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Discus: ADRA : LES COMMENTAIRES D'HARISSA: Commentaires 2006: Commentaires Mai 2006: Archive jusqu'au 30/mai/2006-1
Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Citron (Citron) le lundi 29 mai 2006 - 20h30:

Pèlerinage de la Ghriba 2006 : Un hymne à la tolérance

Le pèlerinage de la Ghriba de la communauté juive pour l’année 2006 s’est déroulé dans d’excellentes conditions avec la présence de quelque 3.500 pèlerins. Alors que sous d’autres cieux, la religion est un facteur de division, la Ghriba continue à démontrer à tout le monde que toutes les communautés, quelle que soit leur confession, peuvent vivre ensemble en toute quiétude dès lors que chacun se respecte et respecte l’autre. A méditer….


Comme ses prédécesseurs à ce poste, M. Tijani Haddad, ministre du Tourisme, a eu droit à un bain de foule avec cris et youyous à son arrivée à la synagogue de la Ghriba, haut lieu du pèlerinage (depuis près de 2.500 ans) de la communauté juive. Un bain de foule à travers lequel ses acteurs affirment et réitèrent toute leur gratitude au représentant du Président Ben Ali pour cette politique, cet appui constant et ces sincères sentiments envers la communauté juive de Tunisie. Et au milieu de ce bain de foule, où il est accompagné par le Gouverneur de Médenine, M. Kamel Ben Ali, le Ministre ne peut que se réjouir de voir autant de gens témoigner au reste du monde que la Tunisie est et restera un carrefour de civilisations où toutes les communautés, quelle que soit leur confession, peuvent vivre en paix et sans escarmouches.

C’est une réalité de notre pays qui fait partie de ses constantes nationales et qui gagnerait à en contaminer d’autres. “ La religion qui nous sépare doit être le lien qui nous unit, “déclare dans ce sens le Grand Rabbin de Tunisie. Que chacun ait sa religion et que l’on travaille tous la main dans la main dans l’intérêt de notre pays ”.

La Ghriba (signifiant “L’étrangère”, est une légende. C’était une femme pétrie d’amour et de sainteté, et dont le miracle qu’elle a vécu, en sortant indemne d’un incendie dévastateur, symbolise le triomphe de l’esprit et de l’amour sur les instincts destructeurs. Ce sont les réfugiés de la première vague qui ont trouvé refuge sur cette terre et qui ont érigé ce sanctuaire de l’espoir et de la fraternité pour éterniser le miracle de la Ghriba. En rappelant cette légende au début de son allocution, M. Tijani Haddad ne pouvait mieux transmettre le message : il faut éterniser ce miracle où l’esprit et l’amour triomphent de la destruction.

Pour la Tunisie, ce miracle est une réalité palpable au quotidien et est rappelée au moins une fois par an à l’occasion de ce pèlerinage. La communauté juive tunisienne ne le sait que trop et, loin d’être ingrate, réitère chaque année ses remerciements au Président Zine El Abidine Ben Ali “ pour sa politique et son respect des Droits de l’Homme, qui a fait de la Tunisie un pays respecté partout dans le monde pour ces valeurs ”, a déclaré le Grand Rabbin.

Loin des micros, des youyous et des slogans à la gloire du Président, les pèlerins témoignent : “C’est la première fois que je viens à Djerba, et je suis impressionnée par l’accueil qui nous a été réservé et par le respect voué à notre religion. Je croyais à tort qu’il n’y avait et qu’il n’y avait eu que des Musulmans en Tunisie ”, déclare cette quinquagénaire française, encore plus surprise quand elle apprend que la synagogue date de 2500 ans, bien avant l’arrivée de l’Islam dans le pays.

Et l’Islam en Tunisie n’a chassé ni les autres religions ni leurs adeptes. “ La Tunisie reste un pays du dialogue des civilisations, du dialogue des religions ”, rappelle le ministre du Tourisme, indiquant que cette richesse culturelle diversifiée, avec une histoire plusieurs fois millénaire, “ fait de la Tunisie une terre de prédilection de nobles valeurs de solidarité, d’entraide, de compréhension entre les personnes et les cultures et plus encore entre les religions ”. C’est le message du Président de la République, qui a initié la création de la chaire Ben Ali de dialogue des cultures et des religions, rappelle encore M. Haddad avant de clore son allocution par un autre message du Chef de l’Etat quand il a déclaré que la “ Tunisie restera, comme elle l’a toujours été depuis des millénaires, un pays de tolérance, de fraternité et de concorde dans lequel coexistent, dans la sécurité et la quiétude, les trois religions révélées. ”

Un autre pèlerin, au fait de la chose politique en Tunisie, n’a pas manqué de rappeler la nomination, sur la liste du Chef de l’Etat, d’un Conseiller issu de la communauté juive tunisienne à la Chambre des Conseillers, ou encore l’accueil bienveillant réservé à l’ancien ministre israélien des Affaires étrangères, en novembre dernier, M. Sylvain Shalom (originaire de Gabès) lors de sa participation au Sommet Mondial sur la Société de l’Information, organisé par l’ONU en Tunisie.

Cette politique a porté depuis longtemps ses fruits, et les pèlerins de la Ghriba ne peuvent qu’en témoigner. Invité de marque de cette année, le député français Pierre Lelouche a visité une école et il semble avoir été surpris de découvrir des enfants juifs et musulmans jouant ensemble. Ce qui pourrait sembler impossible ailleurs se trouve être une réalité banale en Tunisie. “ Sur 1,5 milliard de Musulmans dans le monde, c’est la petite Tunisie qui donne l’exemple de l’égalité des droits entre hommes et femmes, de la tolérance et du droit à l’éducation à tous, déclare-t-il, faisant remarquer que bien avant la France, la Tunisie a déjà interdit les signes religieux à l’école afin d’affirmer au mieux cette égalité des droits. Et de témoigner : “ Vous êtes la preuve que la paix est tout à fait possible entre Juifs et Musulmans ”.

Le député ne sera pas le seul à témoigner de cette politique puisque le pèlerinage de 2006 a été couvert par quelques dizaines de journalistes venus de l’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie.

Les mêmes témoignages seront réitérés le soir, après le rite du pèlerinage, à la synagogue quand M. Tijani Haddad s’est rendu, toujours accompagné par M. Kamel Ben Ali, dans trois hôtels de l’île où l’on organisait des soirées spéciales à l’occasion de la Ghriba 2006. M. Haddad voulait s’assurer de lui-même des conditions d’accueil réservées aux 3.500 pèlerins. Et là où il allait, on tenait à l’applaudir, à le remercier, à lui demander de remercier le Chef de l’Etat et de lui transmettre leurs sentiments de gratitude. A Djerba, en ce 17 mai, l’ambiance était à son top, les chansons juives se mêlaient aux chansons tunisiennes d’antan, on riait, on dansait, on criait et on se bousculait pour poser aux côtés du “ charmant jeune ministre ” (dixit une jeune touriste juive). C’est ainsi que l’on vit à Djerba. C’est ainsi que l’on vit en Tunisie et on est bien loin des images de haine véhicules par les satellites.



Nizar Bahloul

redaction@realites.com.tn

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Citron (Citron) le lundi 29 mai 2006 - 20h25:

Nous et les Juifs. Par Zyed Krichen

En l’espace de quelques semaines, deux évènements ont marqué, de manière très différenciée, le rapport des Tunisiens de tradition musulmane avec la présence juive dans notre pays.

Le premier était la réaction antisémite de quelques étudiants à l’occasion du don de feu Paul Sebag d’une partie de sa bibliothèque à la Faculté des Lettres de la Manouba (il y a de cela quelques semaines). Le second est la kermesse habituelle qui a accompagné l’accomplissement du pélerinage à la Grande Sinagogue de La Ghriba. Plus de 3500 pélerins se sont sentis chez eux. Certains, parmi les novices; ont été agréablement émus par la chaleur de l’accueil qui leur a été réservé tant au niveau des autorités publiques que des simples citoyens...

Faut-il s’alarmer de la réaction raciste des jeunes de la Manouba ou ne mettre en exergue que la convivialité de Djerba?

La question est complexe et sa discussion est difficile car elle relève chez les uns et les autres du domaine de l’affect pur...

L’antisémitisme moderne est une production européenne (ne chicanons pas sur les mots, les Arabes sont certes sémites, mais l’antisémitisme est historiquement lié exclusivement aux Juifs). Il a vu le jour au 19ème siècle dans les franges les plus extrêmes de la droite chrétienne. Il s’est développé ensuite dans une idéologie qui n’a plus rien de chrétien qu’est le national-socialisme et a donné naissance à une tragédie sans précédent dans l’histoire de l’humanité : la planification de l’extermination d’un peuple.

Ce sont des faits historiquement avérés qui rendent d’autant plus ridicules ceux qui les nient sous prétexte que le sionisme a instrumentalisé la tragédie juive pour spolier un peuple de sa terre.

Aucune idéologie ou doctrine similaire au nazisme n’a vu le jour dans toute l’histoire de l’Islam. Pour l’essentiel les Juifs ont vécu en paix de l’Andalousie à l’Asie centrale. Ils avaient le statut de “protégés” (Dhimmis). Cela ne veut pas pour autant qu’ils n’ont pas connu d’exactions ou qu’ils n’étaient pas parfois l’objet d’un mépris condescendant... Seulement tous les Tunisiens qui ont des souvenirs remontant avant la création de l’Etat d’Israël et même à la Guerre des six jours de 1967 ne retiennent que la convivialité et la fraternité réelles entre les familles juives et musulmanes de la Tunisie... Cela veut dire aussi qu’après les migrations massives des Juifs (de près de 100.000 au 19ème siècle à peine 3.000 aujourd’hui), les jeunes générations de Tunisiens ne connaissent les Juifs qu’à travers le prisme d’Israël et de l’injustice historique subie par les Palestiniens depuis près de soixante ans...

Il faut reconnaître à l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) du grand disparu Arafat le mérite d’enraciner dans la conscience des générations d’Arabes la différence entre judaïsme et sionisme. Les Juifs sont nos frères, mais les sionistes sont nos ennemis.

En d’autres termes, un être humain ne peut pas être disqualifié par sa religion ou sa culture maternelle (le racisme n’est pas autre chose que cela) par contre une opinion politique ou une idéologie peuvent être exécrables.

Mais il faut reconnaître que la culture politique de nombreux jeunes Arabes et Tunisiens d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec l’idéal humaniste et laïque de l’OLP des années 70. Cette culture régresse même en terre de Palestine où les tenants de la guerre religieuse viennent de l’emporter lors des dernières législatives.

Du coup, pour nombre de nos concitoyens, Juif, sioniste ou Israélien, c’est du pareil au même. Sauf si on trouve un Juif qui nie l’existence de son peuple et qui considère l’Etat d’Israël comme absolument illégitime. Ce Juif-là seulement —parce qu’il a renoncé à l’être— trouve grâce à leurs yeux.

Il est difficile de savoir raison garder face à l’intolérable et à l’inique. Nul ne peut reprocher à un peuple spolié des réactions extrêmes dues à la colère du désespoir.

Il est, aussi, difficile de savoir garder son discernement quand de plus en plus d’intellectuels arabes et juifs se réfugient dans des postures communautaires et se détournent de l’universel.

Tous les Arabes et Musulmans deviennent ainsi de dangereux fanatiques qui ne rêvent que d‘un nouvel Holocauste (Notez que les récentes déclarations du Président iranien tombent à pic...) et les Juifs deviennent les ennemis irréductibles de la Nation arabe...

Heureusement que les gens simples demeurent peu sensibles à ces discours de haine. La joie des retrouvailles naturelles de Djerba le confirme. Mais accepter, ou même excuser, le discours raciste sous prétexte qu’il défend une cause juste, c’est accepter de perdre notre âme et renier le legs de nos parents.



Zyed Krichen

redaction@realites.com.tn

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Pauline (Pauline) le lundi 29 mai 2006 - 19h53:

La "Tribu KA" déclare la guerre à la LDJ et au Bétar

NOUVELOBS.COM

Le très controversé groupe de défense des droits des noirs a défilé dimanche rue des Rosiers, réclamant que lui soient livrés les membres de groupes extrémistes juifs. Une plainte a été déposée.

Une plainte a été déposée lundi 29 mai à la suite d'une "descente" du groupe "kémite" controversé la Tribu KA, militant pour les droits de noirs, visant des membres de la Ligue de défense juive (LDH) et le Bétar, deux groupes extrémistes juifs accusés de violences.
Habillés de noir, une vingtaine de militants de la Tribu KA ont fait irruption rue des Rosiers, au cœur du quartier juif dans le IVe arrondissement de Paris, suscitant l'émoi dans la communauté.
Cette "descente" est la seconde de ces militants, accusés par certains d'extrémisme, à l'encontre de la LDJ et du Bétar, à qui la Tribu KA reproche d'avoir "ratonné des noirs" en marge de la manifestation à la mémoire d'Ilan Halimi.
Sur son site, le groupe revendique s'être déjà rendu il y a quelques semaines dans une salle de sport parisienne dans laquelle s'entraîneraient selon lui les groupes extrémistes. Arrivés dans la salle d'arts martiaux juive "Krav-Maga", les militants de la Tribu KA n'avaient trouvé aucun membre de la LDJ ou du Bétar mais avaient formulé une véritable "déclaration de guerre" à l'encontre de ces groupuscules.

Déclaration de guerre

"Nous irons vous chercher là où il faudra, multipliant si besoin est, et le temps qu'il faille, rondes et filatures", avertissait ainsi la Tribu KA sur son site internet. "Vous avez voulu la guerre, vous l'avez, de surcroît face à des gens qui veulent vous karchériser".
Les militants de la cause noire semblent donc avoir mis leur menace à exécution dimanche en faisant irruption rue des Rosiers vers 17h00.
Selon Sammy Ghozlan, du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNCVA), les manifestants portaient des battes de base-ball et criaient des slogans antisémites. Des affirmations cependant contredites par la police qui, rapidement sur place, a pu contrôler l'identité des militants présents et qui n'a retrouvé aucune arme. Selon plusieurs témoignages, les membres de la Tribu KA scandaient des slogans réclamant que leurs soient livrés des responsables de la LDJ et du Bétar.
Fortement controversée, et parfois accusée de racisme, la Tribu KA est un groupe ethnico-religieux se réclamant du peuple kémite et dirigé par Kémi Séba.
Critiquée pour les méthodes "dures" qu'elle préconise, elle est entrée en conflit ouvert avec les groupes extrémistes juifs suite à la manifestation parisienne à la mémoire d'Ilan Halimi. Celle-ci avait été émaillée de plusieurs incidents et violences à l'encontre de personnes d'origine maghrébine ou africaine.
La Ligue de Défense juive et le Bétar sont également considérés comme des groupes extrémistes violents militant pour la cause juive et la défense d'Israël.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Suggest1 (Suggest1) le lundi 29 mai 2006 - 19h13:

Message: traité de philo juive

Le "Da Vinci Code" et les Juifs:

http://www.lamed.fr/societe/arts/1941.asp (klic klic)

suggest.1

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Victor (Victor) le lundi 29 mai 2006 - 16h16:

Edito du Monde
Le pape à Auschwitz
LE MONDE | 29.05.06

Un pape allemand s'est rendu, dimanche 28 mai, à Auschwitz, vingt-sept ans après un pape polonais. Cet événement souligne l'extraordinaire coïncidence survenue il y a un peu plus d'un an : deux papes se sont succédé à la tête de l'Eglise, venus de deux pays aux prises avec l'histoire européenne la plus tragique. Jean Paul II, avant sa mort, et Benoît XVI, par sa première visite en Pologne, ont incarné une volonté de réconciliation entre l'Allemagne et son voisin polonais qui est loin d'être aboutie et reste sous la menace des intégrismes et dérives nationalistes.

A Auschwitz, Benoît XVI a su trouver les mots pour décrire l'épouvante du lieu, s'interroger, après Wiesel, Levinas et tant d'autres, sur le "silence de Dieu" devant cet holocauste moderne et rappeler la tentative d'extermination du peuple juif. Cette visite au camp de la mort est un acte de mémoire et un avertissement devant les dangers que courent l'Europe et le monde d'un retour à une "époque de ténèbres". Pourtant, le discours qu'il a prononcé provoque un malaise. Si, pour les juifs, le nom d'Auschwitz est le symbole de la "solution finale", pour les Polonais, il reste celui d'une guerre qui a englouti 6 millions des leurs, "un cinquième de la nation", comme avait dit Jean Paul II en 1979. Des chiffres qu'a repris, sans examen, Benoît XVI, qui, pas plus que son prédécesseur, n'a précisé que 3 millions de ces victimes étaient des juifs.

En mettant le projet d'extermination sur le seul compte d'un "groupe de criminels" nazis, le pape a aussi donné le sentiment d'exonérer de toute responsabilité le peuple allemand, ce que plus aucun historien ne peut tolérer. Enfin, en évoquant les seuls noms de Maximilien Kolbe, franciscain polonais mort héroïquement à Auschwitz (après une jeunesse antisémite), et d'Edith Stein, juive allemande convertie, tous deux canonisés par Jean Paul II, le pape Ratzinger donne des arguments à ceux qui pensent que l'Eglise n'a toujours pas rompu avec cette sorte d'"annexion chrétienne" de la Shoah. Cette critique avait atteint son apogée quand Jean Paul II, en 1979, avait fait d'Auschwitz le "Golgotha du monde contemporain" et que des carmélites polonaises s'étaient installées pour prier dans un camp de la mort où seul s'impose le silence.

En franchissant le seuil de la synagogue à Rome (1987), en allant "faire repentance" à Jérusalem (2000), Jean Paul II a fortement contribué au rapprochement entre juifs et chrétiens. Mais perdure au sommet de l'Eglise la difficulté à reconnaître la spécificité de la Shoah, le sens absolument singulier qu'elle revêt pour les juifs du monde entier. A la différence de son prédécesseur, Benoît XVI a prononcé le mot "Shoah", mais ce nouveau pape a développé une vision philosophique plutôt qu'historique de la Shoah qui risque de décevoir nombre de ses partenaires de dialogue juifs.

Article paru dans l'édition du 30.05.06

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-777199,0.html

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Viviane (Viviane) le lundi 29 mai 2006 - 10h03:

L'aquarelle de la présentation du site est magnifique de délicatesse et de légèreté. Peut-on en connaître l'auteur ? Viviane.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Kinor (Kinor) le lundi 29 mai 2006 - 09h30:

Toutes mes félicitations a mon ami Albert .
longue vie , joie santé et réussite pour le bébé et ses parents.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Mena (Mena) le lundi 29 mai 2006 - 09h27:

Breaking : descente de trente illuminés antisémites de la « Tribu KA » dans la Rue des Rosiers (info # 012905/6) [Breaking news]
© Metula News Agency



Paris, minuit vingt, heure locale, lundi, soit 1h 20 à Métula. Par l’un des correspondants officiels de la Ména dans la capitale française.



Hier dimanche, à 17 heures 30, trente membres d’une secte noire qui appelle ouvertement à la violence antisémite, la « Tribu KA », ont débarqué dans la Rue des Rosiers, le cœur du quartier juif de Paris, armés de battes de base-ball et autres objets contondants.



Pendant vingt minutes, ils ont arpenté la rue en intimidant les passants, et en appelant à la bagarre : « où est le Bétar ? Que les Juifs viennent se battre s’ils l’osent ! ».



Les Juifs de la Rue des Rosiers n’ont, naturellement, pas de milice privée à leur disposition et n’étaient pas en état de répondre à ces provocations. La police en uniforme, appelée rapidement, est apparue vingt minutes après le début de l’événement. La « tribu » – courageuse, mais pas téméraire – s’est alors esquivée.



Les commerçants ont reproché aux policiers la lenteur de leur intervention. Ces reproches ont pris un tour plus accusateur lorsqu’un officier de police a maladroitement affirmé : « nous savions qu’ils allaient venir – et de fait, cela avait été annoncé sur le site Internet de la « tribu » – mais nous avions instruction d’en haut de ne pas intervenir ». La communauté de la Rue des Rosiers, craignant d’être mal protégée par la police, est alors entrée en effervescence et commençait à parler d’organiser ses propres milices.



La Ména, qui a suivi toute l’histoire sur place et a pu se renseigner dans les services de police ainsi qu’au plus haut niveau de l’Etat, est en mesure d’apporter les précisions suivantes, plutôt rassurantes sur le comportement de la police française :



1) Si la police en uniforme a tardé à apparaître, les renseignements généraux étaient, eux, sur place dès le début des intimidations des illuminés. Ils ont pris des photos et rassemblé méthodiquement des preuves contre les membres de la « tribu ».



2) A l’heure tardive où j’écris, soit cinq heures après les événements, douze membres de la « tribu » ont été interpellés. Les renseignements généraux les ont suivis après qu’ils ont quittés la rue des Rosiers. Ils ont attendu qu’ils se dispersent, et la police a cueilli individuellement près de la moitié des membres de la manifestation. La plupart – et peut-être tous – seront relâchés après quelques heures, mais ils savent au moins que leur identité est connue et qu’ils sont suivis.



3) L’officier qui avait prétendu avoir « instruction d’en haut de ne pas intervenir » a parlé par pure forfanterie, pour faire oublier sa propre lenteur. Au contraire, le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, informé en temps réel par les services de police, a personnellement appelé le préfet de police pour demander le renforcement de la protection policière dans la Rue des Rosiers.



Note aux cinglés de la « Tribu Ka » : vous auriez dû vous méfier, l’Etat français est encore assez compétent pour savoir fort bien ce que trament une trentaine de faux « descendants des Pharaons », authentiques racistes anti-blancs et antisémites, et brutes épaisses patentées. Et il est – pour l’instant au moins – déterminé à ne pas les laisser faire.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Claudia (Claudia) le lundi 29 mai 2006 - 08h17:

A Auschwitz, Benoît XVI s'interroge sur le silence divin


par Philip Pullella et Natalia Reiter

AUSCHWITZ, Pologne - Le pape Benoît XVI, chef de l'Eglise catholique et "fils de l'Allemagne", a achevé dimanche son voyage en Pologne par une visite à Auschwitz où il s'est interrogé sur le silence de Dieu alors que périssaient un million et demi de personnes, en majorité des juifs.

Après avoir franchi les grilles du camp surmontées de la devise "Arbeit macht frei" (le travail rend libre), Benoît XVI s'est recueilli devant les baraquements en briques rouges.

Il a allumé une bougie devant le principal mur d'exécution avant de saluer 32 survivants du camps, tous couverts de foulards rayés bleu et blanc, couleurs de la tenue des prisonniers.

De nombreux rescapés polonais catholiques ont baisé l'anneau papal. Benoît XVI a même embrassé sur les deux joues le juif allemand Henryk Mandelbaum.

Après Auschwitz, le souverain pontife a visité un centre catholique pour le dialogue et la prière établi à proximité du camp.

Il s'est ensuite rendu à Birkenau, la seconde partie du complexe, où les Juifs acheminés par trains de toute l'Europe étaient envoyés dans les chambres à gaz.

Là, le Saint Père a jugé presque impossible de s'exprimer dans "ce lieu d'horreur", encore plus en tant que pape allemand.

"Dans un endroit tel que celui-ci, les mots manquent. A la fin, il ne peut y avoir qu'un terrifiant silence - un silence qui est en fait un cri du coeur adressé à Dieu: Pourquoi, Seigneur, êtes-vous resté silencieux? Comment avez-vous pu tolérer tout cela?", a-t-il déclaré en italien.

"Notre silence devient ensuite un appel au pardon et à la réconciliation, un appel au Dieu vivant pour que cela ne se reproduise plus jamais."

Les hommes ne peuvent "déchiffrer les plans mystérieux de Dieu" pour comprendre tant de mal, mais seulement "crier vers le Seigneur, humblement mais avec insistance 'Réveille toi! N'oublie pas l'homme, ta créature!", a déclaré le pape.

CULPABILITE ALLEMANDE

La visite d'un pape dans ce camp de la mort ne peut pas ne pas soulever les délicates questions des relations judéo-chrétiennes et de la culpabilité allemande.

Mais l'événement revêt une signification particulière du fait que Benoît XVI, âgé de 79 ans, est un Allemand qui a été enrôlé contre son gré dans les jeunesses hitlériennes et, à la fin de la guerre, dans une unité de défense anti-aérienne.

Le cardinal Joseph Ratzinger, qui s'est déjà rendu à Auschwitz en 1979 avec Jean Paul II et, l'année suivante, avec d'autres évêques allemands, a confié que la brutalité du régime nazi avait pesé sur sa décision de devenir prêtre.

"Jean Paul II s'est rendu à Auschwitz en tant que fils du peuple polonais et Benoît XVI y va en tant que fils du peuple allemand", a déclaré samedi à des journaliste Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Vatican.

Il a souligné que le pape avait insisté pour se rendre à Auschwitz dans le cadre de son voyage de quatre jours en Pologne, après avoir visité les villes et les sanctuaires qui ont marqué la vie et la spiritualité de son prédécesseur.

Dimanche matin, quelque 900.000 fidèles avaient assisté à une messe dite à Cracovie par Benoît XVI.

Dans son sermon, le pape a exhorté les Polonais à "partager avec les autres peuples le trésor de la foi".

Le dernier jour de sa visite a toutefois été gâté par l'annonce de l'agression du grand rabbin de Pologne, Michael Schudrich, samedi, par un jeune homme criant "La Pologne aux Polonais".

Le rabbin devait prier de concert avec Benoît XVI dimanche.

"C'est un incident très désagréable, mais il ne faut pas le laisser gâcher l'évènement très important qui a lieu aujourd'hui", a-t-il affirmé à Reuters.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Mena (Mena) le lundi 29 mai 2006 - 05h51:

Y a-t-il encore une « communauté juive » en France ? (info # 012705/6) [analyse]
Par Raphaël Lellouche © Metula News Agency

Aux nombreux effets négatifs collatéraux que compte la publicité faite volontairement ou involontairement au pamphlet conspirationniste de Gabizon-Weisz, OPA sur les Juifs de France, qui ne méritait qu’une réprobation sans phrases accompagnant le seul geste critique de le jeter à la poubelle, il faut encore ajouter celui d’avoir fait de l’ombre à la sortie concomitante, chez le même éditeur, Grasset, d’un autre livre, un livre, lui, d’analyse, sérieux et intéressant, sur la situation des Juifs de France aujourd’hui, à savoir l’essai de Shmuel Trigano intitulé : L’Avenir des Juifs de France, Grasset 2006, 315 p,18,90euros.

A la différence de la pseudo-enquête pseudo-journalistique, intellectuellement vide des précédents, il s’agit en effet ici d’un véritable livre, d’un véritable livre de véritable réflexion, et d’un véritable livre de véritable réflexion d’un véritable auteur. Mais dont peu de gens ont parlé. Car telle est la tournure d’esprit « sensationnaliste » ou « polémiste » des médias du mainstream, tout comme d’ailleurs de ceux de la blogosphère, qui à cet égard ne vaut guère mieux. Que si le premier est entré dans le tourbillon du « tout le monde en parle », le quasi silence de la non lecture s’est abattu sur le travail de sociologie historique de qualité, et l’analyse lucide proposés par Shmuel Trigano. Prenons donc le parti de parler de ce qui compte vraiment.

Trigano part d’une idée originale : c’est que la notion de « communauté juive », aujourd’hui en crise en France, n’est nullement un héritage ancestral, mais une synthèse historique très récente, et qui aura duré pendant une période spécifique très limitée de l’histoire de la France d’après-guerre, car avant cette période, il n’y avait pas à proprement parler de « communauté » juive. C’est indispensable pour comprendre son analyse de la crise qui la frappe aujourd’hui. Historiquement, en effet, depuis la Révolution Française, l’émancipation des Juifs de France, c’est-à-dire leur accès à la citoyenneté nationale, avait été conditionnée par l’abandon – plus ou moins tacite – de leur référence au « peuple juif ». Leur définition comme citoyens de confession israélite impliquait qu’ils entrent en citoyenneté en tant qu’individus anonymes, laissant au vestiaire toute dimension d’identité collective. On connaît le fameux discours du comte de Clermont-Tonnerre à l’Assemblée constituante de décembre 1789, qui énonçait l’axiome de l’émancipation à la française : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation, et tout accorder aux Juifs comme individus ». Le judaïsme est confiné à la religion privée. Et — rançon mentale de l’émancipation politique —, la France allait, à partir de là, apprendre consciencieusement et systématiquement à oublier que les Juifs sont, depuis toujours, une « nation » ; oubli qui constituera l’impensé radical de l’intégration des nouveaux citoyens israélites.

La réussite de l’intégration du judaïsme français sur cette base, et le culte en retour que les Juifs de France eux-mêmes ont voué à la République, en tant que Juifs éclairés et dévoués à la patrie française aimée, culmina dans la IIIème République. Le pacte solide que les Juifs avaient ainsi noué avec la République — pacte qui devait déterminer leur alliance séculaire avec le « peuple de gauche », recimenté avec l’Affaire Dreyfus, puis renoué dans l’après-guerre — allait cependant y prendre, à partir de 1945, une figure en réalité toute nouvelle. Cette alliance, il faut le souligner, n’était pas seulement déterminante pour les Juifs-citoyens, mais aussi bien pour la définition même de la gauche française dans ses valeurs fondamentales. Elle aura même constitué jusqu’ici l’un des consensus de base du « peuple de gauche », qui est aujourd’hui en train de se défaire. Autant que l’enracinement dans le mouvement social et ouvrier, le combat pour la vérité et la justice, illustré par l’Affaire Dreyfus, a en effet fondé la définition même de la gauche, en la dotant de cette dimension morale et universaliste que le combat pour l’émancipation du travail, seul, n’était pas suffisant à conférer [1]. Mais ce qu’on oublie souvent, c’est que ces conditions excluaient normalement l’existence d’une « communauté juive », dans le sens que cette expression a prise dans les années 1970 à 2000, et qui allait former à cet égard, comme le montre Shmuel Trigano, une réalité historique nouvelle et originale.

Au sortir de la Shoah, l’axiomatique émancipatrice classique avait sombré. Les conditions d’une nouvelle citoyenneté des Juifs ne pouvait plus se poser dans les mêmes conditions qu’avant la Shoah. On ne pouvait plus ignorer les conséquences désastreuse de « l’oubli » de la réalité de « peuple » des Juifs dans la fiction d’une pure « confession israélite », envers privé de l’être public du citoyen. C’est de cette occultation qu’étaient nés les miasmes dangereux de l’idée du complot d’un peuple secret, traître à la France, ce fantasme sournois et manipulateur du Juif de l’ombre, à la fois grand financier et bolchevik, dont se nourrit l’antisémitisme. La nouvelle « identité juive » d’après-guerre ne pouvait plus alimenter le fantasme de la réduction confessionnelle, ni le déni de la « nation juive », comme disait Clermont-Tonnerre. En fait, au sortir de la deuxième guerre mondiale, était née une identité d’un genre tout à fait nouveau en France, définie comme « la communauté juive ».

La nouvelle identité qui se forge au cours de cette période, celle des enfants du baby-boom et d’après, celle des Juifs (français) rapatriés d’Afrique du nord, est faite d’un subtil équilibre : à la fois intégration citoyenne parfaitement réussie dans le cadre du consensus républicain, mais, en même temps, sans aucune dissolution de la conscience de l’identité juive, dont les constituants sont alors triples : le judaïsme comme religion (même si réduite à un vague attachement traditionnel), la mémoire aiguë de la Shoah, et la solidarité avec l’Etat d’Israël. Cette identité juive, décontractée et sans complexe, ne pouvait plus être le secret de polichinelle que « démasquait » l’antisémite. Elle reposait sur l’a priori d’une compatibilité sans réserve ni arrière-pensée entre une judaïté ouverte et l’appartenance entière à la communauté nationale. Autrement dit, à la différence de la citoyenneté israélite d’avant-guerre, l’invention de la « communauté juive » d’après-guerre se construit sur la base de la citoyenneté d’une identité faisant néanmoins référence à un « commun » entre les Juifs, comme dit Shmuel Trigano, c’est-à-dire à un lien à un peuple juif, et plus du tout sur un simple individualisme égalitaire. C’était tout à fait nouveau. Cela a fonctionné jusqu’en 2000.

Trigano reconstitue l’histoire de cette « communauté juive », qui commence en 1944, dans la Résistance, une identité qui prenait en charge cette condition, alors synonyme de tragédie – presque par obligation, et qui prit son envol avec la création du CRIF. Né dans la clandestinité, depuis la base et non des sommets de l’Etat, pour prendre la place de l’UGIF que Vichy avait imposé aux Juifs, il donnait à la vie juive une dimension volontariste et représentative d’un genre inédit. Ce que Trigano appelle « le Judaïsme dans la Cité » naissait alors, suivi de la création du FSJU sous l’impulsion du Joint américain et de la constitution d’une identité intellectuelle originale que l’on finit par appeler l’Ecole juive de Paris, ou avec le parcours philosophique d’un Emmanuel Levinas, qui est particulièrement représentatif [2] de la réussite de ce judaïsme français « dans la cité ». Ce « modèle » de la communauté juive de France était le résultat presque miraculeux de la capacité des Juifs européens à reconstruire, au sortir de la Shoah, une vie et une dignité juive. Or la thèse spécifique de Shmuel Trigano est que c’est ce modèle, dans les vestiges duquel nous continuons de vivre encore aujourd’hui, qui est devenu caduc, et que le tournant des années 2000 l’a ruiné et précipité dans l’abîme.

Le bouleversement principal des cinq dernières années, bien au-delà des « actes antisémites » et de la permanente violence symbolique causée par les mensonges anti-israéliens des médias hexagonaux pendant l’Intifada, est l’accusation ou le soupçon de communautarisme porté contre les Juifs, lequel enfle en réalité depuis le début des années 1990 et la réunification de l’Allemagne. Une accusation en effet inconnue jusqu’aux débuts des années 1990, et qui est le signe que la communauté juive a perdu son évidence, sa normalité, sa légitimité aux yeux de l’opinion nationale. Aussi, l’antisémitisme des années 2000, selon Trigano, n’est-il pas une crise ponctuelle liée au conflit du Proche Orient et en rapport exclusif avec la population immigrée. Il est la face émergée d’une crise bien plus profonde qui concerne, certes, immédiatement, la sécurité des Juifs de France mais, plus profondément, le modèle d’identité juive qui s’est forgé au lendemain de la deuxième guerre.

Les années 2000-2005 ont fait entendre quelque chose de très troublant et d’une extrême gravité (et qui continue, comme l’a montré sans l’ombre d’un doute la solitude des Juifs lors de l’assassinat d’Ilan Halimi), à savoir le déni de l’antisémitisme. Ce que signifiait ce déni a profondément et sans doute irrémédiablement choqué les Juifs de France. Lorsque sa résurgence fut révélée, en 2001, c’est la nature de la réaction nationale à cette révélation qui a été le fait le plus grave, car, au lieu de compassion et de la solidarité légitimement attendue par les Juifs, cette révélation fut tout au contraire accueillie par une pluie d’accusations de racisme anti-arabe, de communautarisme, et d’agressivité. C’est là le fait majeur et l’événement fondamental qui a ébranlé l’existence des Juifs de France dans leurs plus profondes assises socioculturelles. Le pays dont le père de Levinas, à propos de l’Affaire Dreyfus, avait pu donner cette caractérisation célèbre: « Un pays dans lequel la moitié de la population se mobilise pour sauver un capitaine juif injustement accusé, est un pays dans lequel il faut aller » — eh bien, ce pays semblait ne plus exister.

Trigano offre une interprétation fine du processus dans lequel s’inscrivait cet événement décisif. Le cadre global en est d’abord la destitution politique et symbolique de l’Etat-nation [3] dans la construction européenne, dont le contrecoup est le discrédit de l’identité nationale, en même temps qu’un choc démographique provoqué par l’arrivée d’une importante population immigrée, essentiellement musulmane. Dans le contexte international de la menace islamiste, ce choc démographique, explique Trigano, a accentué la déstructuration identitaire et politique d’une nation devenue incapable d’imposer des cadres d’intégration symboliques suffisamment forts et attrayants aux nouveaux venus, encourageant ainsi une bonne partie de l’opinion à voir dans cette immigration la véritable menace sur la continuité de la nation France.

Et c’est dans ce contexte que Trigano propose, me semble-t-il, une interprétation historique intéressante. Lors du second septennat de Mitterrand, la gauche a, selon lui, instrumentalisé la communauté juive à ses fins politiciennes ; c’est-à-dire pour piéger et détruire la droite. La manœuvre mitterrandienne aurait consisté à prendre les Juifs en otages-vitrines, au nom d’un ralliement contre la menace de l’extrême droite antisémite de Le Pen, menace agitée comme imminente, aux fins des seuls intérêts de Mitterrand. L’hypersensibilisation, alors, de la France à l’antisémitisme, était disproportionnée par rapport à la réalité du danger. C’est à cette époque qu’aurait commencé ce fonctionnement pervers qui consiste à utiliser les autorités religieuses ou les représentativités communautaires dans des stratégies politiciennes. C’est alors également que la « représentativité » du CRIF a été exagérée, avec l’assentiment de ses dirigeants, et que SOS-racisme construisait un parallélisme fatal assimilant les Juifs aux immigrés.

Là, Trigano propose un déchiffrement de ce qui est une véritable énigme historique : comment une France, que la susceptibilité contre tout affleurement d’antisémitisme dans la moindre tournure de phrase sibylline d’un politicien ou d’un écrivain semblait, dans les années 80, à ce point sensible, comment cette même France, quelques années à peine plus tard, lorsque l’antisémitisme devenait à partir de 2000 un fait évident, massif, et même socio culturellement banalisé, pouvait-elle nier purement et simplement le fait, et accuser plutôt ses victimes d’agressivité ?

Il y a là un mystère. Ce n’est pas seulement que la gauche était entre temps devenue subitement incapable de reconnaître l’antisémitisme lorsque celui-ci avait changé de monture, passant de l’extrême droite honnie aux immigrés arabo-musulmans, que cette gauche ne pouvait ni ne voulait risquer de s’aliéner en lui opposant frontalement un refus clair et net de tout antisémitisme en France. C’est, en fait, que la manœuvre « communautaire » de la gauche mitterrandienne, apparemment favorable aux Juifs, avait monté les ressorts d’un piège redoutable. Il consistait en ceci : le discours « anti-raciste » avait fait croire que la communauté juive était une communauté immigrée. Proposée en modèle « d’intégration réussie » à une population musulmane grandissante, que la France n’avait aucun moyen d’intégrer. Après une première phase de « solidarité » généreuse, ce modèle s’est retourné pour de nombreux Beurs en son contraire : les Juifs devenaient à leurs yeux la minorité privilégiée bénéficiant de facilités d’intégration et de réussite dont eux-mêmes étaient exclus. Les Juifs ont donc été livrés tels un leurre, pour donner le change à cette population immigrée, trompée, qui allait se retourner dans un ressentiment violent contre le « modèle » réussi des Juifs, jalouse de son intégration.

Une présence juive multiséculaire était ainsi donnée pour une minorité « immigrée », injustement privilégiée, en butte à la haine de la masse immigrée des musulmans, eux, laissés-pour-compte.

La symétrie artificielle créée par la mise en parallèle et en rivalité de la « communauté juive » avec la « communauté immigrée » aboutit, en fait, progressivement à la situation actuelle qui est celle d’une consciente communautarisation de la communauté juive par les pouvoirs publics. Assimilation mimétique des Juifs de France à une « communauté » étrangère à son propre pays, et, dès lors, délégitimée et marginalisée. Comparée à la communauté musulmane pour être renvoyées dos à dos afin de dénoncer les « extrémistes » des deux bords, grâce à l’idée-subterfuge de tensions intercommunautaires, ce qui permet, par l’effet artificiel de la symétrie, d’escamoter l’antisémitisme arabo-musulman. Le mécanisme de cette émulation communautaire, tel que le décrit Trigano, est imparable. La xénophobie s’exerce ainsi d’autant plus brutalement sur la minorité « étrangère » la moins forte, pour éviter de s’exercer sur l’étranger le plus puissant. Pour éviter d’accuser les musulmans d’antisémitisme, il fallait forger la fiction d’un racisme anti-arabe agressif de la part des Juifs, voire l’existence d’une « extrême droite juive ». C’est ainsi que, pour faire croire au pacifisme musulman, on inventa de toutes pièces le mythe d’une « agressivité » communautaire juive. La communauté juive française est en train de mourir des conséquences mortifères de cette invention.
Notons que ce n’est rien d’autre que cette fiction scélérate que l’on retrouve à l’œuvre dans le pamphlet de Gabizon-Weisz, avec les campagnes orchestrées par le news-magazine Marianne, qui portaient moins sur le prétendu plan de l’Agence Juive pour organiser l’alya française, que sur la nouvelle alliance supposée des Juifs avec l’extrême droite — également développée dans ce pamphlet. La stigmatisation d’une frange imaginaire de Juifs dits « les plus à droite » est LA construction politique accompagnant la communautarisation forcée des Juifs de France. Le fait — soit dit en passant — que Gabizon-Weisz n’aient rien trouvé de mieux que moi-même, Raphaël Lellouche, l’auteur de cet article, pour alimenter leur chapitre dramatiquement maigre concernant ce qu’ils appellent « Une minorité emportée par le racisme » (!) montre de quel sérieux leur « thèse » doit être créditée [4].

Mais Trigano décrit aussi le processus de délitement interne de la communauté juive, et de son premier symptôme, qu’on pourrait appeler la trahison des clercs juifs. En République démocratique, la représentativité du CRIF devrait normalement être très limitée et modeste, reposant sur un consensus tacite et la confiance, sans pouvoir reposer, puisqu’elle ne fait l’objet d’aucune élection, sur un plein consentement démocratique. Le CRIF devrait être une association d’associations qui défendent quelques intérêts communs limités, mais qui ne peut en aucune façon représenter ni être tenue par l’Etat pour représenter les Juifs, qui sont des citoyens exerçant leur part du contrôle démocratique dans le cadre d’élections. Mais avec cet usage politicien, la période à laquelle nous venons d’assister vit un dérapage des institutions représentatives juives, dont les responsables ont cru qu’ils détenaient du pouvoir, et pouvaient s’autoriser d’eux-mêmes. Mégalomanie qui autorisa l’instrumentalisation politique de la soi-disant représentativité de la communauté juive. C’est ainsi que la perte de légitimité de cette dernière, sur le plan national, fut conjuguée avec sa communautarisation.

Les Juifs, accusés de communautarisme, et communautarisés par ceux-là même qui les en accusaient, en ressentirent immédiatement les conséquences sur leur condition dans la société. Dans la société civile, une exclusion très sournoise s’est mise en place, qui met à l’écart au nom de la République tout ce qui est trop quelque chose, trop communautaire, trop sioniste, trop religieux, etc. Mais cette exclusion rampante est autant le produit de l’abandon de la communauté par les élites juives sociales. Les Juifs des classes supérieures de la société ont tiré à boulets rouges sur le communautarisme et l’intégrisme juifs pour sauvegarder leur statut sur le plan de la notabilité, et se distancier de la vie juive, dont le poids gênait leur ascension sociale. Un tel abandon risque de transformer la communauté instituée en ghetto, à la fois social et culturel et ébranle son insertion dans la société nationale. Tandis que sur le plan interne, la communauté intériorise l’exclusion externe pour se rendre fréquentable au dehors.

Trigano conclut que dans la situation actuelle, le modèle d’existence juive mis en place dans la seconde partie du XXème siècle en France est caduc. Ce qui reste de la « communauté juive » est à la croisée des chemins. De plus, elle ne maîtrise pas entièrement son destin, car de puissantes logiques sociopolitiques sont à l’œuvre, et qu’elle ne peut exister sans l’assentiment de la société ni en dehors d’elle. Les Juifs de France sont donc devant un choix, et — anyhow somehow— refuser de choisir serait encore pour eux une manière de choisir. De toutes façons, si contrairement à la citoyenneté individuelle « israélite », l’identité « communautaire » a encore un sens, ce ne peut être qu’en référence structurante à la notion de « peuple juif », laquelle enveloppe une solidarité – non pas « inconditionnelle » mais de principe - avec l’Etat d’Israël. Or la France contemporaine est-elle apte à reconnaître la légitimité de cette dimension existentielle de l’être-juif français ? Finalement, Trigano identifie trois scénarios : (a) une dissolution complète de l’être-juif dans une France elle-même en état d’anomie, non seulement identitaire, mais surtout démocratique ; (b) l’invention derechef, à partir des ressources d’une population juive vivante et pleine de créativité intellectuelle, morale et politique, d’un « nouveau modèle » de l’être-juif en France — mais dont il n’offre lui-même aucune esquisse — ; (c) enfin, last and least, le départ.

S’il est pour lui impensable d’abandonner la référence de cette identité juive au lien signifiant au peuple juif, dans la mesure où il s’agit là d’une donnée stratégique irréductible, on comprend que Trigano laisse entendre qu’il est plutôt pessimiste sur la création d’une nouvelle figure originale de l’être-juif en France, capable de faire face aux défis de la France qui vient. Si l’on peut être sceptique sur les capacités de la République elle-même à y faire face, que dire, en effet, de celle de la petite minorité juive, déjà lâchée par les « élites » délitées d’une République qui, avec deux ripoux à sa tête se bananièrise à vue d’oeil, et dont toutes les institutions – politiques, judiciaires [5], médiatiques, etc. – sont à la dérive, si ce n’est, déjà, livrées aux « chiens » ?

Disparaître ou partir. Is that the question ? Si vous ne voulez pas mourir idiots, lisez plutôt Trigano.
Notes

[1] Autrement dit, si la cassure de l’alliance des Juifs avec le « peuple de gauche » devait se confirmer, cela ne témoignerait pas d’une trahison des Juifs — ce qui est le discours qu’on commence à entendre, notamment avec le thème des intellectuels juifs « néo-réacs » ou de la « gauche caviar » — mais d’abord et avant tout d’une dé-définition du concept de « gauche », tel qu’il a été forgé dans l’histoire de la gauche en France.

[2] Voir à ce sujet mon livre qui sort cette semaine : Raphaël Lellouche, Difficile Levinas – Peut-on ne pas être levinassien ? Editions de l’Eclat, coll. « Tiré à part », Paris-Tel Aviv, 2006. Livre dont quelques « bonnes feuilles » avaient déjà été publiées par la Ména.

[3] Sur le problème de la crise de l’Etat-nation en tant que cadre dans lequel s’exerce la citoyenneté démocratique en Europe, et le destin des Juifs, qui construisent pour eux-mêmes ce « cadre » en Israël, en ayant effectué leur « sortie d’Europe » au moment même où l’Europe de son côté en perd le sens, voir le petit livre très stimulant de Pierre Manent, La raison des nations – Réflexions sur la démocratie en Europe, Gallimard, coll. « L’esprit de la cité », Paris, 2006.

[4] Je reviendrais prochainement, dans un entretien, sur cette affaire, pour une ultime mise au point afin de mettre fin aux rumeurs.

[5] C’est elle qui m’a condamné. J’y reviendrai donc.