Archive jusqu'au 06/mars/2005

Discus: ADRA : LES COMMENTAIRES D'HARISSA: Commentaires 2005: Commentaires Mars 2005: Archive jusqu'au 06/mars/2005
Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Claudia (Claudia) le dimanche 06 mars 2005 - 07h52:

L'exploitation raciste d'un crime contre l'humanité, par Gilles Manceron
LE MONDE

SI un sketch ou les propos de Dieudonné sur la Shoah récemment tenus à Alger ont suscité une indignation justifiée en raison de leurs connotations antisémites, d'autres déclarations de sa part, plus insidieuses, sur les juifs et l'esclavage, ont suscité moins d'attention. Aux personnes d'origine antillaise ou africaine, qui ont un souci légitime de reconnaissance du crime contre l'humanité qu'était l'esclavage, il propose un responsable tout trouvé - mais inventé : les juifs.

Dans Le Journal du dimanche du 8 février 2004, à propos de ceux qui avaient agressé (de manière d'ailleurs scandaleuse) le public de son spectacle, il affirmait : "Ceux qui m'attaquent ont fondé des empires et des fortunes sur la traite des Noirs et l'esclavage." En juillet 2004, il récidivait : "Les juifs ont profité de cette colonisation et de la traite négrière." Après être revenu, à la dernière de son spectacle (29 décembre 2004), sur "la haine des juifs à l'égard des Noirs", il a affirmé, le 16 février, que les "autorités sionistes" l'empêchaient de faire "un film sur la traite négrière", y voyant la confirmation de la responsabilité des juifs dans la traite des Noirs.

La traite a été organisée aux XVIIe et XVIIIe siècles à partir de tous les ports de mer français par le pouvoir royal, en particulier sous le règne de Louis XIV par le ministre Colbert, qui a confié la traite royale à des compagnies d'Etat et encouragé la traite privée par des primes aux négriers. Dans les colonies, terres de racisme et d'arbitraire, le premier article du Code noir de 1685... interdisait la présence des juifs (même si celle-ci y a été, en plusieurs lieux et époques, tolérée).

Il n'y a pas eu, si on considère l'ensemble des armateurs et des ports, une proportion importante d'armateurs juifs : on ne trouve guère qu'à Bordeaux, principal port négrier français au XVIIIe siècle, une minorité d'armateurs de traite juifs d'origine portugaise (environ 20 %).

Ce qui n'est pas le cas ailleurs, en particulier à Nantes, principal port français de traite au début du XIXe siècle, lors de l'apogée de ce trafic. Et aucun juif ne figurait parmi les capitaines de navires négriers (parmi lesquels, en revanche, on trouvait une proportion importante de Bretons...).

Des travaux récents ont conclu à l'influence de familles juives tolérées à Saint-Domingue sur un défenseur des droits des "libres de couleur" et adversaire de l'esclavage comme Julien Raimond, qui joua un rôle important à Paris dans la préparation de la première abolition de 1794. Et rappelons que c'est Napoléon qui, après la Révolution, a rétabli l'esclavage, lequel s'est poursuivi sous Charles X et Louis-Philippe jusqu'à son abolition en 1848 par un gouvernement républicain comprenant pour la première fois deux ministres juifs.

Le travail de vérité nécessaire sur ce crime contre l'humanité qu'a été l'esclavage n'a rien à voir avec les fantasmes de Dieudonné. Et aucune victime ne doit être oubliée : les historiens considèrent que, du XVIe au XXe siècle, si la traite transatlantique d'initiative européenne a fait plus de 11 millions de victimes, la traite transsaharienne d'initiative arabe et africaine en a fait environ 4 millions.

L'appel aux tribunaux, hors des cas de violation manifeste des lois contre le racisme, tout comme les interdictions et agressions visant des spectacles de Dieudonné, sont déplacés et donnent des arguments à ce comique qui ne rêve qu'à apparaître comme une victime. Mais il revient aux historiens et aux défenseurs des droits de l'homme de dire que ses délires sont des élucubrations dangereuses.

Gilles Manceron est historien et rédacteur en chef de "Hommes et Libertés", revue de la Ligue des droits de l'homme.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Francois (Francois) le dimanche 06 mars 2005 - 06h15:

Le premier succès des néo-conservateurs

Le succès des élections en Afghanistan, la réussite des élections irakiennes, le début du reflux de l'influence syrienne au Liban et surtout les réformes démocratiques que veut introduire Moubarak sont la première récolte des graines politiques semées par George Bush, les néo-conservateurs et les soldats américains, anglais et australiens.

Ces réussites confirment une affirmation, longtemps gaussée par l'axe de la subtilité français: le renversement de Saddam Hussein a bien eu un effet domino sur les régimes despotiques de la région.

David Ignatius dans un article paru dans le Washington Post rapporte une incroyable citation de Walid Joumblat, le leader des druzes libanais bien connu pour ses positions anti-occidentales:

Ca me fait drôle de le dire, mais ce processus de changement a commencé avec l'invasion américaine de l'Irak. J'étais sceptique sur l'Irak mais quand j'ai vu le peuple irakien voter il y a 3 semaines, c'était le début d'un nouveau monde arabe.Le peuple syrien, le peuple égyptien, tous disent que quelque chose est en train de changer. Le mur de Berlin est tombé nous pouvons le voir.

On croirait lire Richard Perle ou Robert Kagan mais non, c'est bien de Joumblat. Les libanais sont certes enclins par culture à toujours aller dans le sens du vent mais il est tout de même étonnant de lire ça.

D'ailleurs, l'effet domino s'est propagé à des parties inattendues du monde arabe comme la France où l'on peut, depuis quelques temps entendre des voix de plus en plus nombreuses, affirmer que George Bush, vorie même Ariel Sharon ont eu raison. Ainsi, Guy Sorman, un méprisable pédaloïde qui s'efforce toujours d'être dans le camp du vainqueur du moment, a récemment publié une tribune dans le Figaro: Et si Bush avait raison ?

La raison de cet effet domino est évidente: les hommes normalement constitués préfèrent vivre libres et dans la dignité plutôt que d'être écrasés et spoliés par des despotes. En réalité, la démocratie est une ADM qui peut détruire n'importe quelle tyrannie (on peut aussi dire dissoudre si on veut plaire à Abou Chirak). C'est d'ailleurs aussi car la démocratie israélienne subverti lentement les autocraties moyen-orientales que leurs dirigeants veulent faire la guerre à Israël.

On peut se demander pourquoi l'axe de la subtilité n'a pas perçu cette réalité. La première raison est que ces prétendus amis et défenseurs des peuples arabes jugent avec la plus grande condescendance que leurs "amis" ne sont pas faits pour la démocratie. L'autre raison est encore plus accablante pour ces zélites. Elles n'ont pas perçu la puissance de la liberté car elles n'y croit pas.

En effet, comment penser qu'un torchoniste français dont la devise est Lâcheté, Débilité, Servilité et qui écrit ce que l'on attend de lui plutôt que la réalité puisse comprendre le sens du mot dignité. Comment imaginer que des "experts" considérant comme des résistants et des combattants de la liberté des nazis massacrant des civils dans un restaurant ou sur un marché sachent ce qu'est la liberté.

D'ailleurs, si ces braves gens avaient la moindre dignité, ils reconnaitraient qu'ils se sont complètement trompé depuis le début et s'excuseraient auprès de leurs lecteurs. Mais non, ils continuent de faire dans le pétainistement correct et à mentir. Ils ont simplement modifié leurs discours et prétendent aujourd'hui mensongèrement que George Bush aurait infléchi sa politique et que ce serait une reconnaissance de ses erreurs passées.

L'enjeu pour ces corniauds est de taille, il en va de leur crédibilité. Il ne serait d'ailleurs pas surprenant que nombre de journaleux se soient fait entendre sur l'affaire Gaymard uniquement pour sauvegarder leur crédibilité en essayant de faire croire à peu de frais qu'ils n'étaient pas des carpettes.

Le vieux lion, Winston Churchill avait dit des signataires des accords de Munich, ils ont eu le choix entre le déshonneur et la guerre, ils ont choisi le déshonneur et ils auront la guerre. Les chirakailles et les lepenistes de gauche ont eu le déshonneur et ils auront probablement la guerre, mais en attendant, ils ont le ridicule. De ce point de vue, ils ont fait mieux que leurs prédecesseurs.

La guerre contre le terrorisme est évidemment très loin d'être gagnée et elle ne le sera probablement pas avant plusieurs décennies mais il est encourageant de constater que les évènements prennent un cours favorable.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Email (Email) le dimanche 06 mars 2005 - 06h23:

Salut,

je viens de découvrir ce site ! FELICITATIONS !!!!

Cà me fait chaud au coeur, MERCI !

J'habite près de Lyon !

Amitiés

Guy RACCAH

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Email (Email) le dimanche 06 mars 2005 - 06h22:

TUNES CELEBRES

Vous avez peut-être oublié de noter sur la liste des personnalités Tunisiennes mondialement célebre : UZAN FRADJI GRAND RABBIN DE TUNISIE

merci de bien vouloir rajouter ce nom qui va surement honorér votre site



Sincères salutations

Sauveur UZAN

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Email (Email) le dimanche 06 mars 2005 - 06h20:

Bonjour,

Bravo! monsieur pour ce site, chaque fois la tunisie me nanque, je consulte harissa.com pour ecouter une chanson, chercher une recette ou seulement pour passer quelques instants de rêverie. Puisque j'habite en Suède là où il fait froid et sombre une grande partie de l'année, ce site est devenu ma petite oasis.
Je suis tunisienne originaire de sousse, non juive et je trouve que votre site est un témoignage de qu' en tunisie on est, encore, tunisien au premier lieu, non juif ou musulman. Notre amour pour la tunisie nous réunit. Monsieur, encore une fois, je vous remeci infiniment.

Aicha

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par A_Soued (A_Soued) le dimanche 06 mars 2005 - 06h04:

UN MOYEN ORIENT DÉSORIENTÉ

Par Albert Soued, écrivain, www.chez.com/soued/conf.htm



Depuis l'automne 2001, un vent nouveau venu de l'Ouest a commencé à souffler sur le Moyen Orient. Pour les uns c'est la tempête, pour les autres il ne s'agit que d'une brise d'une fraîcheur bénéfique. Beaucoup de choses se sont envolées, des chimères, des illusions, mais aussi des tyrans et les autocrates installés ont du mal à trouver leurs repères.



Depuis la mort de Hafez al Assad, la Syrie ne cesse de jouer avec le feu, son fils Bashar s'étant mis sous la bannière d'un homme intelligent mais dangereux, Nasrallah, chef du H'ezbollah. Sur le plan économique la Syrie ne survit que par le dépeçage du Liban, la drogue et les trafics d'armes. Sur le plan militaire, la Syrie ne survit que grâce à la menace d'armes chimiques et bactériologiques qu'elle cacherait et au parapluie du H'ezbollah. Sur le plan politique, une petite minorité alaouite (hérésie de la shia'h) règne sur 90% de sunnites grâce à un système policier bien rodé et formé par l'ex-Europe totalitaire. Une véritable dictature basée sur une doctrine nazie (le baathisme) perdure depuis un demi-siècle et elle ne disparaîtra pas dans la paix. Depuis la mort de Rafik Hariri, la pression occidentale sur la Syrie est de plus en plus forte et l'ophtalmologiste devenu prétorien commence à s'affoler; il cherche à dévier les foudres sur Israël en y suscitant par H'ezbollah interposé un attentat terroriste révélateur d'une cruauté certaine. Il "donne" au gouvernement d'Irak le demi-frère de Saddam Hussein réfugié chez lui comme gage de bonne volonté. Il promet que son armée quittera le Liban dans quelques mois, "si cela est possible".

Pour savoir ce qu'il fera, il vaut mieux interroger l'homme qu'il admire et qui le protège d'une certaine manière, sheikh Nasrallah.



Moubarak est d'un autre niveau. Il veut rester au pouvoir jusqu'au bout, y ayant pris goût. Mais devant les ricanements de l'Occident et d'une partie de son opinion, il vient d'instituer habilement des élections au suffrage universel direct et secret, en rétablissant un semblant de démocratie et de concurrence. Dans les relations avec Israël, il fait le minimum, le trafic d'armes entre l'Egypte et Gaza n'ayant pas cessé, et Tel Aviv a attendu 4 ans le retour de l'ambassadeur égyptien à Tel Aviv. Tout compte fait le vent semble avoir quand même tourné dans le pays des pharaons, les incitations antisémites des médias ayant faibli.



En Irak, l'assainissement du pays suit son cours dans la douleur et le chagrin, la minorité sunnite admettant difficilement d'avoir perdu le pouvoir absolu qu'elle doit aujourd'hui partager avec une majorité shiite. Bien qu'il soit à l'origine des attentats sanglants qui ont coûté la vie à des milliers d'Irakiens innocents, le terroriste Zarqaoui allié à Al Qaeda est en perte de vitesse, au profit des anciens baathistes qui voudraient peut-être composer avec le nouveau pouvoir sorti récemment des urnes. Le nouveau premier ministre Ibrahim al Jaa'fari est un shiite modéré qui n'est pas prêt à abandonner les intérêts de l'Irak au profit de ceux de l'Iran. La situation en Irak ne peut que s'améliorer du fait que toutes les parties y ont intérêt car elles cherchent à éviter le chaos. Et l'armée de la coalition se retirera au fur et à mesure de son remplacement par des forces nationales crédibles.



L'Iran ira jusqu'au bout de son programme nucléaire avec la bénédiction de l'Europe qui ne souhaite pas le recours à la force pour l'en empêcher. Toutes les offres aguichantes offertes (avions, équipement de télécom, facilités commerciales…) ne serviront à rien. Toute autocratie ne tient que par la force et la peur qu'elle suscite. Une bombe nucléaire est la bienvenue pour asseoir pour longtemps le régime honni des ayatollahs.

Deux pays considèrent que la possession d'une bombe par ce régime islamiste est une menace, les Etats-Unis et Israël. Reste à savoir qui commencera à éliminer les 350 sites nucléaires et quand. En attendant la Russie fournit les matières fissiles dont l'Iran a besoin et la question de l'enrichissement de l'uranium ne se pose même plus.



Avec la nouvelle autorité Palestinienne, on a la nette impression de déjà vu. On fait un tour et puis on recommence, comme avant. Rien ne change et il y a un monde entre les propos et les actes des politiques sur le terrain. Attentats, bombes, véhicules bourrés d'explosifs, ateliers souterrains de fabrication de fusées Qassam, tirs au pigeon sur les routes, trafic d'armes…. Tout est là. C'est à croire qu'on se moque délibérément de l'Occident qui, lui, se précipite pour alimenter les caisses palestiniennes; on parle d'un milliard $ dans l'immédiat. Abou Mazen semble avoir moins de pouvoir sur sa population que le H'ezbollah ou le Hamas.

On demande à Sharon de patienter et d'aider Abou Mazen. On arrive à se demander si ce n'est pas l'inverse qui s'impose, à la veille d'un désengagement douloureux et hypothétique à Gaza.



En Arabie Saoudite on apprend aussi la démocratie puisque une partie des Saoudiens a pu voter lors d'élections municipales et on parle d'autoriser les femmes à travailler. On se demande pourquoi avec un chômage record dans le pays. Pour la forme sans doute. La forme compte dans ce pays où les deux ingrédients "wahabisme et pétrole" ont été à l'origine de la majorité des problèmes du Moyen Orient et notamment des explosions terroristes islamistes. La classe régnante de 20 000 personnes ne retrouvera la paix que dans un semblant de démocratie où les immigrés, les shiites et les femmes pourront recevoir les mêmes droits que les hommes saoudiens sunnites.



Ce tour d'horizon succinct nous montre que le Moyen Orient n'est plus figé dans ses certitudes, mais que nous sommes encore loin de l'esprit démocratique que cherche à infuser l'administration Bush. Quoique imparfait, le modèle de pouvoir pour la région reste la monarchie constitutionnelle de Jordanie. Il faudrait que les forces modérées soient encouragées et renforcées, par l'Europe et la France, faute de pouvoir modifier un Islam basé sur une lecture primitive du Coran.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Email (Email) le dimanche 06 mars 2005 - 05h57:

Shalom à tous,

HEBREU.ORG (MORIM.COM) est depuis 1997 le principal site francophone consacré à l'hébreu. Cette semaine, nous avons fait peau neuve et nous vous proposons de découvrir ou de redécouvrir, notre site.

- Découvrez par exemple, notre Mot d'hébreu qui vous sera envoyé directement 3 fois par semaine par email. Découvrez régulièrement nos rubriques; titres de la presse, Mot à mot, fiches de grammaire, fiches de vocabulaire,racines, verbes, prénoms, brève, chansons, vidéos, textes, livres, polices hébraïques..

L'accès à notre site est totalement gratuit.

- HEBREU.ORG vous aidera à concrétiser, ce vieux rêve,d'apprendre l'hébreu ou de renforcer vos compétences . Alors d'un clic, découvrez ou faites découvrir ; HEBREU.ORG, le site de l'hébreu.

A très bientôt sur HEBREU.ORG

Serge Frydman, info@hebreu.org

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Mena (Mena) le dimanche 06 mars 2005 - 05h49:

L’identité européenne et les faux-monnayeurs de la mémoire (3ème partie de 4) (info # 010503/5) [analyse]

Par Raphaël Lellouche © Metula News Agency



La descendance légère des Européens et le principe d’irresponsabilité, ou : Ricœur as-tu du cœur ?



Avec ce cri du cœur, qu’on pourrait, plus vulgairement, reformuler et résumer d’un cri excédé : « Lâchez-nous la mémoire ! », Ricœur exprime sa révolte contre ledit « devoir » revendiqué par les Juifs. Le piège que semble craindre Ricœur est que le peuple juif ne s’enferme dans la prison d’une identité obsédée par le souvenir — un souvenir unique dans les annales de l’humanité —, le souvenir d’un malheur absolu. Et aussi, qu’il ne s’arroge, du fond – ou du haut — de cette singularité dans le malheur - laquelle l’amène subsidiairement à oblitérer celui d'autrui -, les privilèges exorbitants d’une position de victime définitive — de victime « absolue ». Car, à partir de ce site moral unique que leur vaut la singularité (Sonderbarkeit) incomparable de leur malheur, les Juifs, craint-il, s'exempteraient des normes et valeurs communes de l’humanité, c’est-à-dire de la justice et de l’équité. Et surtout, ils pourraient exercer, depuis cette position inexpugnable, un ascendant moral-victimaire absolu sur la descendance de leurs anciens bourreaux.



Terrible perspective : un ascendant moral juif sur la descendance européenne ! Entre la mémoire de la descendance des victimes et celle de la descendance des bourreaux, peut-il seulement y avoir un partage commun, une mesure commune, ou une quelconque symétrie ? Comment cela peut-il faire une mémoire commune de l’humanité, sinon à partir d’une objectivation, certes désolée, mais définitivement dégagée et désengagée ?



Ricœur formulait néanmoins sa crainte d’une façon strictement unilatérale, témoignant d’une scission et d’une divergence dramatique de ces deux mémoires. D’un côté, par ses effets, une culture de la mémoire du malheur formerait un « piège » qui se refermerait sur la descendance des seules victimes, murées de la sorte dans leur mémoire singulière. Ricœur prophétise ainsi le danger : « refermer telle mémoire de telle communauté historique sur son malheur singulier, la figer dans l'humeur de la victimisation, la déraciner du sens de la justice et de l'équité » (il faut souligner le mot « déraciner » car c’est un mot lourd - RL). Ah ! une (mauvaise) humeur juive « figée » ! Cela n’est pas sans rappeler un certain schéma chrétien face au judaïsme… La question de l’humeur rejoint ici celle du ton ! Kant n’écrivit-il pas un opuscule intitulé « D’un ton grand-seigneur adopté naguère en philosophie » (erhobener Ton = qui le prend de haut, grandiloquent) daté de 1796 ? Ricœur, lui, regrettant que les Juifs ne figent leur raison dans le béton de leur passion douloureuse, redoute que, de là, ils ne haussent leurs jugements sur les hauteurs de ce qu’on pourrait appeler, en parodiant Kant, le « ton grand-malheur » de leur destin si funeste.



Mais on voit que pour Ricœur, ce n’est pas tellement en tant que mémoire du malheur que celle-ci isole ses héritiers incapables de s’en libérer, comme d’une « indépêtrable » guigne métaphysique qui leur colle éternellement à la peau. C’est plutôt parce que, victimes redoublées, car victimes de leur mémoire de victimes, les Juifs risqueraient de tomber dans ce second et vrai malheur – qui est le véritable piège celui-là ! -, c’est-à-dire d’être pris à leur propre piège de ne pouvoir oublier, parce qu’incapables de pardonner, d’être victime de leur propre mémoire comme inaptitude au pardon, et ainsi, de s’exclure de la condition humaine commune (originairement coupable-et-pardonnée), et, comme dit Ricœur, se « déraciner du sens de la justice ». Tel est pris qui croyait prendre ! Nouvelle et étonnante version du déracinement juif — ce pourquoi je soulignais plus haut le mot « déraciner » chez Ricoeur —, Simone Weil est surclassée ! Car cette situation problématique, dans laquelle on plaint les Juifs de sortir de l’humanité commune, n’est pas sans rappeler encore un schéma de pensée dans lequel la commisération charitable à leur endroit est indissociable d’une grave accusation métaphysique. Cette fois, c’est la mémoire de leur malheur identifiée à un ressentiment (6), humeur figée, qui exclut les Juifs des «normes et valeurs communes » de l’humanité. À l’injonction juive inconditionnelle : « Souviens-toi ! », le post-chrétien nietzschéen européen répond par une autre injonction inconditionnelle : « Pardonne ! Oublie ! ». Deux inconditionnalités incompatibles. Ainsi, cette seule mémoire obligée dont ils seraient en fait seulement véritablement victimes, entraînerait les Juifs hors de l’équité et de la justice ! (Hors de l’équité ? Hors de la justice ? Comment ça ? À quoi pense ici Ricœur ? Manquent-ils d’équité envers les coupables, ou bien est-ce en direction d’Israël et des Palestiniens que déjà, en juin 2000 (!), il fallait regarder en suivant le regard, ou le doigt, allusif mais accusateur, de Ricoeur ?).



On n’est pas, en outre, sans noter ici la récurrence du schéma de la « refermeture », qui vaut tout aussi bien pour la mémoire, que pour des pièges et des prisons, voire des « murs de la honte » (voir le titre du livre de Jean Daniel: “La Prison juive”), et surtout des… parenthèses, entre et à l’intérieur desquelles un accès à l’horreur a été, très provisoirement, ouvert à l’aperception (7), pour être donc récemment refermé.



Cette crainte d’un ascendant moral indéfini du peuple juif sur l’« insoutenablement » légère descendance des Européens, s’exprime à demi-mots dans ce passage de Paul Ricœur, qui lâche son avertissement : « Il ne faudrait pas toutefois qu'une nouvelle intimidation venue de l'immensité de l'événement et de son cortège de plaintes vienne paralyser la réflexion sur l'opération historiographique » (il faut souligner le mot “intimidation”, RL). L’opération historiographique ? L’historien allemand Ernst Nolte, qui pense écrire après la « seconde phase de l’après-guerre » sur l’interprétation historique condamnant moralement le nazisme, qu’il soupçonne avoir été « écrite par les vainqueurs », était partisan, en 1980, d’une reconception globale de l’histoire du Troisième Reich dans une « nouvelle perspective », qui en expulse l’écriture des vainqueurs (américains ou juifs… - ? -). Et il avait déjà mis l’accent sur sa volonté de supprimer ce qu’il appelait « la virulence négative d’un fait historique », dans la mesure où elle « représente une grande menace pour la recherche » (8).



Ricoeur partage donc avec Nolte la crainte que « la plainte juive » ne menace la recherche historique. Cela ressemble fort — ou je me trompe — à une accusation inversée et « préventive » de… révisionnisme ! Mais par-delà l’occasion d’une défense jalouse des garanties de l’objectivité du jugement historique, il n’est pas difficile de voir s’esquisser ici la pensée, vite promise, comme on le sait maintenant, à un beau succès, selon laquelle la victime, en tant que victime, c’est-à-dire de sa place même de victime, se retrouverait bientôt le bourreau de son bourreau, en un renversement stupéfiant, qui n’a rien à envier à la dialectique hégélienne du Maître et de l’Esclave. Cette figure permet de contourner l’impasse du révisionnisme pur et simple. Il suffit de dénoncer l’image tyrannique de la victime récriminatrice ! En voyant s’avancer cette image du Juif en « victime-bourreau », en victime persécutrice, persécuteur parce que victime élevant une plainte terrible, Ricœur recule d’effroi. La victime juive tyrannique… Il craint déjà, pour l’Europe (et l’humanité entière), l’intimidation morale des Juifs.



Or, que signifiait une telle brutalité dans la déclaration d’indépendance de l’objectivité de la part de l’historiographie de Nolte à Ricoeur, et cet avertissement, contre la plainte douloureuse montée de la mémoire des victimes et contre le droit de juger, que s’arrogerait cette mémoire revendicatrice et vindicative des Juifs ? Ce que cela signifiait mérite d’être soigneusement pesé. Si ce n’est pas du vulgaire « révisionnisme », mais l’esquisse d’un retournement en tu quoque de l’accusation préventive de révisionnisme, cela converge, cependant, tout à fait harmonieusement, avec la volonté et l’humeur de liquidation et de distance — eine Schadensabwicklung, à fonction évacuatrice et intégrative, comme dit Habermas (9) — qu’on a vu les Historiker allemands adopter vingt ans avant. Cette humeur de liquidation, c’est une nouvelle humeur qui se fait jour en Europe, et il y a une antipathie des humeurs, comme il y a des conflits d’interprétations. Car là aussi, comme l’exigeaient les historiens allemands, au nom de la continuité rationnelle de l’Histoire de l’Allemagne, le protestant Ricœur prétend vouloir combler l’abîme moral de la Shoah par une rationalité égalisatrice et dépassionnée de l’“écriture de l’histoire”. Désormais c’est à une prétendue raison morale générale (j’évite sciemment le mot « universelle »), celle des « normes et valeurs communes » (Ricœur, ibid), qu’il revient selon lui de tempérer la virulence insupportable de la mémoire nécessairement particulière des victimes d’Auschwitz. Mais peut-on maintenant venir reprocher aux victimes leur particularisme, alors que c’était précisément cette particularité qui les désignait comme victimes ? Car autant leur reprocher la raison pour laquelle ils ont été victimes, c’est-à-dire adopter finalement le « point de vue » de leurs bourreaux ! Ricœur, qui s’y connaît en « conflit des interprétations », n’accepte désormais de mémoire que contrôlée par un partage intersubjectif, un sens commun, gouverné par une raison réconciliée. Or, cela a un prix.







Notes :



(6) La critique, par Ricoeur, de la mémoire juive ou de la mémoire imposée par les Juifs comme mémoire obligée, comme « devoir » ramené à une « dette », est très semblable à la critique par Nietzsche du ressentiment d’une dette infinie qui serait généalogiquement à la base du « devoir moral » chez Kant.



(7) Un bel exemple du droit d’accès désormais limité à cet aperçu historique sur l’horreur antisémite, comme vérité du dernier siècle européen, est la censure imposée par la chaîne de télévision TF1 à la retransmission, le 8 janvier 2004, d’une production télévisuelle américaine de Martin Winkler sur Hitler, la naissance du mal, qui a été soigneusement expurgée de toutes les parties mettant précisément en évidence l’antisémitisme de Hitler ! Manifestation exemplaire d’un droit d’accès limité des jeunes Européens à la mémoire européenne, une mémoire désormais soigneusement « euphémisée » et épouillée, comme je l’avais déjà constaté lors de mon analyse d’Arte (Cf. Cessons d’être candides ! Ména, le 15 juillet 2003) [lire]



(8) Cf. Historiker Streit, texte d’Ernst Nolte, trad. franç. p. 10. « Légende historique ou révisionnisme. Comment on voit le IIIème Reich en 1980 ».



(9) Schadensabwicklung, ce qui signifie : évacuation, règlement, liquidation des dommages, cf. Habermas, Sur les tendances apologétiques dans l’historiographie allemande, dans le recueil sur la querelle des historiens allemands, trad. franç. Devant l’Histoire, ed. Cerf, 1988, pp.47-59.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Davideden (Davideden) le dimanche 06 mars 2005 - 02h30:

Je ne sais pas de quand date la presence Juive en Tunisie mais je sais ce qu'il en reste et pourquoi.

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Nectar (Nectar) le dimanche 06 mars 2005 - 01h34:

Messieurs Richard's, la Douda et Maurice, plutot que de vous chamailler allez plutot lire cet exposé sur HARISSA dont voici un extrait sur ce, dont vous discutez:

L’ancienneté de la Présence Juive en Tunisie

Il existe différents témoignages établissant l’origine de la présence juive en terre de Tunisie à une époque très ancienne : les preuves historiques remontent au IV ème siècle avant l’ère commune et par la suite il ne manque pas d’autres attestations. Mais il est pratiquement établi qu’au moment de la destruction du premier Temple, les Juifs ont été de par le monde, et qu’entre autres, ils se sont retrouvés en Tunisie. Certaines traditions orales tentent même de refaire remonter la présence juive en Tunisie au temps du Roi David et à la relier à l’une des douze tribus...


http://www.harissa.com/D_Histoire/histoirevictorcohen.htm

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Douda (Douda) le dimanche 06 mars 2005 - 00h25:

La Douda : ( Hak El Ouet International Tracking Station )

Le Ftileur : Tune d’Honneur et Célèbre,

Elie Fitoussi, qui serait capable de parler de cet homme éclairé, ainsi que de son oeuvre détaillée ?

Merci d’avance,

Wnessou El Douda

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Maurice (Maurice) le samedi 05 mars 2005 - 19h57:

Les Judeens descendant d'Hebreux descendant de Sem ne sont pas lies à une race mais à une histoire à une genealogie comme porteur d'une continuée mais dans une direction ,dans un sens lié en langage moderne à un progressisme permettant à l'Homme de ne pas etre un loup pour l'Homme mais dans la liberté faisant appel surtout à la conscience morale ou comme me disait un ami Harissien dans les sephiroth le DIN sur une colonne du beth Hamidgash et sur l'autre colonne le Hessed quand pour les Musulmans on applique le DIN et chez les Chretiens surtout le Hessed l'AMOUR pour nous il faut faire appel aux 10 sephiroth donc toutes les discussions sur les Berberes les arabes ou les GrecoRomains ne sont pas le probleme de la Race Quelque soit la couleur mon Frere est celui qui a une direction morale pour partager la Justice et l'Amour ou misericorde le reste n'est que bavardage et recherche de sang Bleu ce n'est pas mon probleme. BOAZ a mis dans sa couche la moabite dont descend DAVID Fils de Jessé dont à la fin des temps Juifs et Chretiens attendent le descendant Massiah en Hebreux ou Christos en Grec donc ne nous disputons pas sur celui qui a permis aux paiens de rentrer dans le chemin Et avec les Musulmans soyons aussi collaborateurs sur terre nous verrons à la fin des temps si Mohamet est le dernier prophete NOUS Humains nous n'avons pas à nous battre sur le futur inconnu L'important apportons la Paix et l'Intelligence aux difficultés des Hommes mais pas à la POL POTT. Pour continuer Abraham ou Ibrahim a fait un fils avec Agar qui etait Egyptienne .Et MOISE qui à eu un fils avec Sephora qui l'a elle meme
circoncis dont le fils serait le secret de descendance de la tribut de JOUMBLAT et Salomon qui a donné une descendance aux Ethiopiens Nous sommes des genes assemblees mais ce qui est Important ce sont les valeurs qu'on veut partager et construire Le reste n'est que discussion qui rassure le fragile sur le chemin

Haut de la pageMessage précédentMessage suivantBas de la pageLien vers ce message   Par Douda (Douda) le samedi 05 mars 2005 - 16h17:

La Douda : ( Hak El Ouet International Tracking Station )

Le Ftileur : Monsieur Richard De S.

Nous saurions que trop vous conseiller de faire votre propre instruction, au travers des auteurs éclairés, tel qu’ André Chouraqui, Paul Sebag, ou Albert Mémi, ou encore Marek Halter ( mais là il ne s’agit plus d’Afrique du Nord, mais des Khazars, avec de similaires cas conversions de peuples entièrement Judaïsés).

Ou bien sur le Web où les sites sur ce sujet, ne manquent pas.

Maintenant et si par hasard, vous vous connaissez des ancêtres Berbères, et que cela vous cause un grand tort moral, c’est votre problème et point le notre, qui nous reconnaissons sans la moindre honte à ce sujet, comme issus de la filiation de cette branche.

Maintenant quand vous vous référez à la pureté des origines, cela voudrait il dire que votre remarque se rallie à des slogans d’un autre âge, qui se voudraient promouvoir des expressions telles que : “la pureté de la race”, ou encore “la pureté du sang”... etc ...? Et bien pour votre gouverne, on vous déclare volontiers être en guerre contre ce type d’élucubration, dont des régimes fascistes se sont emparés, pour justifier l'écrasement de ceux qui ne rentrent pas dans leur jeu.

Bonne journée,

Wnessou El Douda