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Discus: ADRA : LES COMMENTAIRES D'HARISSA: Commentaires 2005: Commentaires Octobre 2005: Archive jusqu'au 14/octobre/2005
Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Mena (Mena) le vendredi 14 octobre 2005 - 07h31:

M’Bala et les critères de fondation et de recevabilité d’un postulat politique ou médiatique (info # 011410/5) [analyse]

Par Viviane Miles © Metula News Agency

Dimanche dernier 9 octobre, l’animateur de télévision Marc-Olivier Fogiel se préparait à démarrer en direct sur FR3 son émission « On ne peut pas plaire à tout le monde ». Ce fut le moment que choisit une soixantaine de manifestants pour envahir le plateau à l’appel de l’humoriste Dieudonné, empêchant le déroulement normal de l’émission.

La cible n’a pas été choisie au hasard, puisque les relations entre Fogiel et M’Bala ne sont pas au beau fixe depuis presque deux ans. Depuis qu’en décembre 2003, le comique avait été invité dans l’émission de l’animateur, et qu’il y avait présenté un sketch d’un goût plus que douteux sur un rabbin faisant le salut hitlérien, dont les medias se sont depuis largement fait l’écho.

Une polémique s’en est suivie avec des accusations de racisme lancées de part et d’autre ; une bataille juridique, à coup de procès, de condamnations et de relaxes en a découlé, mais ce différend ne consacre que l’un des aspects de cette affaire. Il s’agit en fait d’un malaise plus profond qu’un simple contentieux entre deux personnes. La dispute publique qui s’en suit, et les arguments qui la nourrissent, découvrent, au-delà de celle-ci, l’affranchissement dans le débat public de la relation aux valeurs que l’on croyait fondamentales et l’obsolescence du consensus quant aux critères de fondation et de recevabilité d’un postulat politique ou médiatique.

Ainsi, la seule chose que Dieudonné ait démontré, c’est que désormais, en France, une revendication politique n’a plus besoin de s’appuyer sur un fondement historique ou factuel vraisemblable. Il suffit qu’une telle revendication soit présentée par un groupe important par le nombre, ou proche du pouvoir, ou représentant une menace (même virtuelle) pour la paix sociale, pour qu’il soit exempté de tenir une argumentation conséquente.

Un fait n’a plus besoin ni d’être vrai ni d’être vérifiable pour fonder une revendication ou une information ; telle est la nouvelle réalité à laquelle il vaut mieux s’habituer rapidement au risque de ne plus rien comprendre.

J’ajouterai que, dans le cas M’Bala, moins son postulat est argumenté, plus sa grille de lecture historique est fantaisiste, plus les accusations qu’il profère sont radicales, racistes, fictives et nominalisées, et plus ils semblent paradoxalement servir l’image du groupe que l’humoriste prétend représenter. Dieudonné tire en effet un profit maximum de l’image d’Epinal controuvée des noirs incultes, intellectuellement primitifs et portés à se laisser entraîner par leur imagination. Incultes, primaires et irréfléchis, à force d’avoir été asservis et brimés par l’homme blanc et les Juifs, comme dans la dialectique délirante qu’M’Bala déballe à la moindre occasion, sans se soucier le moins du monde de l’incongruité manifeste de son boniment.

Le sens critique a donc évolué, puisque, non seulement il n’est plus nécessaire d’établir un lien de cause à effet entre des faits vraisemblables et l’affirmation politique déclinée par une personne ou un groupe de personnes, mais plus encore, il peut s’avérer opportun, pour faire passer un message, d’être le plus inconsistant possible.

Ainsi de l’assertion de Dieudonné selon laquelle le virus du Sida a été propagé en Afrique par les Juifs pour venir à bout de la nation noire. Ces propos ne tiennent aucun compte de la réalité, ils sont si illogiques, extrêmement mensongers et si dénués de tout fondement tangible, qu’ils devraient prêter à un simple hochement d’épaules indifférent, n’était la gravité de leurs implications.

Or il est impossible de se contenter de ce hochement d’épaules, car cette assertion grotesque n’a pas été vigoureusement rejetée hors du consensus national. Pire que cela, elle déclenche des sympathies et de la compréhension ; c’est vrai que cette accusation s’incère en France dans un double contexte favorable, celui de la banalisation du mensonge antisémite ou antisioniste et celui de son instrumentalisation par le pouvoir ainsi que par les media publics et privés.

L’argent du pétrole de Saddam ayant transité par les mains de l’ambassadeur de France au Conseil de Sécurité et du Conseiller diplomatique personnel du président Chirac est sûrement pour quelque chose dans cet abêtissement général de notre société et le renouvellement de la licéité de médire sur les Juifs, toujours est-il que, dans l’air du temps, l’accusation lancée par Dieudonné n’a rien d’incroyable.

Soyons logiques : si, comme l’affirme le cameraman de France 2 Talal Abou Rahma, le seul témoin de l’assassinat de Mohamed Al-Dura par l’armée de la nation juive, ses soldats ont spécifiquement visé un enfant arabe (parmi une foule de centaines d’adultes), durant 45 minutes avec l’intention consommée de lui donner la mort, pourquoi diable cette nation ne pourrait-elle pas mettre au point des virus pour éliminer les noirs ?

- Pourquoi les noirs ?

- Pourquoi Mohamed Al-Dura !

A ces stades de la déraison et de l’appel à la haine ethnique, on ne va tout de même pas attendre des incitateurs qu’ils fassent preuve de raison. Et, du fait de l’exemple des media de l’Etat France et de ses intellectuels, qui accusent quotidiennement Israël des pires exactions sans se fendre – pour cause d’inexistence desdites exactions – d’étayer leur offense, Dieudonné aurait tort de se gêner ! L’alibi d’être victime d’un racisme juif contre les Noirs nécessiterait-il d’être justifié plus que la version de France 2 – si sérieusement mise en doute – de la mort du petit Mohamed ?

Et par quel raisonnement, je vous prie ? La chasse à l’Israélite est à nouveau ouverte, même si elle ne s’exprime actuellement que de façon théorique. Tous les media qui, à l’occasion du cinquième anniversaire de l’Intifada ont mentionné l’assassinat de Mohamed Al-Dura par les forces israéliennes dans leur rétrospective, connaissant les conclusions circonstanciées de notre enquête, participent non seulement à la battue, encore revendiquent-ils fièrement leur permis de chasse.

Tout porte ainsi à admettre que M’Bala puisse se comporter de manière primitivement (donc sans malice et au demeurant sans danger !) raciste à l’encontre d’une nation plus petite que la sienne, présentée en France comme la quintessence de tous les racismes. La petite nation d’Israël, qui prend plaisir à humilier les peuples voisins, haïe en France, au point que des centaines de personnalités pétitionnent afin de protester contre la sanction frappant l’auteur de cette évidence. C’est vrai qu’il est à la traîne, M’Bala M’Bala, avec ses Juifs inventeurs du Sida, sur FR2, Morin, Le Monde, et la ligue de ces énergumènes.

L’exemption de tenir une argumentation conséquente et fondée dans le débat politique, surtout dans une polémique concernant Israël, vient donc d’en haut. On pense aux bulletins de santé émis, jour après jour, par la médecine des armées sur le statut du défunt Arafat.

On pense à l’accusation d’Erekat contre l’armée israélienne d’avoir perpétré un massacre à Jénine, reprise à l’unisson par les media de ce pays. Accusation qui continue d’être véhiculée, sans qu’aucun politicien ou media français ne s’y oppose, en dépit des images, des enquêtes, des témoignages qui prouvent, à suffisance de preuves, qu’aucun massacre n’a été commis par Israël à Jénine.

Mais la déréglementation du débat public et l’obsolescence du consensus quant aux critères de fondation et de recevabilité d’un postulat politique ne sauraient être circonscrites à Israël et aux Israélites. Il s’agit d’abord d’une cause, et ensuite seulement d’un effet ; un mal de système, une corruption, ceux de la 5ème république. Selon ces critères, comment ne pas voir un autre exemple de l’affranchissement institutionnel du devoir de conséquence dans la négation du génocide des Tutsis ? A voir comment les dignitaires de ce régime s’entêtent, contre toute évidence, à nier la responsabilité de la France.

Toutes les strates de la société sont touchées.

On sacrifie l’exigence de preuves sur l’autel d’une certaine paix sociale et raciale. L’impératif, hormis les bons à valoir sur les millions de barils d’un tyran, c’est la volonté de ne pas froisser les susceptibilités des grandes minorités comme les musulmans ou la communauté noire.

Le danger est dans nos murs, lorsque des personnes morales et physiques peuvent se permettre d’émettre des accusations péremptoires et racistes, sans correspondance avec des faits réels, et que personne, de France Télévisions en passant par le CSA et jusqu’au Conseil d’Etat, ne les empêche de nuire. En cela, M’Bala M’Bala ne fait rien d’autre que profiter d’un système qui le laisse exprimer une haine irrationnelle et infondée, au nom d’une liberté d’expression détournée de sa fonction démocratique.

Parlez-moi alors d’Enderlin et d’Arlette Chabot !

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Braham (Braham) le jeudi 13 octobre 2005 - 21h14:

Bon Appetit

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Meyer (Meyer) le jeudi 13 octobre 2005 - 21h04:

Bonne citronnade, bon boulou, bonne poule farcie.

A l'année prochaine avec tous les harissiens.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Douda (Douda) le jeudi 13 octobre 2005 - 01h48:

Douda !

Salut Sarel,

Tu tapes "A T P J T" dans Google.com et tu trouveras ce que tu cherches,

Bonnes fêtes à Toi et toutes ta Famille

Douda du PTB

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Albert (Albert) le mercredi 12 octobre 2005 - 17h33:

..SLIKHA.....
.

Excusez l'orthographe.


Mes meilleurs voeux de la part de toute l'équipe du PTB.

Albert.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Maurice (Maurice) le mercredi 12 octobre 2005 - 11h41:

Propos recueilis par Marie-Noëlle Tranchant
[12 octobre 2005]

LE FIGARO. - Parlez-nous de ce héros inventé avec Shepard.

Wim WENDERS. - C'est quelqu'un qui représente le western, donc une époque révolue, mais on ne l'a pas pris au sérieux. Il y a un écart plein de dérision entre la figure héroïque du cow-boy à l'écran et ce que nous en montrons. Enfant, j'aimais beaucoup les westerns, plus tard j'ai trouvé ces films trop systématiques. Et j'ai vu que les cow-boys étaient des hommes faibles, qui fuient tout le temps les problèmes. Ils ont un côté que je continue à aimer, la droiture, l'honnêteté. Howard a cette qualité, mais il est complètement désassemblé, comme on le dit d'un cheval. Il a pour antagonistes trois femmes (sa mère, son ancienne fiancée, sa fille inconnue) qui savent tout ce qu'il ne sait pas : se prononcer, vivre un conflit, avoir une appartenance.

Qui a eu l'idée de parler de l'absence du père ? Vous ou Sam Shepard ?

Je tourne autour de ce sujet depuis plusieurs années, parce que je vois très souvent cela autour de moi, chez mes étudiants, mais aussi chez des gens de quarante ans. En Amérique, la famille est une notion très importante mais, dans les faits, particulièrement atteinte. Parce que le phénomène d'éclatement de la famille, qui existe partout, est amplifié par la mobilité de la population et l'immensité de l'espace : quand on part, on peut aller très loin et se perdre complètement de vue.

Quels étaient vos liens avec votre propre père ?

Il a été très important pour moi, et très présent, dans mon enfance. Plus tard, il y a eu entre nous des conflits, politiques ou autres, mais je l'ai de nouveau retrouvé à la fin de sa vie, où je l'ai aidé à mon tour. J'ai eu beaucoup d'admiration et d'amour pour lui, et je me suis souvent demandé quand on me parlait de l'absence d'un père ce que je serais devenu sans lui. Et comment j'aurais réagi à trente ans si un inconnu était arrivé en disant « je suis ton père », comme Howard Spence dans le film.

Comment avez-vous travaillé ce sujet avec Sam Shepard ?

C'est drôle parce que Sam ne peut pas travailler sur un sujet ou une histoire. Tout ce qu'on enseigne dans les écoles sur la structure dramaturgique, il s'en fiche. La seule chose qui compte pour lui, ce sont les personnages. Et il ne sait jamais ce qui va leur arriver. Avec lui, il faut avancer pas à pas. Quand une scène était écrite, alors seulement il réfléchissait à la suivante. C'était un peu comme si on vivait l'histoire ensemble : elle apparaissait à cause des personnages, à partir d'eux.

Et les décors ?

Je tenais particulièrement à tourner dans la ville de Butte (Montana), qui me fascine depuis longtemps et que j'ai souvent photographiée. J'ai une grande tendresse pour cet endroit qui a été un centre minier important jusqu'aux années 50, et qui est devenue depuis une ville fantôme, où rien ne bouge.
Cet acteur de westerns décrépit, ces enfants sans père, cette ville sinistrée, si l'on récapitule, on a une assez triste image de l'Amérique...
Oui, une Amérique obsolète comme Howard, et comme lui en train de disparaître, avec sa profession qui n'existe plus. Je ne regrette pas cette Amérique-là, mais je déplore que les Américains aient si peu le sens de leur passé, si peu de respect pour leur héritage. Il a fallu des Européens pour recueillir les dernières notes du blues. Ils ne s'occupent pas du passé, mais du coup ils n'ont pas de racines, ils ne savent pas à quoi ils appartiennent.

Parlez-nous de vos actrices...

C'est grâce aux femmes que le film n'est pas nostalgique
C'EST POURQUOI DEMAIN SOIR REUNISSEZ VOTRE FAMILLE C'EST LA BASE DE NOTRE IDENTITE

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Bazooka (Bazooka) le mercredi 12 octobre 2005 - 12h21:

Que ce Yom Kippour voit toutes vos prieres exhaucees et la paix regner sur Israel.
Tsom Kal.

Pour entendre le shofar avent l'heure:
http://jewishbazaar.com/BAZAAR/ShofarSounds.HTM

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Meyer (Meyer) le mercredi 12 octobre 2005 - 10h00:

Sarel on trouve tout dans HARISSA à l'aide de la rubrique "Recherche" qui donne

http://www.harissa.com/Clubs/ATPJT.htm

Bon jeûne à tous.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Sarel (Sarel) le mercredi 12 octobre 2005 - 09h40:

Je desire avoir l'adresse de cette union tunisienne A T P J T merci ei bonne fete
sarel

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Mailroom (Mailroom) le mercredi 12 octobre 2005 - 08h29:

Michèle MADAR a publié chez l'Harmattan des contes de Tunis : Les Sept Jarres - L'Ogresse Verte - Un Sourire Sardonique

Sortie Prochaine : Le Secret de Messaouda

site à consulter : http://contestunisiens.free.fr

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Mailroom (Mailroom) le mercredi 12 octobre 2005 - 06h37:

Bernard Allali, Président d’ « Arts et Traditions Populaires des Juifs de Tunisie » présente son association : « Nous continuons de contribuer à l’enrichissement du patrimoine juif tunisien. »



Question : Pourriez vous nous expliquer comment l’association « Arts et Traditions Populaires des Juifs de Tunisie » s’est créée ?
Réponse : C’était en 1986. Avec mon frère Jean-Pierre et plusieurs amis, nous nous sommes rendu compte que nous avions, au fil des ans, animés par la passion des collectionneurs, accumulé des trésors, iconographiques notamment et qu’il était temps de faire partager au plus grand nombre un patrimoine de cartes postales, livres, peintures, objets du culte, bijoux. L’idée d’une grande exposition a germé et, parallèlement, celle de la création d’une association d’originaires. Les premières « Journées du Judaïsme Tunisien » se sont ainsi déroulées à Sarcelles. Depuis, régulièrement, nous avons proposé de telles journées dans les endroits les plus divers.

Question : Qu’est ce que l’association aujourd’hui et qu’elle est son actualité ?
Réponse : Nous continuons de contribuer à l’enrichissement du patrimoine juif tunisien. L’association est souvent sollicitée par des chercheurs. Nous maintenons un contact suivi avec les Juifs qui demeurent encore en Tunisie. Nous avons, au cours années, outre les expositions, organisé des voyages en Tunisie et publié des brochures thématiques. Nous organisons régulièrement des manifestations, des rencontres, des soirées musicales. Nous allons bientôt proposer au public une « Journée du livre judéo-tunisien ».

Question : Parlons un peu d’histoire si vous le voulez bien. La signature du Traité du Bardo en 1881 marquait l’entrée en vigueur du protectorat Français sur la Tunisie Beylicale. Par sa présence, la France allait-elle amplifier le mouvement d’occidentalisation de la communauté juive, initié, dès la seconde moitié du XIXe siècle ? La situation juridique du protectorat placera-t-elle les Juifs de Tunisie dans une position très différente de celle de leurs voisins d’Algérie ?
Réponse : Il convient de rappeler que les Juifs de Tunisie ont accueilli avec beaucoup d’espoir la venue des Français. Elle signifiait pour eux la fin du statut infamant de la dhimma. Ils se sont lancés avec conviction dans une occidentalisation qui leur ouvrait les portes du savoir et de la liberté. En quelques décennies, les Juifs sont sortis du ghetto, la hara pour entrer de plein pied dans la modernité, accédant avec bonheur aux professions les plus enviées : médecine, sciences pures, droit, enseignement… La plupart des Juifs étaient citoyens tunisiens, protégés français. Une minorité avait demandé et obtenu la nationalité française. Cette situation est très différente de celle des Juifs d’Algérie, qui, par le biais du fameux décret Crémieux du 24 octobre 1870, ont acquis collectivement la nationalité française.

Question : Quel est le chemin parcouru par les Juifs de Tunisie de 1881 à la fin des années 30 (scolarisation, professions libérales…) ?
Réponse : En cinquante ans, les Juifs tunisiens ont fait un bond de plusieurs siècles. La scolarisation des enfants en écoles laïques ou dans les réseaux de l’Alliance Israélite Universelle a été générale. Les enfants de boutiquiers et de petits artisans sont devenus avocats, médecins, écrivains, journalistes. Une bourgeoisie juive s’est constituée qui a fait de la communauté l’élite de la société. L’occupation du pays par les nazis en 1942-1943, pendant six mois a été une parenthèse particulièrement douloureuse.

Question : Sous le Protectorat, Juifs et Musulmans possédaient-ils de nombreuses caractéristiques communes (langue, habitat, condition sociale…) ?
Réponse : Les Juifs sont présents en Tunisie depuis des millénaires. Leur présence est attestée par l’archéologie et l’épigraphie. La nécropole juive de Gammarth et la synagogue Naro d’Hammam-Lif datent des premiers siècles après J.C. La conquête arabo-musulmane est postérieure. Les Juifs se sont alors adaptés à la nouvelle civilisation, créant une langue, le judéo-arabe tunisien. Sous le Protectorat, tout en optant pour une occidentalisation, les Juifs ont conservé une proximité de langue, une cuisine similaire, une musique proche. Mais ils ont quitté peu à peu les ruelles sordides du ghetto pour la ville européenne, leur condition sociale étant en général devenue supérieure à l’ensemble de la population musulmane du pays.

Question : Pourriez-vous nous raconter les circonstances du départ des Juifs de Tunisie ?
Réponse : Ce départ s’est fait en plusieurs étapes. La création d’Israël, tout d’abord, en 1948, a constitué un choc dans les milieux religieux et populaires qui y ont vu un signe du ciel et ont décidé de donner une réalité au vœu ancestral de « L’an prochain à Jérusalem ». L’indépendance du pays, ensuite, qui, avec l’arabisation automatique de la société, les tracasseries administratives et économiques, la dissolution des tribunaux rabbiniques et de la communauté organisée, la transformation du cimetière juif (de Tunis) en jardin public, a inquiété et affolé les Juifs qui ont commencé à quitter le pays pour la France ou Israël. Puis, en 1961, l’« affaire de Bizerte », (guerre franco-tunisienne pour récupérer la Base militaire de la ville de Bizerte), a incité d’autres Juifs à émigrer. Par la suite, au gré des soubresauts du conflit israélo-arabe et des incidents antisémites, comme l’incendie de la Grande Synagogue de Tunis en 1967, qu’ils engendraient, la communauté s’est peu à peu réduite comme une peau de chagrin. 120 000 dans les années 50, les Juifs ne sont plus aujourd’hui que 2000 en Tunisie.

Question : Quel regard rétrospectif portez-vous sur le parcours réalisé depuis le départ de Tunisie ?
Réponse : Les Juifs ont été victimes du vent impitoyable de l’Histoire. L’indépendance était justifiée et inéluctable. Elle s’est faite, malheureusement, à leur détriment. On les a, avec doigté, certes, mais avec efficacité, poussés au départ. La moitié des Juifs se sont installés en France, l’autre moitié a rejoint Israël. Certains ont tenté l’aventure américaine. Il ne faut rien regretter car, dans les pays où ils se sont installés, les « Tunes » ont, dans l’ensemble, remarquablement réussi. Ils gardent toutefois vivace le souvenir du pays natal. L’A.T.P.J.T., justement a vocation à maintenir ce flambeau.

Question : La communauté juive tunisienne traverse-t-elle actuellement une phase de retour sur son passé, celui vécu en Tunisie d’abord, puis, l’histoire de son exil, de son arrivée en France ou en Israël et de son intégration ?
Réponse : Je constate, hélas, que les jeunes générations, contrairement à mes espérances, ne s’intéressent pas au passé juif tunisien de leurs parents. Du moins pas avec la même passion ni la même chaleur. Ceux de ma génération sont les Derniers des Mohicans de la saga tune. Cela dit, les Juifs tunisiens se caractérisent par une tolérance et une patience extrêmes. Malgré les frictions, malgré les déceptions, ils restent favorables à un rapprochement avec leurs frères musulmans de Tunisie. Mais, encore une fois, et pour reprendre une expression tune : « Elli fète mète », « ce qui est passé est révolu ». On ne refait pas l’Histoire. Une page est tournée. Restent désormais la mémoire et, régulièrement, les escapades, souvent estivales, au pays du jasmin et de la brise marine.

Question : Pensez-vous que les Juifs de Tunisie ont une représentation volontairement enjolivée de leur passé qui gomme les zones d’ombre et magnifie l’entente cordiale entre Juifs et Musulmans ?
Réponse : Oui, certainement. De nombreux Juifs tunisiens ne gardent en mémoire que les années du Protectorat où leur vie était particulièrement agréable. Ils ont tendance à mettre un voile sur les années difficiles qui ont suivi l’indépendance et, surtout, ils ignorent souvent les siècles d’oppression qu’ont connus leurs ancêtres.

Question : Votre vœu le plus cher ?
Réponse : Que la paix s’instaure enfin entre Israël et les Palestiniens et que cela se traduise par une reprise de relations diplomatiques pleines et entières entre Jérusalem et Tunis. On verra alors, comme l’espérait il y a dix ans le ministre du Tourisme Slaheddine Maoui, des charters directs Tel-Aviv-Djerba, des synagogues qui revivent et, ne fut-ce que le temps d’un été, une communauté juive qui se retrouve comme au temps jadis.

Propos recueillis par Marc Knobel.

C.R.I.F