Archive jusqu'au 07/septembre/2006

Discus: ADRA : LES COMMENTAIRES D'HARISSA: Commentaires 2006: Commentaires de Septembre 2006: Archive jusqu'au 07/septembre/2006
Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Emma (Emma) le jeudi 07 septembre 2006 - 00h21:

L'intégrisme, soupape du monde musulman

Finalement, il n'y aura pas de guerre entre deux cultures, juste une série de crises, où le peuple ne soutiendra ses «héros» qu'un temps.

Par Daniel Sibony


La défaite probable de Ben Laden donne raison à ceux qui ne l'ont pas suivi. Ceux qui en ont fait un héros attendaient qu'il gagne pour vraiment le suivre. Elle justifie aussi la réaction américaine, laquelle n'est pourtant pas sans injustice. On est loin de l'exigence des oulémas afghans après l'attentat: «Il faut que la réaction des Etats-Unis soit juste!» Phrase anodine mais abyssale: car la réaction à un attentat-suicide ne peut pas être juste quand ses auteurs (les vrais coupables, sauf à les prendre pour des robots) se tuent eux-mêmes dans leur acte, que leurs chefs se cachent dans des villes ou des cavernes d'un pays lointain. Les tueurs-kamikazes, qui ont une logique de suicide et de prise d'otages, arrachent à l'autre tout pouvoir de les juger: en disparaissant, ils rendent leur victime, si elle réagit, aussi «injuste» qu'ils disent qu'elle l'est; ce qui après coup «justifie» leur acte, et en fait même un acte de «justice divine»: il leur échappe autant qu'il échappe aux victimes. De sorte que les chefs religieux qui demandent «que la riposte soit juste» signifiaient aux Américains qu'ils ne doivent pas riposter, sauf à être injustes. Or ils ont riposté. Ils ont même, autre injustice, arrêté au mépris de leurs propres lois plus d'un millier de suspects; ce qui a peut-être fait cesser les attaques sur leur pays; car les terroristes ont besoin de ces lois, de la liberté qu'elles donnent, pour préparer leurs attaques.
D'ordinaire, quand on est devant cette exigence où la justice doit être sans faille ou n'être rien, la scène devient perverse et on tente de la déjouer en relançant le conflit jusqu'à ce que, du processus d'ensemble, émerge une autre issue, peut-être un autre effet de justice. Mais alors, dans le conflit, on ne peut pas gagner sur les deux tableaux: on ne peut pas gagner comme victime qui se fait plaindre et comme soldat qui frappe - au nom de Dieu ou du peuple. Du reste, jusqu'où la victime peut-elle frapper tout en restant une victime?

Autre fait curieux: à un moment précis, on a pu entendre que Ben Laden fut le héros de la «rue musulmane» dans de nombreux pays. Avant, c'était trop tôt, après, c'est trop tard. La petite fenêtre sur le non-dit s'ouvre et se ferme très vite. Des naïfs qui ont applaudi à l'attentat de New York s'étonnaient qu'on les fît taire. Ailleurs, le double discours qui s'ensuit chez certains peuples de l'Oumma (communauté des croyants, ndlr), notamment du Maghreb, a eu un effet dépressif: entre l'aspect nationaliste et l'aspect intégriste, entre ceux qui se veulent partenaires de l'Occident et ceux qui veulent le frapper, le tiraillement est peu propice aux grands élans.

Du coup, on peut deviner la suite: là où certains voyaient une guerre entre deux cultures, il y aura non pas une guerre mais une série de crises qui, chaque fois, dans les peuples islamiques, creuseront la faille entre la masse qui veut vivre avec l'Occident et la frange qui ne veut que lui nuire. Et dans la masse qui veut vivre, il y aura de «l'entre-deux-cultures», de l'entre-deux vivant qui fait que le peuple ne suivra pas ses «héros» intégristes, même s'il les aime un temps. Mais eux - les pauvres - crieront encore des choses fondamentales - celles qu'on laisse aux fondamentalistes pour pouvoir vivre tranquille. Eux continueront à célébrer leur credo qui, au fond, est une touchante confiscation d'un ou deux mots du langage. Celle du mot «soumis», d'abord: puisqu'en arabe, dire qu'on est «soumis» à Dieu, c'est dire de ce fait même qu'on est musulman; ce qui est gênant. L'autre confiscation concerne le mot Allah: qui nomme le Dieu biblique (celui de Jésus et de l'Occident), à ceci près qu'il décida, au milieu du VIIe siècle, de rejeter juifs et chrétiens parce qu'ils sont non soumis, c'est-à-dire non musulmans. Bien sûr, même si ces choses sont dans le Coran, les masses musulmanes ne passent pas leur temps à les remuer; cela va au second plan derrière l'envie de vivre. Mais, les intégristes, eux, les font remonter par à-coups à la surface comme on fait remonter la vase quand ça touche trop le fond. En ce sens, les intégristes seraient les victimes de l'Oumma: elle les charge d'exprimer de temps à autre la violence fondamentale ou fondatrice, et ils s'y brûlent, ils se retrouvent sacrifiés, pour qu'elle puisse, elle, vaquer à ses occupations. Elle, comme d'autres, se doute bien qu'on ne peut pas confisquer des mots de la langue, que même le mot «Dieu», on ne peut pas se l'approprier.

Et pourtant, voici qu'un autre mot, synonyme du mot Diable, a été confisqué: à Durban, la mouvance intégriste s'est emparée du mot «raciste» pour l'assener sur la tête de ceux qu'elle hait; elle a même proclamé: «sioniste = raciste» et «un juif, une balle». C'est de mauvais augure; encore de quoi avoir peur. Mais faut-il vraiment?

D'abord, Israël peut se défendre et les Etats-Unis ne le lâcheront pas - non parce que c'est la base de leurs intérêts pétroliers, là ce serait plutôt l'Arabie, et sous peu... l'Afghanistan -, mais parce qu'ils partagent un Dieu, qui se laisse donc partager; ou plutôt parce qu'ils partagent un Livre (l'Ancien Testament compte plus dans ce grand pays protestant et libéral que dans la France catholique ou jacobine). La Bible donc, qui est d'ailleurs le premier grand manuel «sioniste»: le retour à Sion y est clamé une page sur deux. Remarquons que les pointages «religieux» reviennent souvent dans cette affaire, pour leur portée symbolique plutôt que dévote.

Ensuite, si le mot «raciste» est confisqué, ce n'est pas plus mal, il avancera plus vite vers son pourrissement naturel. Quand des gens haineux vous accusent d'être «raciste», on voit clairement qu'ils parlent à leur miroir, qu'ils «projettent» comme on dit. Il n'y a peut-être pas de «racistes», il n'y a que des haineux identitaires qui cherchent à faire l'appoint de leur faille ou de leur faillite en la comblant de leur haine, en faisant payer leur déficit à cet autre qu'ils dénoncent, qu'ils totalisent, qu'ils ligotent pour le sacrifier. Mais il est peu probable qu'Israël soit sacrifié. Son opinion publique, du reste, tout en soutenant Sharon, veut un Etat palestinien. Et cet Etat lui sera «imposé» pour que soient sauvées les apparences de la «justice». Mais justement, à trop vouloir gagner côté image et apparences, on perd. Les Palestiniens pensent gagner à la fois comme soldats de la libération et comme victimes qu'ils deviennent lorsqu'on les poursuit et qu'ils sont de simples civils. Et ils gagnent en apparence, mais ça ne leur rapporte rien. C'est que, en outre, ce qui dans le monde islamique oppose intégristes et modernistes en fait plutôt des alliés au Proche-Orient: contre Israël. C'est pourquoi Israël doit se coltiner les islamistes sous l'œil vigilant de ceux qui ailleurs les combattent.

Car, pour corser les choses, deux complexes identitaires se détachent dans le paysage et tentent d'imposer leurs «lectures» de l'Histoire. Le complexe de l'Oumma qui, en cas de crise, ameute contre les coupables: l'Amérique et Israël. Réflexe communautaire qui a son analogue du côté juif, mais marqué de peur pour la survie (la survie, problème que n'a pas l'Oumma). Or un autre «complexe» existe aussi contre Israël et l'Amérique, chez certains intellectuels, surtout de filiation juive: c'est de médire de ses origines pour prouver qu'on est libre vis-à-vis d'elles. Bien sûr, la preuve n'est pas probante puisqu'on doit compulsivement, quoi qu'il arrive, taper sur son origine (juive ou occidentale) pour donner aux autres des gages d'authenticité. Le plus curieux est que, souvent, cela leur fait retrouver les mêmes accents «justiciers» que les porte-parole orthodoxes de leur origine: ainsi leurs diatribes contre «les crimes d'Israël» rappellent étonnamment celles des prophètes hébreux. C'est que l'identité juive est faite pour se combattre elle-même, dans l'espoir de s'améliorer; en principe. Et plus certains de ses membres la rejettent, plus ils s'y trouvent engagés ou empêtrés. Même l'idée que, dans le massacre des Twin Towers, les Américains «y sont bien pour quelque chose» rappelle l'argument analogue que des rabbins orthodoxes ont proféré sur les victimes de la Shoah: elles ont dû «pécher» pour être ainsi «punies»... Or elles ont sûrement «péché», étant des êtres humains, mais cela justifiait-il ces «justiciers»? Les méfaits d'Israël et de l'Amérique sont indéniables. Mais sont-ils introuvables ailleurs? Et cela justifie-t-il leurs «justiciers»? Même s'ils se posent en «victimes», et malgré le culte de la victime, peuvent-ils vraiment «gagner»?

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Emile_Tubiana (Emile_Tubiana) le mercredi 06 septembre 2006 - 19h44:

Slim, ce nom fugure dans la liste des noms sefarads. Voici un link:

http://www.modia.org/infos/israel/nomsefarad.html

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Emile_Tubiana (Emile_Tubiana) le mercredi 06 septembre 2006 - 19h40:

SLIM, voici des traces.

The Ben-Shabbats are a prominent family in Pardes Hanna, where CWO Ben-Shabbat's father, Avraham, is the cantor at a local synagogue. As the eldest of nine children, Yaakov "was the dominant one in the family," a relative said. "He would be consulted about everything. He loved the family and always looked out for it. Yaakov was especially close to his three children and loved people indiscriminately, whether they were Jews or Arabs."

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Henri (Henri) le mercredi 06 septembre 2006 - 13h36:

Charles-Emmanuel Guerin,

Chalom lehka et merci.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Braham (Braham) le mercredi 06 septembre 2006 - 10h50:

Pour Slim
J'ai trouvé un site où il portait le titre de Imam Ibn Chabbat.

http://www.planetware.com/tozeur/the-oasis-tun-to-too.htm

En voici un extrait:
"... The water from the river and the artesian wells is channeled to the various land holdings within the oasis, in accordance with a complicated distribution system which still follows the ancient rules, through an intricate network of little open channels known as seguias. The regulations on the distribution were originally laid down by - I m a m - I b n- C h a b b a t - (d. 1282 in Tozeur) in a book written in the middle of the 13th century. Under this system each holding of land, depending on its situation, size and time of irrigation (morning, evening, etc.), is assigned a particular unit of time (khaddous), during which it is supplied with water through the seguias, all of which are of the same size..."

Peut etre que son nom designe une origine juive?

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Mena (Mena) le mercredi 06 septembre 2006 - 06h45:

Quelques jours en enfer (2ème et dernière partie) (info # 010509/6) [Analyse]

Par Charles-Emmanuel Guérin © Metula News Agency



De retour à Kiriat Shmona, je constatai que de nouvelles salves s’y étaient abattues. Pendant que je prenais des photos, d’autres Katiouchas sont tombées sur la ville et alentour. N’y connaissant personne, je ne savais pas où se trouvaient les abris. Je me suis protégé dans un garage de pierre, « c’est mieux que rien », ai-je pensé.



Les éclats ont touché trois maisons, détruisant fenêtres et volets, et ils auraient été mortels, si quelqu’un s’était trouvé à proximité des ouvertures. La voiture est perforée. Les éclats ont percé la carrosserie avec plus de force de pénétration qu’une balle de fusil-mitrailleur.


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Une berline modèle Passoire

Photo Charles-Emmanuel Guérin © Charles-Emmanuel Guérin




Je vous livre mes impressions telles quelles. N’étant pas photographe-reporter professionnel, vous me pardonnerez, je l’espère, l’absence d’images « croustillantes » et sanglantes. En fait, je n’ai pas eu le réflexe de déclencher mon obturateur lorsque j’y fus confronté. Cela ne m’empêche en aucune manière de témoigner de ce que j’ai vu et vécu sous les bombardements.



Le déséquilibre dans les médias est tel, que la plupart des Français n’ont pas réalisé à quel point il y avait aussi des morts et des dégâts en Israël. Dans la presse écrite et audiovisuelle, les reportages ont essentiellement exhibé les destructions au Liban et les souffrances, certes réelles, des Libanais. Il y eut bien quelques images furtives des bombardements en Israël et des dommages, mais rien ne fut équilibré. Ce traitement biaisé de l’information fut à nouveau choquant !



Le samedi 5 août, j’arrive enfin à joindre Stéphane Juffa, qui m’avise que l’interdiction sera levée le lendemain. Le 6 août 2006, donc, j’entre enfin dans Metula. Beaucoup de chars sont encore présents et il y a une grosse concentration de troupes. La chaussée est déformée par le passage des chenilles des blindés. Une partie de l’artillerie s’est installée sur les hauteurs de la petite ville, ce qui est à la fois logique et stratégique. A gauche devant moi : Kfar Kileh, l’un des bastions du Hezbollah, très proche de Metula – on voit très bien cette cité depuis les locaux de la Mena –, à moins de 800 mètres, où des combats ont lieu le jour de ma venue.



Ce même jour, Juffa m’informe que deux journalistes désirent venir lui rendre visite pour l’interviewer. Il s’agit de deux journalistes français de France Info. La matinée de ce dimanche est ponctuée d’alertes. Il faut se rendre dans l’abri plusieurs fois dans la même heure. En fin de matinée, mon hôte décroche son téléphone. Ce sont les journalistes qu’il attend. Ils viennent de franchir Kiriat Shmona sous le feu des Katiouchas, et, en approchant de Metula, ils ont constaté que la situation était identique à celle que j’ai décrite : alertes et explosions assourdissantes. Ils avertissent Stéphane de leur intention de faire demi-tour. Mais comme le dit Madame Juffa, c’est « la roulette russe de rouler sous les missiles ». Refaire le trajet jusqu’à Kiriat Shmona et traverser la ville était vraiment trop dangereux, aussi, le barreur de la Mena persuade ses collègues de la radio de poursuivre jusqu’à sa rédaction, et les calme en leur parlant continuellement sur leur téléphone cellulaire.



Mais soudain un autre tir, et c’est le blocage, et ils refusent de bouger. L’immobilisation qu’il suscite les expose plus encore aux tirs du Hezbollah. Je propose alors, par l’intermédiaire de Juffa, d’aller à leur rencontre. Rassurés, ils acceptent et se mettent à rouler jusqu’à l’entrée de Metula où je les prends en charge.



C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Valérie et de Gilles. Celui-ci me dit que cela n’est même pas comparable à l’Irak, qu’il a pourtant déjà couvert, mais qu’ici c’est pire ! Quant à Valérie, c’est son baptême du feu. Ils me suivent en voiture jusqu’à la Mena. Nous sommes attendus à l’entrée de la résidence et des locaux par le boss, qui nous presse de rejoindre l’abri de l’agence car une nouvelle alerte radar vient d’être déclenchée. Valérie et Gilles ont eu, durant les quelques mètres à franchir jusqu’à l’intérieur de la résidence, l’occasion d’entendre, pour la deuxième fois de leur journée, et en l’espace de quelques minutes, le souffle et le sifflement particulier d’une roquette Katioucha qui expose. Cette dernière ne nous a manqués que de quelques mètres. Nous nous retrouvons pris dans une zone de guerre, en plein duel d’artillerie : Katiouchas d’un côté et obus israéliens de l’autre. Plusieurs fois, les journalistes ont posé la question de savoir comment il est possible de vivre dans ces conditions infernales aussi longtemps. La réponse de Stéphane Juffa fut simple… « On s’habitue » !



Les journalistes sont installés dans l’abri. Ils sont là depuis moins d’une heure et, tandis qu’ils questionnent Stéphane dans le cadre de leur interview, le téléphone sonne à nouveau. C’est pour Sarah, la maîtresse de maison. Son service vient de l’appeler. Sarah est infirmière urgentiste dans le petit hôpital de Kiriat Shmona et cela ne fait que deux heures qu’elle a fini son quart de huit heures de médecine de guerre, et qu’elle a affronté les onze kilomètres de tous les dangers, qui séparent Kiriat Shmona de Metula, pour rentrer chez elle. Elle décide cependant qu’elle doit retourner travailler. Elle nous confie, avant de partir : « il y a beaucoup de blessés à l’hôpital, et des morts ».



Son mari juge que le risque est trop important. Ils parlent en hébreu, langue que je ne comprends pas, mais je saisis au ton de sa voix qu’elle lui répond qu’elle DOIT y aller. Stéphane Juffa, occupé avec collègues, me demande si je veux bien la conduire. Bien sûr ! Sarah est prête, nous partons. Dehors, c’est toujours les alertes et le bruit des bombes. Nous roulons vers la sortie de Metula. Plus de feu tricolore ni de stop, pas de sens interdit, pas de limitation de vitesse, la police… elle a autre chose à faire en ces journées difficiles !



Sarah me demande d’accélérer, car à l’hôpital, ils l’attendent. Nous approchons de Kiriat Shmona. Tout le trajet est accompagné de détonations, partout, n’importe où et en même temps. C’est stressant. On parvient à toute vitesse aux abords de Kiriat Shmona mais avant de voir la ville, la route est envahie par la fumée. Les roquettes tombent dans les bois. Il fait chaud en cette période et tout est sec. Les pins brûlent, la route fume, Kiriat Shmona étouffe. Pas de voitures, nous sommes seuls sur la chaussée.



Un barrage de police et de militaires interdit le passage. Sarah sort sa carte, son badge d’urgentiste. Le militaire ne nous regarde même pas. Il nous dit de partir, que les roquettes tombent sur la ville et qu’il y a des morts. Il espère nous dissuader de poursuivre. C’est mal connaître Sarah qui donne de la voix. Le militaire regarde une fois encore la carte collée au pare-brise de la voiture et nous lance « Ok ». Nous entrons dans la ville prise entre le feu des roquettes, l’agitation des ambulances et le brouhaha des sirènes. Des feux sévissent en plusieurs endroits, à l’intérieur des murs. Sarah me guide jusqu’à l’entrée des urgences, que nous atteignons après quelques détours. Il y a des ambulances, des infirmiers et des médecins qui s’agitent dans la salle principale. Dehors, des secouristes du Magen David Adom lavent l’intérieur des voitures et les brancards.



Ma passagère m’enjoint de l’accompagner à l’intérieur car je ne peux pas repartir. Les Katiouchas pleuvent plus que jamais. Tout le monde bouge, tout va très vite, il y a du bruit, des pleurs, des hommes crient des directives, et, subitement, je réalise ce qui se passe. Je vois des hommes, des blessés sur les tables et je vois le sol. Le personnel soignant est couvert de sang, les tables, les draps sont couverts de sang et sur le sol, il y a des flaques de sang. Des mares des sang. J’avais déjà vu des blessés, des morts, mais là, j’ai vu une salle d’urgence qui vient de recevoir les blessés de Kiriat Shmona et les soldats de Kfar Giladi. Parmi eux, un des militaires est mort non loin de moi. Sarah Juffa m’annonce qu’il avait à peine vingt ans. Il a reçu un éclat de Katioucha sous le bras droit. Un éclat d’au moins 20 centimètres qui est entré dans son poumon. Une blessure qui l’empêchait de respirer. Il est mort, là !



Ce militaire campait à l’entrée du Kibboutz de Kfar Giladi. Une roquette a explosé sur un stock de munitions israéliennes, tuant sur le coup 10 soldats. Les autres ont été transportés à l’hôpital de Kiriat Shmona puis transférés à Haïfa, comme la plupart des blessés graves. Dans la salle des urgences et dans les couloirs, outre des militaires intoxiqués par la fumée des incendies, j’ai aussi vu un bébé en état de choc, trempé de peur et de pleurs dans les bras de sa mère.



Je suis resté immobile, regardant autour de moi, et une fois que j’eus repris le contrôle de mes émotions, j’ai vu des professionnels, des professionnels humains, compétents et gentils. On m’a demandé si j’allais bien, si je voulais un verre d’eau. Je suis resté à peu près deux heures dans l’hôpital. Pour éviter que je ne gêne les soignants dans leur travail, un médecin m’a installé dans une salle avec télévision, eau, café et j’ai mangé un sandwich. Je suis parti quand l’alerte est tombée et j’ai regagné Metula.



Quand je suis revenu à l’agence, les journalistes et Stéphane étaient encore dans l’abri. J’ai juste poussé un peu la porte et Stéphane a instantanément compris que je venais de voir… des choses. On n’a pas envie de parler après ça. Boire une bière oui, mais parler non. Le soir, à la télévision, France 2 n’a pas même fait état de ce drame.




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Fragment de Katioucha récupéré sur un site à Tsfat (8 cm de long sur 5 cm sur de large).

On constate que cet éclat est constitué de métal pré-fragmenté par quadrillage, ce qui augmente l’effet de dispersion et donc de létalité

Photo Charles-Emmanuel Guérin © Charles-Emmanuel Guérin




Pas de politique dans ce récit. Seulement un témoignage du quotidien de la guerre. Mais je ne peux m’empêcher d’exprimer mon écœurement face au déséquilibre de l’information par nos médias durant ce conflit. La France et l’Europe ne réalisent pas à quel point nous sommes redevables à Israël de lutter contre l’hégémonisme islamiste. L’autocensure et la désinformation promettent encore de beaux jours au terrorisme islamiste. Grâce à nos médias, la victimisation des terroristes et l’amalgame entre le mort civil et le combattant terroriste, encouragent le Hezbollah, le Hamas, Bechar Al Assad et Ahmadinejad à sacrifier les leurs pour culpabiliser l’Occident.




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Diverses brigades de Tsahal avaient installé leur Q.G dans les maisons délaissées autour de la Ména. Les soldats volaient, chaque fois que c’était possible, quelques précieuses minutes de sommeil

Photo Sébastien Machiels © Menapress






Et Israël va encore devoir se défendre.







Post scriptum : Un très grand merci à Sarah et à Stéphane Juffa pour leur accueil.



Et aussi toute ma considération et mon admiration pour leur courage. A Sarah pour aller travailler sous les roquettes et à Stéphane pour être resté à Metula, et pour avoir couvert le conflit depuis les locaux de la Mena, au front et sous les Katiouchas, lorsque ça n’était pas en reportage sur le terrain.



Chapeau bas !

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Slim (Slim) le mercredi 06 septembre 2006 - 03h25:

Une question pour changer de sujet:

L'oasis de Tozeur qui compte plus de 200000 palmiers a un system d'irrigation qui a ete developer au 13eme siecle par un poete et mathematicien dont le nom est Ibn Chabbat (Ben Chabbat). Serait-il juif Tunisien?

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Michka (Michka) le mardi 05 septembre 2006 - 23h52:

A ne pas manquer, les interventions d'Anne-Marie Delcambre sur RockIk.com.

http://www.libertyvox.com/files/RocKIK_AnneMarieDelcambre_060828.mp3

Anne-Marie Delcambre. Docteur d'Etat en droit, docteur en civilisation islamique, professeur d'arabe au lycée Louis-le-Grand à Paris.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Shalom (Shalom) le mardi 05 septembre 2006 - 21h46:

Enfin! Apres une semaine de manque,Harissa revient sur les ordinateurs de "Freenaute" , grâce à la percévérance de MEYER.

Je ne pensé pas que nous etions si accro que ça de Harissa. Il manquait quelque chose.

Merci encore à Meyer.

Shalom

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Meyer (Meyer) le mardi 05 septembre 2006 - 20h19:

LES FREENAUTES, LE RETOUR


après huit jours de manque.