait servir un jour. Le jour de la faillite de notre père en 1957.
Nous devons tous à la vieille aujourd’hui notre situation car c’est par elle qu’est venue l’idée
‘…Ekrââ lah’cheb el ghadoua… ! Ouelli mei yek’rah hssa’betou el ghadoua kol ém tetbirou…’ Pense aux lendemains… !’ Et celui qui ne prévoit pas est responsable de ses soucis… !’
Car toutes situations muent. Selon les aléas de la vie.


L’Enfant de la Goulette…Raconte…
MEIHA…La reine chez nous.
Chapitre 9°
Meiha donc était à la manœuvre, capitaine de vaisseau dans la famille qui comptait 9 têtes de petites en bas âge.
Elle s’inquiétait de nous au point que par moment, cette assiduité énervait maman. Qu’un ragout sente un peu le brulé et c’était ‘…YE HAYEEEE…. ? El bsal ou loubia tharkeut… ? Le ragout de haricots et d’oignons brule… ! Dix fois à rappeler à maman ce ragout dont le feu était éteint depuis plusieurs minutes…Meiha avait tout le temps le brulé dans le nez. Elle craignait certainement de rester BLECHI Aâcha…Sans diner…Ce qui lui était insupportable d’autant plus qu’elle avait un joli coup de fourchette.
Tous les vendredis avant que papa ne rentre et depuis le matin ‘…YE HAYEEE… ? Eukhchellem trafem el louled… ? Fait leur prendre le bain aux enfants…Donc 4 bassines à chauffer dans un espace WC SI exigüe que seule la KINKA trouvait refuge sur le siège. Et nous assis sur le lit, grelottant de froid malgré que nous étions enveloppés par grande serviette attendions que l’ainé finissent son HAKEN EL TRAF…Maman nous lavait ce qui faisaient deux personnes plus la KINKA dans un mètre carré. Mystère et boule de gomme.
Une fois lavés, Meiha nous peignait les cheveux et nous frictionner la tête pour éviter ce qu’elle appelait NEJLA…Rhum.
Jeunes enfants, c’était souvent elle qui nous changeait le LEBDA…Le carré de tissus blanc en coton qui nous enveloppait de la taille aux pieds afin tjs de préserver nos flancs d’un mauvais vent.
Je me demande aujourd’hui comme un vent pouvait violer notre espace notre maison qui n’avait pas plus de 52 m2… ? Il fallait ce que vent mauvais soit vraiment courage. Tout était presque fermé chez nous en hiver sauf en été.
Elle devinait par nos yeux, nos fièvres et là c’est ‘..YE HAYEEEE….Khoud loué l chréne… ? Prends lui la température. Et vite le thermomètre dans l’anus…Puis…’…KADDECHHHH Âândou CHRENEEEE… ? Combien de fièvre, il a... !’ Maman mentait sur l degré de fièvre pour ne pas la paniquer à la vielle…
La vieille ‘…Loucen âândou CHRENEEEE… ! Aâmeltou takrita bél coulignAAAA… ! Enveloppe lui la tête d’un coton imbibé d’eau de Cologne…Idem pour la gorge ou alors pour une otite ‘…Hatlou tarf jeit chroun fi OUDNIN…Mets lui de l’huile chaude dans les oreilles… !’
Des remèdes d’avant assez efficaces.
Dés fois, elle prenait l’un de nous malade prés d’elle pour le réchauffer alors que cela était contraire aux usages de la médecine actuelle.
Quant à elle, elle soignait son érésipèle avec un onguent fait de bsal ou melh…Oignons et haricots…Elle avait ses LOUBIAS autour de sa jambe. Et si par hasard, maman décidait de lui prescrire DR LELLOUCHE…La vieille disait ‘…THAB TEKTELNI FI OMRI… ! Tu veux me tuer à mon âge… ?
‘E’li khelle el khlifé me metch…Celui qui engendre ne meurt jamais.


L’Enfant de la Goulette…Raconte…
MEIHA…La reine chez nous.
Chapitre 10°

Loin de ressembler à la Reine Margot ou à celle des Windsor, moins encore Reine d’Espagne, Meiha mémé Yinyin était Reine sur son divan usé par les pets. Elle en imposait et papa Deidou s’interdisait de lui faire des remarques, elle était son avocat DEM BERED. Ses expressions judéo bien choisies étaient toutes faites pour taire le malveillant. Ses arguments clouaient le bec à celui qui osait confronter Meiha. Empreintes surtout d’humour, elle laissait son interlocuteur sans voix. Toutes discussions étaient vouées à l’échec.
Les relations avec son gendre, mon papa Deidou étaient empreintes de respect comme je l’écrivais mais papa par moments venait à la titiller, elle en riait en disant ‘…E’ne nekhed ââlik ye Deidou l’gnorant…Est-ce que tu crois je vais en prendre ombrage, espèce d’ignorant. L’ignorance, sa force. Avec son ignorance avouée, elle passait maitre par contre dans l’intelligence. Elle donnait bcp d’idées à maman. Maman prêtait son oreille à tout ce qu’elle disait. Normal à force de répéter à chaque fois son ‘…Ye HayEEEEEE…. !’ Maman avait compris depuis belles lurettes qu’il lui fallait couper court à ses répétitions….’…Ye HAYE…. ? Jibli él saboun natti tââlia ou tech’lilé okhra… ? Apportes le linge que je lui donne une nouvelle rincée… ? Une tannée oui parce que le linge entre ses mains en souffrait à force d’être torsadé, pressé, égoutté à tel point qu’il était presque sec sous la pression de ses gros bras.
Lé chekh’fe oulé hnéne…Pas de pitié pour nos culottes, chemises et tricots pire qu’une machine à laver de chez Darty. Meiha c’était pire que le contrat de confiance.

L’Enfant de la Goulette…Raconte…
MEIHA…La reine chez nous.
Chapitre 11°
Certains certaines penseront ‘…Olalala…Breitou nous a tenu la jambe avec Meiha.. ! Quand tout cela finira t’il… ? A ceux et celles là, je répondrai, c’est vrai….Quand tout cela finira t’il… ? Entre parler de ce que j’aime et vous entretenir d’insipidités comme la politique, je préfère écrire ce que je connais le mieux. Mettre un personnage défunt c’est le faire revivre. Ne pas l’oublier…Le garder en mémoire pour un tas de raison surtout lorsque la sagesse et la clairvoyance s’associent pour le rendre sous son vrai jour. 30 ans…Oui 30 ans à la côtoyer, une génération entière à écouter ses dires, ses délires, ses conseils, à lui prêter son oreille, la voir se coiffer. Est-ce que cette nouvelle génération pourra t’elle parler de leur mémé avec autant de foi… ? Surtout lorsqu’on sait que la mémé ne vit plus avec ses enfants…Et petits enfants… ?
Non.
Combien de temps passent les petits enfants chez leur mémé aujourd’hui… ? Pas bcp de temps. Juste qqs bisous, juste qqs apparitions dans les fêtes et puis bisous et ‘…A bientôt Mamie, Papi… !’ Le IPOD est mieux respecté. C’est dans l’air du temps. Heureusement que le téléphone est présent autant pour nous. Là encore le téléphone remplace t’il la présence chaude et affective d’une mamie, d’un papy… ?
Non.
Que vont-ils raconter plus tard les petits enfants sur leurs grands géniteurs… ? Pas beaucoup de choses. Le souvenir de la mamie ou du papi restera surement dans des photos et peu évoqué.
Il y aura bien sur les vidéos mais à part cela qui d’entre eux se souviendra de ce qu’ils ont dit ou faits comme bêtise dans leur âge avancé.
Nenni.
Nous les vieux n’oublieront pas leurs faits et gestes depuis leur naissance…Et les voir grandir avec leurs mimiques et les espiègleries dont ils n’auront aucun souvenir, si ce n’est nous qui le leur rapporteront de notre vivant du moins tant que la tête est encore là.
Alors je continuerai à parler d’elle. Chaque petit détail sera évoqué avec humour. Cette l’humour qu’elle avait nous la rendait précieuse, intelligente car aucune de ses réflexions étaient insipides.
Si des REINES ou des PRINCESSES ont laissé leur trace par leur beauté, par des faits par des actes de bravoure ou sordides la notre a laissé toute une génération dans le bonheur sur lequel nous nous sommes tous assis avec joie.
Car nul mieux qu’une mamie ou un papi ne sait donner ce bonheur dans cette atmosphère modeste empreinte de chaleur et de convivialité.
C’est pour elle que j’écris.

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MEIHA…La reine chez nous.
Chapitre 12°

I’yè mé cenetch tekhréj yesser mél dar. Cenét dimé mel’souka fouk él banc mta darna. Békh’léf kawat Rex oullé dekhlé fél cinima oulla ziara âând jiréné arabe, Meiha cénet mrassa. Baba marat kif kénet dji él lema mta Barije, yékhéda fél tounoubile ou kénè nem’chiou fél kawa mta Sidi bou. El 404 familial lémètné él kol.
Elle ne sortait presque jamais de la maison. Elle était souvent collée sur son divan. A part la café Rex ou le cinéma ou bien une visite chez nos voisins arabes, Meiha était clouée. Papa parfois, lorsque venait les familles de Paris en vacances, il la prenait dans sa voiture et il nous emmenait tous prendre un café à Sidi Bou Said. Dans sa 404 familiale.
Je me souviens de cet été, où le thermomètre avoisinait les 40° à l’ombre. Meiha émit le vœu d’aller prendre un bain à la plage.
Elle qui n’a connue que le stal (seau) avec l’eau chaude ou rarement le hamam, son idée saugrenue nous laissa tous perplexes. Comment donner suite à son désir ardent. Lors d’une réunion familiale nous avons pesé le pour et le contre car déplacer Mémé Yinyin au vu de son obésité et de son âge demandait une réflexion. Il fallait pourtant s’exécuter pour lui faire plaisir.
Papa était un peu hésitant car l’aventure était risquée. Autant déplacer un mammouth, la mémé pesait 120 kgs et marchait très lentement. La plage était distante de notre maison de 100 mètres environ et pour faire un mètre Meiha mettait 2 minutes soit X temps.
Il nous fallait donc sortir deux avant midi pour être sur le sable.
‘…Yé Meiha, âândek maillot.. ? Dira papa envers elle.
‘…Aândi él gouneilla… ? J’ai ma combinaison.
‘..Trââ hatta béch en chouf él ouara… !’ Essayes là pour que je puisse voir l’ensemble.
Papa sort de la chambre et nous avec lui laissant Meiha mettre son maillot de bain new look. 15 minutes plus tard…
Papa rentre dans la chambre et nous le suivons. Là on voit la mémé en combinaison transparente et papa lui fait remarquer que..
‘…Ye Meiha, chnoué él yar e’dè, termiq i tchafou ou zedda lahméq… !’
‘…Meiha, c’est quoi cette honte, on voit tes fesses et aussi tout le reste… !’
‘…Yekhir e’ne zghri’ra, afféllou i tchéfou, e’ne mrââ gbira… !’
‘..Enfin suis-je jeune moi et même si tout se voit, je ne suis qu’une vieille… !’
A suivre.

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MEIHA…La reine chez nous.
Chapitre 13°
Meiha va à la plage. Suite.

Omi Hayé, dekh’lét zedda fél bit, béch trighéla. Hattetla kallssoun gbir béch tghati fka’d ouél termin ouél zieda. Hatet’laz ââla rassa mhamra béch e’kek om amé tékhedch chems el rass. Ahné oura él béb kââd en ââ’chou fél lebché ou jetni dahka gbira…Baba kal ‘…Ménè maillot e’dè ye Meiha… !’ Jéti i’yé ouej’bétou katlou ‘…Ou enti n cheft kif bââdek khérjin mél kalssoun’eq kif temchi él knif… ?
(Maman rentre pour l’arranger tant soit peu. Elle lui a enfilé un caleçon grandeur nature afin de cacher ses fesses, ses jambes et tout le reste. Et lui posa un foulard sur la tête pour qu’elle n’attrape pas une insolation. ( Pour peu, elle lui aurait mis aussi un BOUSTOU
( corset) Moi j’étais derrière la porte à suivre la manœuvre. Et là j’ai eu un fou rire. Papa dit ‘…Quel beau maillot que tu as là…Meiha… ? Elle lui répond ‘…Tu t’es regardé toi lorsque tu va rentrer au WC, tes couilles…pendent au dehors de ton caleçon… ?’ Du tac au tac.)
Enfin la vieille était prête pour le bain de plage accompagnée par moi, papa, maman et mes deux frères. On aurait dit une vieille kalla qui allait faire sa tbila (bain de purification) le jour de ses noces.
Il ne manquait plus que ouled el bayout( le chœur des enfants) et Raoul Journou z’al pour décorer cet ensemble grandiose.
Sortis à 10 heures du mat sous un soleil de rêve, nous fîmes notre entrée à la plage sans musique mais avec bcp d’appréhensions. Papa était à sa gauche, maman à droite, moi devant elle et Sauveur juste derrière, tout cela pour ne pas qu’elle trébuche sur le sable.
Dés notre rentrée, elle lança…’…Winou él bhar… ? Où est la mer… ?’ Elle était myope la vieille…Papa ‘…Teoué dji hatté sakik… ! (Ne t’inquiètes pas elle va venir à tes pieds.) J’oubliais de vous dire que mémé portait des chaussettes car maman craignait qu’elle attrape froid par 40 ° à l’ombre…

A suivre…
L’Enfant de la Goulette…Raconte…
MEIHA…La reine chez nous.
(Lire chapitres de 1 à 12)
Chapitre 13°
Meiha exprime donc sa volonté d’aller prendre un bain à la plage.
Nous l’accompagnons papa, maman moi et Sauveur.
Elle était donc vêtue d’une combinaison non transparente et chaussée de socquettes pour qu’elle ne prenne pas froid par 40° à l’ombre.
Nous sommes sur la plage et tout en suivons ses pas, nous faisons rentrer Meiha dans l’eau, 15 cm de profondeur. Pour mieux la protéger d’une noyade, papa ne trouve pas mieux que de lui enfiler une bouée afin dit’il ‘…Euchkoun yarref loucen toghroq… ! On ne sait jamais si elle coule… !’ A 15 cm de profondeur, mais bon ce que nous craignons le plus n’arriva point.
Meiha ne risquait rien surtout avec une bouée qui prenait du volume, elle était trop petite la bouée, elle lui arrivait à hauteur du cou mais comme elle ne disait rien nous avons préfère qu’elle n’aille pas plus loin la bouée. Une fois assise ‘…Ché ché… ! Bel ahyé ou lamor twil… ! Quel kif avec la vie et la vie longue…. !’ C’est ce que les juifs tunes disent quand c’est la première fois qu’une acte se produit…
Bien calée, nous lui proposons de la tirer un peu vers le fond. Elle se laissa faire et nous voilà remorquer Meiha qui prenait un grand plaisir à se laisser bercer par les vaguelettes bien compatissantes envers une vierge qui découvre l’eau de mer.
De loin on avait l’impression de voir une tête posée émergée de la mer. Elle nous disait tout en se laissant entrainer vers le large, le large c'est-à-dire à 60 cm de profondeur ‘…Skhara hatta had mé ââlemni nyoum… ! Dommage que personne ne m’a a ppris à nager… ! Papa lui répliqua ‘…Echbi méjèl el ouakt fi yed’na… ! Et alors nous avons encore le temps de t’apprendre… !’
Elle avait 75 ans et lui apprendre à nager avec son obésité, il fallait à celui qui aurait pris ce risque de passer tout le restant de sa vie à lui inculquer les rudiments de la brasse ou du crawl. En attendant, nous étions tous autour d’elle à surveiller ses gestes. Sa combinaison commençait à prendre l’eau et au bout de cinq minutes, Meiha disparaissait sous ce voile. La bouée ne se voyait plus mais de temps en temps Sauveur jetait un coup d’œil par en dessous pour voir si Meiha était bien en dessous du voile.
Elle disait ‘…Mé tema cen rabi… ! Euch’koun cen i khémem i ji nâr nyoum e’ne taht gouneila… ! Qui aurait cru qu’un jour je puisse nager sous une combinaison…!’
Elle en avait de l’humour la vieille qui flottait à 60 cm de profondeur.

A Suivre…

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MEIHA…La reine chez nous.
(Lire chapitres de 1 à 13)
Chapitre 14°

Au commencement, il n’y avait ni mamies ni papis, Adam et Eve n’ont pas eu d’aïeuls sinon nous l’aurions su. Ils furent les premiers habitants de la terre et les premiers papis et mamies.
A eux seuls ils ont formé un couple. Puis une famille qui plus tard devient une tribu et ainsi de suite, plusieurs tribus éparpillées de par le monde.
Tout commence par deux Meiha et Choua et bon nombre avant eux. Puis trois quatre etc….Une famille se crée, le début d’une tribu, celle des Lellouche. Papa maman et trois enfants. Pas besoin d’être cent pour former une garnison.
A leur tour Papa et Maman forment une petite tribu celle des Siméoni.
Donc chez nous à la Goulette, deux tribus vivaient ensemble. Lellouche et Siméoni, dans deux pièces misérables.
Meiha était chef des deux tribus et papa lui était un subalterne bien que chef de maison.
Deux de ses enfants se sont mariés et avec le temps, deux autres tribus se s’en formées ailleurs.
Meiha était partagée entre ses trois tribus. La notre puis celle de ses enfants qui vivaient à Tunis.
Le jeudi était consacré à sa fille à Tunis où le gendre la recevait très bien. A cette époque elle était autonome elle se déplaçait à Tunis en prenant le TGM et bien sur elle avait la même place chez sa fille Poupée, que chez nous son banc et bien sur, sa place à la cuisine et bien sur sa place dans son lit et bien sur et bien sur…Elle restait chez sa fille une semaine puis elle revenait chez nous très lasse en disant à chaque fois ‘…Loucen areft cent nôôk’ yad ouni, yad’betni Poupée… ! Si je savais, je serais resté chez moi (chez nous) elle m’a fatiguée ta sœur… !’ Cela n’était que des paroles en l’air parce qu’elle recommençait à y aller tous les mois en disant ‘…El kebdââ él mchoumé…Quelle est mauvaise cette fibre… !’
Elle sous entendait l’amour de ses enfants.

A suivre…
L’Enfant de la Goulette…Raconte…
MEIHA…La reine chez nous.
(Lire chapitres de 1 à 14°)
Chapitre 15°

Chaque tribu dans ce monde, je ne parle pas des grandes villes, honorent leurs vieux avec une foi inébranlable. Chez nous à cette époque la vieille ou le vieux faisait parti du mobilier.
Chez les africains, le vieux devient le sage du village. La vieille celle qui,au pas de la hutte, surveille sa grande progéniture, tribu.
Chez les indiens, la vieille et le vieux sont éloignés à qqs pas des tepees, ils elles sont considérés comme partante dans l’au-delà et à ce titre, elles ils deviennent en marge de la tribu.
Ils, elles vivront seuls mais on ne les laissera pas mourir de faim ou de soif ou de froi . Les indiens considèrent qu’elles qu’ils ne sont plus aptes à servir. Le grand fleuve de la mort les attend.
Chez nous à la Goulette ou ailleurs cela ne se passait ainsi, chez les arabes aussi, ils, elles vivront tjs auprès de leurs enfants à tour de rôle et jamais, nous ou ils l’enverront dans un mouroir.
A Paris ou ailleurs, la présence d’une vieille mémé n’est plus d’actualité dans la maison d’un ou de ses enfants une fois mariés etc….Elle devient une grande charge. Lui aussi.
Après sa fille, Meiha se voyait, après la visite chez Poupée, accompagner par son fils Jo chez ce dernier pour passer encore une semaine chez lui, chez sa belle fille. Là malgré sa patience, elle attendait avec impatience de revenir chez nous et quand enfin elle était là elle disait
‘…Rabi mââ’ye é’li jit Hayé… ! Euchkoun méjèl yem’chi i zouroum… ? En challah yeb’ja ‘…D ieu est avec moi d’être venue vivante ma fille…Qui ira encore les voir… ? Et pourtant….
Meiha ne sentait bien que chez nous. Elle trouvait ses aises, et aussi étrange que cela parait, elle demandait toujours à nous servir du matin au soir. Pas de répit, elle ne pouvait pas rester sans rien faire.
Elle allait parfois tirer du linge propre pour voir s’il n’y avait pas une reprise à faire et maman qui lu disait ‘…Yéji yé mââ, chnoué él tounie e’di… ? ‘ Cesses maman, c’est quoi cette phobie…
Ainsi était Meiha la vieille mémé…

L’Enfant de la Goulette…Raconte…
MEIHA…La reine chez nous.
(Lire chapitres de 1 à 15°)
Chapitre 16°

Meiha, qd elle n’avait rien à faire comme petites charges, rentrait dans sa chambre. S’asseyait puis tirer de son tiroir sa feley’a( petit peigne en corne dit à poux) .
Une fois assise, elle commençait à se peigner et à chaque passage, elle regardait si des cheveux se faisaient piéger d’entre les dents.
Avec minutie, elle enlevait la petite touffe de cheveux blancs qu’elle mettait dans un papier journal bien plié. Il ira se caser dans son tiroir et des petits paquets de cheveux blancs, nous en avons trouvé bcp dans son petit coffre secret.
Maman ne voulait pas les jeter pour ne pas contrarier sa maman et cette comptabilité de petits papiers nous faisaient rire, on lui disait ‘…Ye Meiha brabi, ech tââmel biyem él bakouat e’dou… ? Mais Meiha qu’est ce que tu comptes faire de ces petits sachets… ? Elle levait la tête, nous souriait puis disait ‘…Ouerta… ! C’est mon héritage… !’
Son héritage accumulé au long de ces qqs années constituait une sorte de mémoire pour elle comme si ces cheveux blancs, reliques de son vivant, allait parler pour elle or elle ignorait sans doute qu’un jour un de ses petits fils parlerait d’elle avec éloquence, non pas parce que ses cheveux étaient là mais parce que toute sa présence, ces faits, ces gestes, sa façon de penser et de concevoir les choses étaient pour nous tous, l’histoire d’une vielle dame qui a bcp souffert autrefois.
Elle archivait aussi ces bandes de vapo auxquelles elle tenait tant.
Elles étaient tjs bien propres et elle ne laissait à personne le soin de les laver. Elle utilisait ces bandes pour son pied malade, hamra fél dem, érésipèle…Parfois aussi comme onguent, sahka bsal ou melh quand qu’elle avait mal aux jambes.
A coté de tous ces ‘petits’ KHCOUCH ( bric à brac) les fourches à cheveux, les aiguilles à coudre, les boutons etc…étaient mis dans des petits boitiers. Comme elle ne vouait pas très bien, elle cousait parfois un bouton hraimi, c'est-à-dire d’une autre couleur que le reste et maman qui vérifiait sa reprise lui disait …’…Yé mââ chnoué, el kof’lé e’di kahlé, lokhrin obiod… ! Mais enfin maman, ce bouton est noir et celui là est blanc… ?’
Elle répondait ‘…Ech thab nââmelou, echkoun béch i choufni… ! Mais qu’importe, qui va me voir et s’en apercevoir… !
Elle était ainsi Meiha ma mémé…

L’Enfant de la Goulette…Raconte…
MEIHA…La reine chez nous.
(Lire chapitres de 1 à 16°)
Chapitre 17°.

Un vécu presque sans fin me diriez-vous…. ? Que celle de ma vieille mémé… ?
Non ressuez vous, tout à une fin dans cette vie qu’elle soit longue ou courte selon le jugement de D ieu.
J’ai épuisé presque tout en ce qui la concerne, je n’ai presque rien oublié, j’ai raconté tout ce qui peut se rapporter à une vieille dame qui née à Tunis dans la quartier pauvre a fini sa vie entourée des siens.
Sur son lit bien repue et surtout sans souffrance, diminuée certes d’un sein causé par un cancer qui ne l’a pas empêchée de vivre longtemps car elle ne savait même pas ce dont elle fut opérèe.
Elle a dit ‘….Ye Hayé, ââjeb, winiyé bejoulti… ? ( Où est passé mon sein… ?’)Après une semaine de son opération….Maman lui a dit ‘…Kif él mesrana jeida, tkassét, teoué oullit khfifé… !’ ( Comme un surplus d’intestin, elle a été coupé, tu te sentiras plus légère… !’)
Ce fameux mardi du 16 Juillet 1974, soit presque 18 mois après sa sœur Louijé, qui elle aussi habitait chez nous, Meiha et maman mangeaient comme elles le faisaient souvent, ce jour là, dans son lit.
Vielle habitude qu’elles avaient institué. Maman montait avec le plateau sur son lit et les deux presque enchevêtrés par les jambes se délectaient des mets des mets du jour.
Ce fut son dernier couscous.
Durant la nuit, Meiha, alors que nous étions endormis râlait alors que toute la maisonnée roupillait.
Mon jeune frère Max, sa béquille comme elle s’amusait à l’appeler se lève et pousse la porte de sa chambre.
Il tente de lui parler mais la vieille flirtait avec la porte du paradis.
Il monte derrière elle et la prend dans son bras.
Au matin, maman rentre et trouve mon frère tenant sa mémé entre ses bras, elle s’en inquiète. Elle réveille mon frère. Meiha est allongée inconsciente. Elle respire mais elle n’est pas consciente. Elle prononce qd même qqs paroles presque inaudibles comme …Louije…Jojo …Maman comprend et on va vite appeler Fatouma notre voisine qui se fait passer pour sa sœur…Fatouma pleure…Je me fais passer pour Jojo son fils alors qu’il est 9 heures du matin et que je dois aller bosser, en espérant la voir vers les 13 heures encore vivante. Vers 13 heures, Meiha la Reine est partie mais avant, elle dira entre deux râles à maman ‘…Rodblelik ââla Deidou… !’ Prends soin de ton mari… !’ Elle ferma les yeux pour toujours.
Personne n’a pleuré ce jour là parce que Meiha n’a jamais aimé les pleurs, ni la tristesse. Elle est partie comme une fleur, avec son visage souriant.
Au cimetière du Borgel, elle fut enterrée prés de sa sœur, les deux tombes se touchent et papa Deidou est aussi prés d’elle. Comme dans notre appartement de la Goulette, les uns pas loin des autres.
La mort les a réunis.

Ainsi s’en est allée Meiha la Reine de chez nous en ce jour du 17 Juillet 1974 en plein soleil.

FIN



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